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AFRIQUE

Centrafrique : Djotodia le machiavel centrafricain ?


Alwihda Info | Par Sandra Martin-White - 2 Juillet 2013 modifié le 2 Juillet 2013 - 20:19


Centrafrique : Djotodia le machiavel centrafricain ?
Par Sandra Martin-White
Consultante juridique de LNC

Doit-on en rire ou en pleurer ?
Mohamed Moussa Dhaffane, le désormais ex Ministre d'Etat chargé des eaux et forêts, arrêté sur des accusations verbales et non des preuves de ce qui lui est reproché ? Cela prête à la rigolade.

Où sont les preuves des accusations contre Daffane ?
Le plus comique de la chose est que, encore une innovation centrafricaine, la décision d'arrestation de Moussa Daffane fut faite par Décret, et non par une décision judiciaire.
Pire encore, il fut même arrêté avant notification.
La normalité aurait voulu que la présidence de transition, si soupçon existât, en informât par avance le parquet de Bangui pour une éventuelle ouverture d'enquête.
Ce qui en Droit n'autorise pas l'arrestation de Daffane.

Ce qui en outre aussi aurait permis à Daffane de se défendre.

Qui peut croire là, connaissant la justice parodique, corrompue jusqu'à la moelle et bananière centrafricaine que là embastillé au Camp De Roux à Bangui, Daffane pourrait se défendre ?

Où est le dossier judiciaire ? Qu'est-ce qu'il y a dedans ?
Moussa Daffane est donc contrairement aux allégations de Djotodia, un prisonnier politique.
La même chose pour son frère de même arrêté.
Pour quelles raisons ?

Judiciairement, et nous le savons, le dossier est vide.
Ce ne sont que des pures allégations.
Comme le dit Michel Gazam-Betty s'improvisant Procureur de la république, Mohamed Moussa Daffane est accusé de tentative de déstabilisation de l'Etat, de corruption et même d'assassinats.
Pourquoi pas ? Mais il faut étayer avec des preuves.

Et des preuves, il y'en a pas.

Le principe minimal d'un Etat de Droit, c'est le respect de "l'Habeas Corpus" anglais, remontant à 1679, et protégeant le droit de défense des accusés.

POLITIQUEMENT....

Pourquoi soudainement Mohamed Moussa Daffane devient-il la brebis galeuse de la République ?
1) Il fut le seul avec Arda Akouma au sein de la Séléka, depuis Mars 2013 à combattre les exactions de certaines factions de la Séléka en RCA.
Tous les Séléka ne sont pas des pilleurs et des assassins.
C'est bien plus compliqué que ça.
2) Tout est parti du fait que, comme LNC en primeur l'a publié, du MEMORANDUM Séléka exigeant une discussion inter-Séléka.
La chose n'a pas plu du tout à Michel Djotodia, et il a chargé son doungourou Michel Gazam-Betty aka Yago, se revendiquant de la Séléka, ce qu'il n'est pas, de faire le buzz.
C'est d'autant plus mal joué que de tous les chefs Séléka, Moussa Daffane était le seul à mouiller la chemise, à aller sur le terrain pour calmer les excitations, souvent le revolver à la main.
L'accusation de putschisme ne tient pas.
Corrompu et corrupteur ?
Encore lui qui enfin a mis les pieds dans la forêt obscure, cas de le dire, des manipulations dans les richesses minières et forestières centrafricaines.
Il aurait corrompu des gens et exiger des rançons ?
Où sont les preuves.

3) C'est la Convention des patriotes pour le salut du Kodro (CPSK) de Daffane qui a récemment donc tapé du poing sur la table, pour dire à Djotodia : 'Ca suffit !'.

Sont-ce les gens du CPSK qui depuis plus de 3 mois tuent et pillent en RCA ? Sûrement pas !
Mais comme actuellement, comme du temps de Bokassa on mettait sur sa tête tout ce qui n'allait pas dans le pays, la moindre exaction en RCA est dite venant de la Séléka.
Or la Presse devrait être plus précise et prudente dans ses manières de relater les faits. De quelle faction Séléka parlons-nous ?

