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AFRIQUE

APR : La culture de la violence s’installe


- 12 Mars 2014 modifié le 12 Mars 2014 - 08:31


Le président de la République, Me Macky Sall, devrait avoir des soucis à se faire. En effet, à peine est-il rentré d’un périple triomphal qui l’a mené à Pékin, Paris, Doha et Lagos, que les siens s’entre-déchirent, parfois avec une violence inouïe. En effet à Matam, la guerre des parrains entre Abdoulaye Sally Sall, Farba Ngom et Harouna Dia a failli tourner au drame. Le nouveau tonton flingueur, Farba Ngom, n’a trouvé rien de mieux à faire que de dégainer son pistolet et tirer des coups de feu« en guise de semonce » prétend-il. A ce jour, aucune action de police connue ou annoncée n’est menée contre ce flagrant délit… d’impunité. L’usage public d’arme à feu est pourtant puni surtout qu’à l’occasion, le « thuriféraire attitré » du Président ne pouvait en aucun cas prétexter d’une légitime défense. Bien au contraire, c’est lui qui, se sentant contrarié par ses frères de parti, s’est servi de son arme pour les refréner. En opposant ainsi l’argument de la force… arméeà celui des idées et de la contradiction politique, Farba Ngom rappelle les tristes épisodes d’un autre tonton flingueur, Moustapha Cissé Lo, El pistoléro, apparemment assagi. L’absence ne serait-ceque d’une désapprobation publique de ce geste dangereux et inopportun met le Président dans une posture inconfortable. Surtout au moment même où il prêche la retenue, le calme et le retour aux valeurs laborieuses du travail pour capitaliser la moisson de Paris.
 
Après Moustapha Cissé Lô, désormais abonné à l’argumentaire politique — du moins l’espère-t-on — Farba Ngom est il devenu le nouveau poil à gratter de Macky Sall ? A force de jouer les têtes de gondoles du clan Macky, Farba Ngom, député, se sent désormais pousser des ailes et s’accommode mal de la cohabitation avec des contradicteurs à Matam. Surtout quand ils sont de la trempe de Abdoulaye Sally Sall et Harouna Dia deux grosses pointures de l’écurie présidentielle. Cette bataille de positionnement à l’approche des élections locales est assurément génératrice de violences. Abdou Mbow, le tonitruant député et patron des jeunes « apéristes », et Mariam Badiane, tête de file des femmes du parti présidentiel, ont subi les courroux d’autres « apéristes » au Grand théâtre où ils avaient convoqué leurs partisans pour évoquer justement les prochaines élections locales. Les pluies de pierres qui ont interrompu le point de presse de la valeureuse responsable des femmes « apéristes » venaient de clans rivaux appartenant au parti beige-marron.
 
Accueil mouvementé à Thiès
 
De toutes manières, cela ne serait pas la première fois que des « apéristes » « caillasseraient » d’autres « apéristes ». A Thiès, lors de l’ouverture du siège de l’APR, Benoit Sambou et Augustin Tine, tous deux ministres et responsables de l’APR, ont eu droit à un accueil mouvementé. Tornade de pierres, volée de chaises et une débauche torrentielle d’insultes, le tout couronné par la scission en deux cérémonies sous l’œil médusé des forces de l’ordre dépassées.
 
A Ziguinchor, Rufisque, Kébémer, Mbacké, Saint-Louis, LInguère… les tentatives de remobilisation des jeunes et des militants « apéristes » se sont soldées partout par des rixes et des échanges de propos peu amènes. C’est d’autant plus inquiétant que cette culture de la violence qui émerge dans le camp présidentiel était jusqu’ici l’apanage de quelques francs-tireurs, quand ce n’était pas des tiraillements entre éléphants du parti qui se livraient des combats épiques. Mais de plus en plus, les jeunes prennent, pour ainsi dire, la triste relève et s’illustrent de manière virulente dans leurs relations internes.
 
Querelles de position acerbes
 
Ces querelles byzantines sont, il est vrai,d’abord accentuées par la perspective d’élections locales plus qu’hypothétiques. Ensuite,par l’absence de structuration locale du parti qui favorise les guerres de positionnement et la recherche effrénée de reconnaissance auprès du chef. Enfin, par les actions souterraines des gros sponsors du parti, plus préoccupés à placer leurs ouailles qu’à massifier et consolider les bases de l’APR.
 
