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AFRIQUE

C’est quoi la françafrique ?


Alwihda Info | Par Mohamed Qayaad - 18 Septembre 2014 modifié le 18 Septembre 2014 - 16:29


Caricature sur la Francafrique. Crédit photo : Sources
Caricature sur la Francafrique. Crédit photo : Sources
Retour documenté sur les trois lignes de force supposées caractériser les relations franco-africaines d'un gouvernement l'autre : « opacité de l’information, crimes dont les Africains sont toujours victimes, complicités des régimes africains ».


Il y a des mots qui dégagent de prime abord une connotation positive ou négative. Le mot « francafrique » relève de la dernière catégorie car pour ceux qui ont regardé ne serait-ce que de loin les relations franco-africaines ne peuvent s’empêcher de se boucher le nez du fait de l’odeur nauséabonde qui s’en dégage. Comment ramasser toutes les pratiques de ces relations en une seule formule ? C’est désormais fait depuis la naissance du mot « francafrique », en attendant mieux.

C’est le mot le plus explicite en la matière. Il y a cependant une définition qui essaie de situer le noyau dur de ces relations, elle a été donnée dans « France-Cameroun, croisement dangereux » publié par Agir ici et Survie.

La « Francafrique » désigne une nébuleuse d’acteurs économiques politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseau et lobbies, et polarisée sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide publique au développement. La logique de cette ponction est d’interdire l’initiative hors du cercle des initiés. Le système, auto-dégradant, se régule dans la communication. Il est naturellement hostile à la démocratie. Le terme évoque aussi la confusion, une familiarité domestique touchant vers la pauvreté.

Ce mot vient d’être repris comme titre d’un ouvrage de François Xavier Vershave - (La francafrique le plus long scandale de la République) - mort le 29 juin 2005 à Villeurbanne. L’auteur qui connaît la Francafrique pour en être un des grands critiques était un dirigeant de l’association Survie, qui éditait entre autres les « Billets d’Afrique » et « Les dossiers noirs de la politique africaine de la France ». Il est par ailleurs l’auteur de « Complicité de génocide ? La politique de la France au Rwanda » (la Découverte, 1994), sans oublier son dernier ouvrage « Noir silence, qui arrêtera la Francafrique ? »

La Francafrique, sous-titre « le plus long scandale de la République » est riche. Il souligne trois lignes de force qui caractérisent les relations franco-africaines : l’opacité de l’information, les crimes dont les Africains sont toujours victimes, et les complicités des régimes africains.

L’opacité de l’information concerne en premier lieu la France dont la population non-initiée ne sait rien sinon que la France, « patrie des droits de l’homme », terre d’asile fait beaucoup d’efforts pour le développement de l’Afrique. Cette ignorance est renforcée par le silence, le désintérêt ou mieux les complicités des médias français sur les problèmes touchant l’Afrique. Aussi les hommes des réseaux n’hésitent pas à éliminer, y compris physiquement, les Français gênants (Mme Borel est là pour confirmer mes dires).

C’est un euphémisme de dire que le nombre de victimes africaines est 5.000 fois supérieur à ce que l’on nous dit. C’est ainsi que les Français ordinaires ignorent l’implication de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda. Des massacres de nature génocidaire des Bamilikes du Cameroun au début des années 1960 que de nombreux assassinats des hommes politiques africains, opposants aux préposés de la Francafrique ou membres du réseau qui s’égarent sur le chemin de l’indépendance.

Les crimes de la Francafrique vont de l’élimination physique (Félix Moumie, Tombalbay, Autel Bono, Sylvanus Olympio, le juge Borel, etc.) à l’encouragement des guerres civiles et conflits sociaux sur l’émancipation des haines ethniques (Rwanda, Congo, Zaire, Djibouti, Centrafrique) en passant par les crimes économiques qui ont plusieurs formes, en premier lieu le pétrole (Cameroun, Congo, Gabon, et Tchad) l’encouragement du Biafra (1967-1970) afin de disloquer le Nigéria et mettre la main sur le pétrole. Ces crimes politiques vont au-delà du pré-carré francophone pour inclure désormais l’Angola, le Liberia, etc.

Les hommes à la base de cette politique française peuvent être regroupés en plusieurs catégories : les présidents, premiers ministres et les officiels qui tiennent un discours politiquement correct pour amuser la galerie (de Gaulle, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande).

La deuxième catégorie visible, ce sont les ministres, les ambassadeurs et Messieurs « Afrique », dont les membres sont souvent les criminels recrutés à l’extrême-droite, afin d’éviter une quelconque sympathie pour les Africains. Ils servent des hommes à tout faire, des membres nobles du réseau dont la crème était Jacques Foccart et une série d’hommes intermédiaires. Les réseaux sont cousus, noués dans des sociétés d’obédience franc-maçonne et rose-croix. La troisième colonne de la Francafrique est constituée des complices locaux, qui participent à la destination de l’avenir de leurs peuples et leurs continents.

La crème fut Houphouët Boigny. De nos jours plus d’un est toujours là, défiant toute initiative démocratique : Sassou Ngesso, Idriss Deby, Paul Biya, Blaise Compaoré, IOG . Le gros morceau, Sani Abacha est parti trop tôt. Le régime d’apartheid fut le plus solide associé de la France, qui n’a jamais cru que ce régime allait disparaître. C’est ainsi que le représentant de l’ANC à Paris fut liquidé comme un poulet en 1987, il s’agit de Dulcie September.

Au moment où avait eu lieu des procès en assises comme celui de Bob Denard, la crème des criminels de la Francafrique, le jeu des ombres et fausses lumières de la Francafrique n’est pas prêt à tirer le rideau. Chaque fois on parle de réformer, mais pourtant rien ne bouge. La droite comme la gauche font une quand il faut couvrir les crimes en Afrique. C’est le ministre délégué à la coopération de la « nouvelle politique » de Lionel Jospin, en l’occurrence Charles Josselin, qui disait au sujet du Rwanda : « Ce ne sont pas les Français qui tenaient les machettes ». Il oublie très vite l’aide précieuse que les autorités françaises, et leurs militaires ont apportée à un régime agonisant.

Mohamed Qayaad


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