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TCHAD

Ce que la jeunesse tchadienne doit savoir

LETTRE A LA JEUNESSE TCHADIENNE


Alwihda Info | Par RAMEAU D’OLIVIER KODIO - 2 Septembre 2013 modifié le 2 Septembre 2013 - 19:07



A la jeunesse tchadienne, fer de lance du développement de la nation qui a vu naitre ToumaÏ, l’ancêtre des êtres humains.

Qu’il nous soit permis, ici à l’entame de notre propos, de faire une précision. Ce n’est pas, en effet, l’envie de faire des critiques draconiennes qui a commandé notre entreprise, mais la simple volonté d’appeler la jeunesse tchadienne à la prise de conscience. C’est donc cette seule volonté qui nous guidera tout le long de cet infime écrit.

A vous donc qui formez cette jeunesse, quelle que soit votre situation géographique, le droit à l’erreur ne vous est pas reconnu.

Cinquante-trois ans déjà que nous avons acquis la maîtrise de notre destinée, que nous avons été chargés du pouvoir de contrôle et de direction de notre devenir. Qu’en a-t-on fait ? Ou plus précisément qu’en est-il résulté ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de faire un état des lieux, un diagnostic dirait le médecin.

I.ETAT DES LIEUX

Il est question, ici, d’exposer les chemins empruntés par le Tchad depuis l’acquisition de son indépendance, c’est-à-dire depuis 1960. Ils sont nombreux et tous dangereux pour son développement. Et comme ils sont nombreux et que nous devons dire l’essentiel en peu de mots, nous n’en exposerons que les plus significatifs.

A. Le chemin de la guerre

Que des guerres et du sang versé. Nous étions extrêmement choqué quand, ayant une fois fait connaissance avec un ami sénégalais et lui ayant dit que nous venions du Tchad, la première question qu’il a eu à nous poser était : « Vous avez arrêtez la guerre là-bas ? ». C’est très subjectif mais nous pensons que n’importe quel patriote aurait eu le même sentiment que nous. Quatre coups d’Etat, une guerre civile, des foyers de rébellion récurrents et un peu partout. C’est regrettable, des frères qui s’entretuent !

B. Le chemin de la division

Division entre « nordiste » et « sudiste », entre « Doum » et « Sara » comme on le dit, animée par l’appartenance religieuse. C’est diabolique ! Seul le diable sème la discorde.

C. Le chemin de l’endettement 

Le taux d’endettement du Tchad est relativement élevé. « S’endetter, c’est se charger » dit-on. Alors, comment peut-on se développer en pareil cas ?

D. Le chemin de l’inertie

Il n y a malheureusement pas de culte de travail au Tchad. Exception peut être faite, mais la généralité impose ce constat. Cela doit changer.

Au vue de cet état des lieux, faut-il se croiser les bras et continuer sur ces chemins ? La réponse devrait être négative car « seuls les imbéciles ne changent pas ». Ce qui veut dire que l’homme doté de raison, après avoir découvert ses erreurs, n’y repart pas. Et les tchadiens sont doués de raison, nous n’en doutons même pas un seul instant. Alors, il faut rebrousser chemin et emprunter les meilleures voies, celles qui nous mènerons sûrement au développement ; car le développement est réellement un défi qui doit être relevé.

II.LES CHEMINS A EMPRUNTER

Les chemins que nous avons empruntés jusqu’ici - ceux exposés lors de l’état des lieux (chemins de la guerre, de la division, de l’endettement et de l’inertie) – étant en inadéquation avec le défi fondamental qu’il importe de relever au Tchad (nous voulons parler du défi du développement) , il est indispensable d’emprunter les voies contraires. Quelles sont- elles ? Ce sont les voies de la paix, de la concorde et du travail.

A.L’emprunt de la voie de la paix

Nul ne doute : comme le nectar attire les abeilles, la paix attire les investisseurs. Ces derniers produisent de la richesse, la transforment et la repartissent entre les populations. L’importance des investisseurs est, en effet, capitale pout tout pays qui recherche le développement. Ces investisseurs, à l’instar de leur rôle salutaire pour le pays, recherchent aussi leur profit. Par conséquent, ils ne s’aventureraient jamais dans un pays de guerre. D’où la nécessité de rebrousser chemin et de prendre la voie ainsi suggérée de la paix. Il n y a pas de continent plus barbare que l’Europe. Personne n’a oublié les deux Guerres mondiales et les ravages qu’elles ont fait dans les pays européens. Ces pays s’en sont relevés. Ce qui nous prouve d’une manière éclatante que la guerre suspend ou interrompt le développement mais ne le rend pas impossible ultérieurement.

B.L’emprunt de la voie de la concorde

La discorde, ce fait diabolique est une tare, une imperfection, un défaut qu’il faut bannir à jamais de nos mentalités. Nous devrons former une nation. D’ailleurs, tout unit les fils du Tchad. Le drapeau bleu – or – rouge n’appartient-il pas à tout tchadien quel que soit son esprit partisan ? Personne, en effet, ne peut se targuer d’un drapeau qui appartiendrait au nord du pays et d’un autre qui appartiendrait au Sud. De même, personne ne peut, sans frôler le ridicule, nous chanter un hymne qui appartiendrait au Sud et un autre qui appartiendrait au Nord. Tous les tchadiens se partagent le même drapeau, le même hymne, sont soumis à la même constitution et aux mêmes législations.