LE VICE DE DJOTODIA

Michel Djotodia serait le plus grand menteur du monde, s'il oserait encore dire que tout va bien en Centrafrique.
Il se révèle incapable d'endiguer depuis 4 mois les dérives des 'Séléka'.
N'en est-il pas le Chef suprême ?
Car il est très surprenant que un ensemble aussi hétéroclite de rebelles armées, qui hier encore se battait entre eux, ait pu en moins de 2 mois, ensemble, prendre le pouvoir, pour ensuite laisser éclater une chienlit sans nom de division et de crise sanglante interne.

Où est passée cette discipline militaire de la Séléka lors de la conquête du pouvoir qui faisait l'admiration des spécialistes mondiaux de l'Art de la guerre ?
A l'évidence, à trouver dans une médiocrité politique.

Toute armée à besoin de 'cinglés' pour aller au combat, mais à contrôler sévèrement une fois la victoire acquise.

Michel Djotodia n'a plus la main sur ses 'cinglés'.
Penser s'en sortir à toujours accuser, comme il l'a encore fait dernièrement des partisans de Bozizé qui 'foutraient le bordel', ça a marché un temps, plus maintenant.

Et donc, comme c'est un intellectuel qui a lu....Suivant les préceptes du "Prince' de Nicolas Machiavel, en politique pour s'en sortir, il faut une victime expiatoire.
Et si possible sacrifier le moins accusable.
Mohamed Moussa Daffane n'est que un sacrifié, une victime innocente à l’aune de la politique démagogique de Michel Djotodia.

Après, un procès ?
Mais ce ne serait que du Stalinisme.
En même temps, Djotodia a été nourri au biberon du soviétisme.

EN ARRIERE PLAN

Michel Djotodia était très chafouin de ne pas se savoir accepté par la Communauté internationale comme Président de la RCA après son coup d'Etat.
Le terme de 'Président auto-proclamé', ça, il ne l'a jamais accepté.
D'ailleurs il ne se gênait pas pour le dire : "En quoi je serai un auto-proclamé et pas les Kolingba, les Bozizé, les Sassou N'Guesso et les Idriss Deby ?".

Là dessus, il a entièrement raison.
Difficile d'avaler le fait de voir des putschistes comme Deby et N'Guesso lui donner des leçons de démocratie.

Mais voilà, en politique, tout n'est que rapport de force.

Et lui, dans ce jeu de rapport de force, a manqué l'essentiel.
A savoir rassurer les centrafricains, à appliquer une plus value suite à son coup d'Etat.
La Centrafrique n'a jamais été aussi mal depuis qu'il est là.
Au nom de quoi dès lors les centrafricains l'apprécieraient-ils ?

Trop de morts, trop d'exactions, trop de pillages depuis qu'il est là.

Même, lui aussi plonge les deux mains dans le clanisme.
Les noms musulmans de ses proches pullulent au pouvoir.
Ce n'est pas en soi une diatribe contre les musulmans en RCA, mais un étonnement.
Michel Djotodia verrouille le pouvoir en RCA, comme s'il n'était pas que de passage, mais pour la durée.

Et voilà son problème.
Les Séléka ont fait un Coup, pour ensuite voir Djotodia leur dire que le pouvoir n'est que provisoire.
Ca ! ne peut pas passer auprès des troupes, c'est impossible.
Ne pas rêver, il n'y aura pas des élections dans les quelques 16 mois restant, c'est impossible !
Des gens ont pris des risques sur leurs vies, elles ne vont pas laisser le pouvoir, le gain de la lutte leur passer sous le nez comme ça.
Il faudrait être là très naïf pour y croire.

Chose qui se renforce par le fait que la communauté internationale a condamné le 'coup' Séléka, mais sans l'aider.
François Bozizé en 2003 avait fait la même chose, et derrière, il eut tous les soutiens.
La Séléka actuellement n'a pas cette facilité.
Quelque part, c'est injuste.
Et comme disait un officier Séléka à LNC en Décembre 2012 : "Nous n'avons rien à perdre."

En conclusion, Michel Djotodia, en sacrifiant gratuitement un innocent, pensant se sauver, se met encore plus en avant.
Le peuple veut la paix, le peuple a faim, le peuple veut un pays en ordre de marche.
Comment va-t'il faire dorénavant en sacrifiant un pilier sain comme Mohamed Moussa Daffane ?
Il est certain que ce ne sera pas sur Nicolas Tiangaye qu'il pourra compter.
Nicolas Tiangaye est une espèce de Prince consort qui méthodiquement s'applique à ne rien faire.

PAUVRE CENTRAFRIQUE !

© Juillet 2013 LNC


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