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REACTION

Affaire Habré: "nous n’avons eu de cesser de railler les nombreuses missions « d’enquête »"


Alwihda Info | Par Mamadou Oumar NDIAYE - 21 Octobre 2014 modifié le 4 Novembre 2014 - 11:53

Que le président Habré avait massacré son peuple, tué des Tchadiens par dizaines de milliers avant de les enterrer (tout seul !) dans des dizaines de charniers disséminés à travers ce vaste territoire majoritairement désertique.


Commentaire :

Messieurs les juges des CAE, faites comparaître Déby ou libérez Habré !

Mieux disposé que les Chambres africaines extraordinaires (CAE) à l’endroit du président tchadien Idriss Déby Itno, on ne pouvait pas en trouver. En effet, on aurait dit que les magistrats sénégalais qui composent cette cour mangeaient dans la main du dictateur qui préside aux destinées du peuple tchadien depuis 24 ans. Ils ne lui refusaient rien, ses désirs étaient des ordres et ses volontés exécutées au quart de tour. Ayant débloqué quatre milliards de francs pour que l’homme qu’il a renversé en 1990, le président Hissène Habré en l’occurrence, soit jugé et condamné, il se frottait déjà les mains tout en se pourléchant les babines rien qu’à imaginer la condamnation de l’homme qui l’empêche de dormir depuis bientôt un quart de siècle. Un homme qui a, surtout, été son patron en tant que président de la République au moment où, lui, Idriss Déby Itno, était le chef de tous les services de sécurité du Tchad. Or, il se trouve que, par une extraordinaire opération du Saint-Esprit et par un de ces miracles dont seules les organisations prétendument de défense des droits de l’homme ont le secret, le prédécesseur de M. Déby faisait l’objet d’un hallali de la part, justement, de toutes ces organisations mais aussi de prétendues victimes qu’ils trimballaient à travers le monde entier pour les exhiber telles des bêtes de foires dans toutes les enceintes. But de la manœuvre : convaincre l’opinion internationale — entendre les puissances occidentales — que le président Habré avait massacré son peuple, tué des Tchadiens par dizaines de milliers avant de les enterrer (tout seul !) dans des dizaines de charniers disséminés à travers ce vaste territoire majoritairement désertique. Il fallait faire un exemple dans la lutte contre l’impunité et, pour son malheur, le président Hissène Habré a été choisi par ces droits-de-l’hommiste pour être ce symbole. Il faut donc qu’il expie ses crimes et rende gorge pour les massacres dont on lui impute la responsabilité. Et tant pis si on n’a jamais vu depuis que ce monde existe un roi ou un président rendre compte tout seul pour des crimes ou des massacres commis par son régime. A tout le moins, il lui a fallu des petites mains pour l’aider à commettre ces crimes ou ces massacres. Or, encore une fois, pour ce qui est du Tchad, l’homme qui avait la haute main sur tous les commissariats de police, les brigades de gendarmerie et toutes les prisons — autant d’endroits où des actes de torture étaient supposés être commis à grande échelle —, l’homme qui avait la main sur ces lieux, donc, ce n’était autre qu’un certain Idriss Déby Itno, qui préside tranquillement aujourd’hui aux destinées du Tchad. Autant dire que le président Hissène Habré ne peut pas être jugé sans que son chef des services de sécurité ne comparaisse à la même barre du tribunal que lui. Encore une fois, à supposer que Habré ait donné des ordres en tant que président de la République, il a bien fallu des hommes pour les exécuter. Hélas, les juges des Chambres africaines extraordinaires ainsi que les organisations prétendument de défense des droits de l’homme n’ont pas eu l’impolitesse de soulever la question de la responsabilité de Déby. Au contraire c’est ce dernier qui, au lieu de comparaître pour ses crimes supposés, a mis la main dans la fabuleuse manne générée par le pétrole tchadien, pour sortir quatre milliards de francs destinés à financer l’organisation du procès de son ancien patron et complice supposé Hissène Habré.