Mais pourquoi donc diable sont-ils divisés ?

La religion, nous objecterait-on ! Comme un juge de cassation qui rend un arrêt de rejet, nous répondons par la négative. Aucune de nos religions, à la vérité, ne prône la discorde. La Bible ne dit-elle pas : «Bien-aimés, Aimons nous les uns les autres ; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connais Dieu »[Note de bas de page] ? Et n’a-t-on pas rapporté du prophète Mahomet (psl) ces paroles : « Serrez-vous les mains afin de chassé la haine de vos cœurs, et faites-vous des cadeaux pour faire naitre l’amour et faire mourir l’inimitié entre vous »[Note de bas de page]?

Les différences ethniques nous objecterait-on encore ! Nous nous inscrivons en faux une nouvelle fois, pour la simple raison qu’il existe une multitude d’ethnies au Nord et une multitude d’ethnies au Sud et que la division la plus gangreneuse est celle entre sudistes (constitués de plusieurs ethnies) et nordistes (constitués de plusieurs ethnies).

Finalement, rien ne nous empêche de nous concorder si ce n’est l’orgueil et la haine, autres vices diaboliques. Que faut-il donc faire ? Il faut abandonner l’orgueil, rejeter la haine comme la mère rejette les vagues et les impuretés et semer la graine de la concorde qui, en germant, produira les fleurs du développement.

C.L’emprunt de la voie du travail 

L’économie reconnait deux facteurs de production : le capital (c’est-à-dire l’argent) et le travail. Depuis l’indépendance, nous avons emprunté le chemin de l’endettement tout en étant inerte. Ce qui veut dire que nous avons privilégié le facteur capital sur le facteur travail. Démarche digne d’un aveugle ! Il est difficile de se développer en s’endettant, surtout lorsque le montant de la dette est élevé, comme il en est malheureusement le cas au Tchad. Nous devons désormais procéder par empirisme, en privilégiant le facteur travail sur le facteur capital, tout en ne négligeant pas ce dernier. D’ailleurs, l’appel au culte du travail se justifie nettement d’autant plus que nous disposons à foison de la force de travail et des ressources naturelles à exploiter.

1) La force de travail : 80% de la population tchadienne est rurale. Ce qui veut dire, a contrario, que seulement 20% de la population tchadienne est urbaine, avec une majeure partie non bureaucrate. Une aubaine pour les producteurs de richesses, qui n’attendent qu’un climat de paix et de sûreté pour en profiter et parallèlement en faire profiter le Tchad. Comme quoi, il est nécessaire d’emprunter de bons chemins.

Cette force de travail devrait nous permettre d’exploiter les ressources naturelles dont nous disposons à foison

2) Les ressources naturelles : L’or, le pétrole, le Lac-Tchad et ses bords fertiles, l’uranium, le soleil, les vents, une nature extrêmement artistique, un climat paradisiaque (paradisiaque non pas dans le sens de l’absence de températures trop élevées ou trop basses - parce que si tel est notre propos, nous passons complètement à coté - mais paradisiaque dans le sens où il permet à la fois de réaliser une bonne agriculture et un bon élevage). Nous ne pouvons pas en rêver plus. En effet, nous considérons que le Tchad est le pays africain le plus riche en richesses naturelles, à concurrence avec la République Démocratique du Congo. Nous faisons cette considération parce qu’il ya presque tout ce qui est richesse naturelle au Tchad.

Au Total, jeunesse tchadienne, sache qu’il est impossible de rester dans un état statique. En effet, soit on avance soit on recule. Et si on n’avance pas (comme tel est le cas depuis plus de cinquante ans), alors incontestablement on recule. D’ici 15 ans, la destinée de ton pays reposera entre tes mains. Si donc, ceux qui t’ont précédé te lègue le pays en régression à cause des mauvaises voies empruntées, sache qu’il n y a pas de honte à rebrousser chemin pour en emprunter le mieux adapté, le bon paysan te le dira. Tu connais les erreurs qui retardent le développement de ta nation et, ayant bon espoir, nous savons que tu ne t’enliseras pas dans ces erreurs-là. C’est pourquoi nous t’adressons cette minuscule lettre comme pour te rappeler l’importance de la mission qui repose de toute sa charge sur tes épaules. Tu sais, il n y a rien de plus honorable que d’agir d’une manière responsable. C’est cette raison qui doit t’animer dès à présent mais encore – et surtout – lorsqu’on te rendra responsable de la destinée de ta nation. Cherche-toi les moyens pour relever ton pays. Ne néglige surtout pas la science car elle est un outil fondamental pour le développement. Sur ce point, nous t’exhortons à prendre exemple sur le peuple japonais qui a activé le développement de sa nation par la science à telle enseigne qu’il rivalise aujourd’hui dans les sciences les plus complexes avec les peuples qui se croyaient avoir le monopole de la science. N’oublie surtout pas qu’autour de toi, la jeunesse gronde, grouille, se cherche les moyens, pense à sa nation. Tu dois faire la même chose car cela est utile pour toi. Enfin, nous laissons le mot de la conclusion au Maitre Wade qui, s’adressant à la jeunesse sénégalaise, leur disait ceci : « Restez toujours debout, la tête haute, pour contribuer à bâtir le destin de nos rêves ».

Par RAMEAU D’OLIVIER KODIO