Sans doute aussi, l’arrivée massive de transhumants mal acceptés suscite des jalousies et des envies entre ceux qui se réclament tous de la confiance du Président du Parti. A ce jeu, on comprend pourquoi le Président Macky Sall n’agrée pas du tout l’idée émisepar la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI) de séparer les fonctions présidentielle de celles politiques. Cependant, le courroux des jeunes ne touche pas que les partisans du même clan « apériste ». Les alliés de Benno Bok Yakar subissent eux aussi les haines foudroyantes des « apéristes ». Il a fallu que des rumeurs circulent sur la probable « affectation » de Youssou Ndour à la mairie de Fass-Colobane-Gueule Tapée pour réveiller l’ire des jeunes « apéristes » de ces localités. Attaques frontales, menaces et injures… rien n’est épargné au crooner qui n’a pourtant pipé mot sur cette investiture restée au stade de rumeur.
 
Cette débauche d’énergie témoigne de l’état d’esprit des « apéristes », exprimant leur ras-le- bol avec autant de véhémence. Déjà, à Paris, lors de la réunion du Groupe Consultatif, Youssou Ndour s’était vu ravalé au rang de simple invité.Il avait dû jouer des coudes pour lever la barrière humaine que lui imposait Massamba Sarr du Protocole présidentiel. Cette légère empoignade témoigne de la qualité des relations entre le patron du mouvement « Fekké ma tchi bolé », resté fidèle au Président malgré son éviction du gouvernement, et le clan du même Président. Depuis, Youssou et ses partisans tracent leur propre territoire politique et se dessinent un destin propre.
 
Attaques tous azimuts
 
La LD (Ligue Démocratique) de Mamadou Ndoye a elle aussi subi la bile des jeunes de l’APR pressés de clouer au pilori les « jallarbistes », trop tentés d’assumer leur liberté de ton. Le tort de ces responsables de la LD, c’est d’avoir émis des doutes sur la pertinence du projet présidentiel« Yoonu Yokuté », prôné le dialogue et la concertation sur les dossiers brûlants comme la décentralisation,la vie chère etc. Et depuis, les tirs groupés des « apéristes » fusent de partout, les militants du Président réclamant la mise au vert des « jallarbistes » accusés de déloyauté.
 
Peu avant, les conclusions des travaux de la CNRI dirigée par Amadou Makhtar Mbow avaient été la cible d’attaques insensées de la part des dirigeants de premier plan de l’APR. Le Président Mbow serait coupable, d’après eux, de déloyauté — encore la même stigmatisation — pour avoir proposé cette fameuse disposition exigeant au Président d’abandonner ses fonctions politiques, entre autres préconisations. Le procédé est le même, violence verbale, diabolisation, occupation des médias…. Tout est fait comme si l’APR devait seul décider que ce qui était bon pour elle, l’était aussi pour les autres alliés. C’est la même logique gloutonne et patrimonialiste qui a guidé leurs intentions dans les attaques contre le Premier ministre — pourtant « apériste » —, accusé de faire trop d’ombre au Président.
 
Avant-goût amer
 
Comble d’absurdité, les dernières attaques verbales portées par des supporters de la première heure du président de la République, c’est-à-dire les partis regroupés au sein de la coalition « Macky 2012 », contre le ministre de l’Economie et des Finances, M. Amadou Ba. Il serait, lui, coupable de flagrant délit de réussite. Ces souteneurs du Président lui reprochent sa prétendue trop forte propension à se mettre en avant sur le Projet Sénégal Emergent jusqu’à faire de l’ombre au Président.
 
C’est à se demander qui vraiment trouve grâce aux yeux des « apéristes » qui, de manière systématique, tirent sur tout ce qui bouge. Sans ménagement.
 
Certes, cette violence partisane n’est pas nouvelle. Mais elle a pris ces dernières semaines une tournure inquiétante. Elle affecte dangereusement l’APR, déstabilise les alliés. Elle donne également des signes annonciateurs et un avant-gout amer de ce que seront les investitures dans les rangs du parti gouvernemental. Des responsables de l’APR ont annoncé la mise en place prochaine d’une structure de surveillance et de sanction des insouciants militants tentés de régler les différends avec leurs camarades de parti par des méthodes de violence et d’intimidation d’un autre âge. Si on voit avec quelle céléritéMe Alioune Badara Cissé,pourtant membre fondateur de l’APR, a été écarté des instances du parti pour avoir tenu des propos jugés irrévérencieux à l’endroit du Président, on peut se demander pourquoi les instances du parti mettent autant de temps à sanctionner les débordements de violences rythmant la vie interne de l’APR.An’en point douter, cette spirale de violence est grosse de dangers et de périls pour notre pays et notre démocratie. Que peut faire le président de la République devant cette instabilité chronique ?
 
ALY SAMBA NDIAYE
Article paru dans « Le Témoin » N° 1155 –Hebdomadaire Sénégalais (Mars 2014)


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