Dans les colonnes de ce qui était alors l’hebdomadaire Le Témoin et dont ce quotidien n’est que le continuateur, nous n’avons cessé, depuis plus d’un an et demi, d’exiger la comparution de Déby devant ces Chambres africaines décidément extraordinaires. De même, nous n’avons eu de cesser de railler les nombreuses missions « d’enquête » — en fait de tourisme aux frais de Déby et de justification de frais de mission plantureux — de ces messieurs des CAE au Tchad. Pour donner le change et un semblant de crédit à un futur procès et par peur de s’en prendre à la main qui les nourrit, ces distingués magistrats avaient accepté de se contenter de lampistes, des petites mains de la défunte DDS (Direction de la Documentation et de la Sécurité), la police politique de Habré et dont le patron opérationnel n’était autre que Déby. Un « détail de l’histoire » aux yeux de ces magistrats et de ces droits-de-l’hommistes ! Toujours est-il que, pour ne pas rentrer bredouilles, nos magistrats avaient donc épinglé Mahamat Djibrine dit El Djonto et Saleh Younouss considérés comme deux dangereux tortionnaires. Les autorités tchadiennes, coopératives au début, avaient aussitôt fait arrêter et emprisonner ces deux boucs-émissaires tandis que deux autres complices présumés étaient déclarés « en fuite ». Les mêmes autorités tchadiennes avaient accepté d’extrader vers le Sénégal les deux interpellés afin qu’ils soient entendus par les magistrats des CAE. Seulement voilà, refusant de payer pour tout ce que le Tchad compte comme tortionnaires présumés du temps de Habré — c’est à dire presque toute la haute hiérarchie de l’actuel régime tchadien —, Djibrine et Saleh ont dit à qui veut l’entendre qu’ils sont prêts à dire tout ce qu’ils savent de ce qui se passait dans les geôles tchadiennes du temps de Habré. Du coup, Déby a pris peur et entrepris de faire machine arrière. Il a d’abord fait savoir qu’il n’était pas question d’extrader ses deux prisonniers tout en laissant entendre que les magistrats sénégalais étaient libres de venir les entendre sur place à Ndjamena. Puis, n’ayant toujours pas confiance — on ne sait jamais ce que ces deux-là pourraient raconter ! —, il a fait savoir que ces magistrats sénégalais qui étaient toujours les bienvenus au Tchad où le tapis rouge leur était déroulé, y étaient subitement devenus personae non gratae. Et quand ils ont insisté pour effectuer leur dernière commission rogatoire, il leur a fait savoir, via un de ses collaborateurs, qu’il ne veut plus les voir au Tchad « pas même en peinture » a-t-il insisté. Mieux, il y a moins d’une semaine, nos confrères de L’Enquête — dont un collaborateur a eu à séjourner à Ndjamena en même temps que d’autres journalistes de la presse sénégalaise sur invitation des CAE —, ces confrères de L’Enquête, donc, ont écrit que Déby a décidé de ne plus prendre en charge désormais les magistrats sénégalais qui séjourneraient à Ndjamena. « Ils n’ont qu’à payer désormais leurs frais d’hôtel et de séjour, je ne les prendrai plus en charge » aurait-il dit.
En termes diplomatiques, certes, ces magistrats des CAE — qui étaient pourtant, nous l’avons dit, les mieux disposés du monde à l’endroit de Déby — viennent, à travers le communiqué que nous reproduisons in extenso, de reconnaître le refus du gouvernement tchadien de collaborer désormais avec eux. Et, notamment, de leur livrer Mahamat Djibrine dit El Djonto et Saleh Younouss. Lesquels, il est vrai, constituent un fil d’Ariane qui, pourvu qu’il soit déroulé, peut mener jusqu’à un certain… Idriss Déby !
Or, étant donné qu’un procès ne peut pas se tenir sans ces deux lampistes au moins — à défaut de la comparution de Déby —, on se demande dans ces conditions ce qui justifie encore le maintien en prison du président Hissène Habré. Lequel présente des garanties de représentation, est régulièrement domicilié à Dakar où il possède des biens et où toute sa famille vit.
Disons-le tout net : l’emprisonnement du président Hissène Habré relève de l’arbitraire absolu, ce que nous n’avons cessé d’écrire depuis un an et demi. Avec la décision du président Déby de s’asseoir sur la convention qu’il a signée avec l’Etat du Sénégal et d’éconduire les magistrats des CAE, il n’existe plus rien désormais que la force et la voie de fait pour maintenir le grand résistant africain — qui infligea notamment une raclée mémorable aux troupes de Kadhafi dans la bande d’Aouzou — qu’est Habré en prison. A moins que certains ne veulent justifier par son maintien dans un lieu privatif de liberté, les quatre milliards de francs que leur a payés le sinistre Idriss Déby Itno…

Mamadou Oumar NDIAYE
« Le Témoin » quotidien sénégalais (20 octobre 2014)


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