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POINT DE VUE

Centrafrique : Décès de la figure du citoyen ?


Alwihda Info | Par Abdou Moussa - 2 Août 2015 modifié le 2 Août 2015 - 23:23


Dans Archéologie du savoir, Michel Foucault, l’un des plus brillants intellectuels français, affirme que la naissance de la figure du citoyen en France date du XIXème siècle. Dans les pays « francophones » d’Afrique, la notion de citoyenneté est abordée du point de vue des droits et des devoirs liés à l’attachement à une communauté politico-juridique donnée (Etat). C’est le cas de la République Centrafricaine. 

L’approche anthropologique de la citoyenneté, certains diront subjective, de ce concept s’apprécie par rapport à un état de civilisation donné, même si l’on affirme le caractère universel de certaines valeurs, inséparables de toute notion politique dans les temps modernes.

Dans la « culture francophone », le mot citoyenneté est un concept surchargé d’idéalisation et de flou idéologique. En revanche, les anglo-saxons ont gommé la différence entre citoyenneté et nationalité, c’est-à-dire le droit et son exercice actif. Aussi, dans la littérature américaine, le mot citizenship est employé à la place de la nationalité dans les écrits.

En d’autres termes, le citoyen n’est pas seulement un électeur, il doit être contrôleur. Ce faisant la démocratie sera sauve. 

En Centrafrique, la défiance est de mise : Plus le citoyen estime que le pouvoir s’éloigne de lui, plus il verse dans le dénigrement, la haine. C’est en effet cette méfiance que l’enquête et la presse locale nous ont révélée en République Centrafricaine.

De même, l’absence de l’Etat (de droit) limiterait la chance de la démocratisation. Or la démocratie c’est le dialogue, le contraire du processus de destruction. Il s’agit désormais de faire des efforts pour encourager la culture d’impartialité dans les pratiques institutionnelles, et la culture de proximité que nous qualifierons de démocratie participative. Mais pour réussir, l’Etat devrait encourager les délibérations collectives. L’implication des citoyens dans la vie publique, dans la vie commune est une soupape de sécurité contre toute tendance au séparatisme et à l’entre-soi.

Nous avons également noté les faiblesses des partis politiques centrafricains dont le schéma de fonctionnement et d’organisation est calqué sur le modèle des formations politiques françaises : ils sont acteurs de la compétition électorale alors qu’ils auraient pu aussi être des organisateurs de débats politiques, pas seulement dans les instances délibératives (parlement), mais également en dehors d’elles.

La défiance à l’égard des pouvoirs publics en RCA entraîne le développement des instances indépendantes telles que la société civile (associations, ONG, syndicats, sectes…), même si timidement l’Etat les récupère par le biais des subventions ou qu’il favorise l’émergence d’une société civile collaborative. Comme nous avons pu l’observer en ces trente dernières années, les atteintes aux droits de l’homme ne sont dénoncées en gros que par des ONG étrangères, telles que Human Right Watch ou Amnesty International.

Ces dysfonctionnements seraient dus à un déficit d’« institutions générales », c’est-à-dire des instances indépendantes et de régulation. Il faudrait donc recréer ces institutions de généralisation et réintégrer la temporalité longue dans la démocratie. Faire exister ces institutions citoyennes pour relayer les partis politiques.

Le système éducatif devrait jouer également un rôle pour organiser un espace commun ; il doit donner un sens, un langage à ce que pensent les gens. Il serait souhaitable que l’éducation des forces vives de la nation s’enracine dans la culture millénaire de l’Afrique extirpée de toutes les aliénations. C’est dire que la culture à un rôle important à jouer dans l’invention démocratique en RCA. Comme dit un proverbe africain : « pour élever un enfant, il faut un village entier ». Cela signifie que l’éducation d’un enfant est une affaire du groupe. Ce proverbe veut dire aussi que les ancêtres africains n’ont jamais laissé l’éducation de leurs enfants au hasard, parce que la cohésion de leur société était d’une importance primordiale. 

Il n’y a rien au monde qui mérite plus d’attention que l’éducation

Toutes visions ne devraient pas perdre de vue ces intérêts africains en général et centrafricains en particulier. L’armée doit être en première ligne ; sa mission doit être double : défendre le pays, la nation et d’autre part se mettre au service l’Union Africaine.

L’état des lieux des différentes concertations nationales montrent à l’évidence que les maux auxquels la République Centrafricaine est confrontée sont très profonds : la colonisation européenne, les institutions importées mal adaptées, la permanence des liens coloniaux, les inégalités entre ville et campagne, le tribalisme, les groupes armés, etc. A tel point que, face à ces maux, l’Etat reste à inventer. La démocratie aussi. Mais l’une des clés aux maux qui minent l’Afrique, en particulier la République Centrafricaine est l’absence d’un paradigme culturel propre.

D’où l’idée d’éduquer la masse africaine : éducation à la démocratie, aux droits de l’homme et des femmes en puisant à la source des traditions millénaires du continent. Et ceci relève de la responsabilité des élites africaines. Mais ces élites doivent faire leur propre examen de conscience en réexaminant l’historiographie africaine pour se servir du substrat culturel africain et de la spiritualité africaine.

Faire l’impasse sur cette démarche, c’est méconnaître le rôle majeur de l’histoire et de la culture dans la renaissance d’un peuple, surtout lorsque celui-ci est aliéné. Le rôle de l’Etat centrafricain au XXIème siècle se doit de construire une communauté d’intérêts entre les différentes composantes de la population nationale, car cette communauté d’intérêts entraine nécessairement un sentiment national, panafricain et la tolérance.

L’importance de compromis entre la classe dirigeante et l’éthique, dans leur comportement quotidien, doivent servir de modèle aux citoyens.