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AFRIQUE

Aloys Parfait Mbvoum : « L’organe en charge des élections au Cameroun est partisan »


Alwihda Info | Par - 28 Mai 2016 modifié le 28 Mai 2016 - 16:17

Dans la mouvance de la célébration du quart de siècle du principal parti d’opposition du Cameroun, le Social Democratic Front (Sdf) de John Fru Ndi, le président de la circonscription électorale de Yaoundé IV, la plus importante de la capitale, s’est confié à Alwihdainfo. Il s’est principalement agi de brosser un bilan sur son parti politique, non sans porter une réflexion sur son avenir. Lecture !


"Le Cameroun est un gros malade aux urgences, sans eau, sans électricité, dont les jeunes sont au chômage..."
"Le Cameroun est un gros malade aux urgences, sans eau, sans électricité, dont les jeunes sont au chômage..."
Monsieur le président, sous quel signe le Front Social Démocratique (Sdf) célèbre t-il son 26ème anniversaire ?
Le Sdf célèbre cet anniversaire sous le signe de la réorganisation de ces structures de base en vue du congrès de février 2017, afin d'avoir un parti dont tous les membres jouissent d'une légitimité certaine, avant d'affronter les adversaires politiques au cours des échéances capitales de 2018.

D’un mandat à un autre, le nombre de députés Sdf s'est réduit à l'Assemblée nationale.Quel commentaire faites-vous par rapport à cela?
D'un point de vue statistique ça peut être vrai. Dès lors que nous sommes passés de 43 députés en 1997 à 18 députés en 2013. Cependant, on peut y mettre un bémol puisque lors de la mandature de 2007, le Sdf comptait 16 députés pour en avoir 18 en 2013. Maintenant dans le fond, peut-on véritablement évaluer le poids d'un parti politique comme le Sdf dans les conditions électorales actuelles? Pour moi c'est non. Car le calendrier électoral est connu et décidé par une seule personne.
L’organe en charge des élections est partisan (Elecam, ndlr) et essentiellement composé des militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir , ndlr), la biométrie est partielle, l’administration continue a avoir la main mise sur le processus électoral, le code électoral est mauvais et ne fait pas l'objet d'un minimum de consensus et même ce mauvais code électoral est constamment violé par ceux qui l'ont rédigé. Résultat des courses, avant les élections de 2013, le parti au pouvoir avait déjà une quarantaine de députés sur 180 soit le 5ème de députés et 120 mairies sur 360, soit le tiers de mairies.
En définitive, dans un système électoral autant flou et anachronique, il est difficile d’émettre un commentaire objectif sur les résultats électoraux ; voilà pourquoi le Sdf se bat pour plus de réformes électorales.

Le boycott des législatives de 1992 apparaît-il comme la plus grosse erreur politique de votre parti, comme le disent certains conservateurs?
Ceux qui le pensent refusent de voir la vérité en face et de lire objectivement dans le rétroviseur. En 1992, il y a le contexte des revendications politiques, avec la venue forcée du multipartisme, ceci après une série de grondement de la rue à travers la société civile et des regroupements qui deviendront plus tard des associations politiques. La revendication à ce moment était la demande d'une conférence nationale. Le pouvoir s'y opposa et décida d'une tripartite.
A l'issue de celle-ci, l'organisation des élections en 1992 fut décidée, ainsi que la modification de la constitution. Dans sa roublardise habituelle, le pouvoir décida d'aller aux élections avec un code électoral discutable. L’opposition dans sa globalité décida de boycotter cette élection afin éventuellement de faire fléchir le pouvoir. Ce dernier décida de sortir son arme fatale et son joker en débloquant 500 millions de francs pour tout parti politique qui prendrait part à cette élection. Le Sdf s'abstint. Si c'est cela l'erreur monumentale du Sdf, nous assumons.
Heureusement, l'opposition obtint la majorité, mais du fait de l’égoïsme des uns et des autres, elle ne pût capitaliser cette victoire. Jusqu'aujourd’hui, les problèmes de code électoral sont d'actualité.

Quel est le regard que vous jetez sur la situation sociopolitique actuelle du Cameroun ?
Le Cameroun est un gros malade aux urgences, sans eau, sans électricité, dont les jeunes sont au chômage, une population globalement dans la misère, une crise de confiance totale entre les acteurs politiques. Un pays corrompu sans lisibilité dans l’économie à cheval entre Dsce (Document de stratégie pour la croissance et l’emploi), plan d'urgence, émergence ou « immergence », bref un pays de slogan. La dernière affaire de l’hôpital Laquintinie de Douala nous montre à suffisance, ce que c'est que le système de santé au Cameroun.
Il faut un électrochoc pour sortir ce pays du coma dans lequel l’a plongé le pouvoir actuel. Cela doit se faire le plus tôt possible avec la participation et l'implication de tous et de chacun, de peur d'être considéré de complice passif pour non assistance à pays en danger.

Que répondez-vous à ce qui soutiennent que le Sdf est un parti régionaliste et que son leader, John Fru Ndi est un homme du passé qui n'a plus un avenir politique pour le Cameroun ?
C'est le régime et ses affidés qui tentent de confiner le Sdf à un parti régionaliste parce son leader est originaire d'une région d’où viennent ses plus grandes victoires. Le Sdf est un parti politique national, je suis moi même originaire du Sud et aujourd’hui le Sdf a des conseillers municipaux dans toutes les régions du pays. Nous avons des sénateurs dans l'Adamaoua et le renouvellement actuellement en cours concerne toutes les régions et tous les villages de la République.
Le seul problème est que la résistance à la fraude n'est pas la même dans toutes les régions. Avec la nouvelle dynamique en cours, cette résistance à la fraude devrait se généraliser. Quand au Chairman John Fru Ndi, il va de soi, qu'il a beaucoup combattu, qu'il a pris de l'âge, mais son avenir dépend de lui-même et des délégués au congrès. S'il estime que c'est suffisant pour lui, il avisera et se retirera, s'il estime qu'il peut continuer, il soumettra sa candidature au congrès et les 2500 délégués du congrès décideront en cas de concurrence.

Quel est le programme politique du parti pour les prochaines échéances?
Le programme politique du Sdf est contenu dans ce que nous appelons le Nesprog (National Economic Salvation Programme) tome 1 et tome 2. Il y contient la vision du Sdf sur tous les plans, par exemple pour la forme de l'Etat, nous prônons le fédéralisme, sur le plan économique, nous pensons à plus d'intervention de l’Etat et nous sommes alignés sur la vision des partis socio-démocrates. Nous pensons en outre à une assurance universelle dans laquelle le pauvre pourra se soigner chaque fois qu'il est malade. D'autres aspects sont évoqués dans notre programme de gouvernement.


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