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AFRIQUE

Centrafrique : Accord de Paix de Brazzaville, un document vide


Alwihda Info | Par Sandra Martin-White - 25 Juillet 2014 modifié le 25 Juillet 2014 - 16:38


Par Sandra Martin-White, Analyste juridique et politique de LNC

Habituellement, lors des rencontres internationales menant à des signatures d'Accord de cessation d'hostilité, le document final est toujours précis en stipulant les principes et calendrier d'application sur le terrain de ce qui a été signé.

Or, dans le cas de Brazzaville, rien de tout cela.

Le document est VIDE, 10 articles flous pour ne rien dire, ne se contentant que d'incantations laissées à l'appréciation des protagonistes, pourtant connus pour ne pas du tout être fiables, ni d'être réputés tenir parole.

Les travaux des trois comités n'auront surfé que sur les apparences et des atermoiements diplomatiques évitant de froisser les susceptibilités.

- Rien sur la définition, afin de les cerner, pourtant un minimum, de ces milices armées : qui sont-elles ? Où sont-elles ? Combien sont-elles ? Quelles sont leur capacité de nuisance ?

- Rien sur les processus de désarmement effectif des belligérants,

- Rien sur le corollaire, le DDR (Désarmement, Démobilisation et Réintégration).

- Rien sur les mixtions toxiques de ces milices au sein du gouvernement centrafricain,

- Rien sur le volet justice. Impunité pour les criminels ? Le sujet ne fut même pas abordé.

SASSOU SAUVE LA FACE

"Du trompe l’œil" a confié à LNC un des politiciens centrafricains présent à Brazzaville, et regrettant d'y être allé.
Car si, on s'est embrassé, enlacé comme les meilleurs amis du monde au clap de fin, ce n'était qu'apparence.
Les réconciliations étaient à la "Médicis", le couteau dans le dos.

Mardi soir, les travaux étaient à l'arrêt, du fait des obstructions des Séléka retranchés dans leur hôtel et refusant de reprendre le colloque le lendemain.
Et de fait, mercredi matin, à la reprise à 9h des débats, les Séléka n'étaient pas là.
On repousse, on tergiverse, seul le comité politique se remet au travail. Les autres sont en chômage technique.

Denis Sassou N'Guesso voyait déjà poindre à l'horizon l'échec de SON Forum. En délicatesse à l'intérieur chez lui, comme souhaitant tripatouiller la Constitution Congolaise pour se perpétuer à vie au pouvoir, il jouait gros.
Dare dare, en début d'après-midi de mercredi, il envoie les représentants de l'ONU Babacar Gaye et Abdoulaye Bathily, ainsi que son ministre de Affaires étrangères Basile Ikouébé aller raisonner les Séléka. Même Moussa Faki Mahamat le ministre tchadien des affaires étrangères fut mis à contribution.

Négociations, dont Daffhane avouera à la sortie "qu'il fallait que je pose le problème de la sécurité de la communauté musulmane centrafricaine".
La délégation Séléka consent en fin d'après midi à revenir à la table des négociations.
Mais à quel prix ?
Qu'auront gagné les Séléka en compensation ? La question reste encore en suspens.

Au moment de la cérémonie des signatures, Sassou exulte, debout, il ne cesse de battre des mains. Les apparences sont sauves.

SAMBA-PANZA DE GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE

Elle n'aura pas pesé sur les événements, loin de là, les subissant plutôt.
Inauguratrice des chrysanthèmes, nul à Brazzaville ne l'aura entendue faire des propositions dans les comités, ni même, et c'était l'occasion, en profiter pour se débarrasser des Séléka et des Anti-Balaka polluant son gouvernement. Mais le voulait-elle ?
Un délégué nous confiera : "Elle était transparente".

Pire, conséquence perfide de telles rencontres, voilà désormais les milices rebelles officiellement reconnues, avec en ajout, des pouvoirs de décider ou pas de la paix.
Les champs de manœuvre de CSP se sont rétrécis, la voilà otage du bien vouloir des rebelles.

IMPACT ?

Le "Front du refus" à Bangui peut se réjouir, ces discussions brazzavilloises n'auront même pas accouché d'une petite souris.
Car on repart du Congo avec toujours les mêmes incertitudes.

Comment la signature apposée par Patrice Edouard Gaïssona au nom des Anti-Balaka sera-t'elle respectée sur le terrain ?
C'est un vrai défi, tant globalement, Gaïssona et Wénézoui ne représentent pratiquement qu'eux-mêmes dans la petite sphère autiste de Bangui.
Côté Séléka, l'accord paix est déjà dénoncé.
Pour Habylah Awal, porte-parole du bureau politique de la Séléka : « Nous ne reconnaissons pas cet accord qui ne nous engage en rien »

Une fois de plus, l'avenir du peuple centrafricain reste inscrit en pointillé.

© Juillet 2014 LNC


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