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EDITORIAL

Centrafrique : Elections, la course à la mangeoire


Alwihda Info | Par Eve Malonga - 16 Février 2016 modifié le 16 Février 2016 - 06:06


Eve Malonga
Rédactrice en chef adjointe de LNC

BANGUI (LNC) — Nous ne préciserons jamais assez que GLOBALEMENT, compte tenu de la mascarade du premier tour des élections présidentielles en RCA, le futur président élu, que cela soit Touadera ou Dologuélé, ne sera pas internationalement crédible, pour autant que la chose en dehors de la Centrafrique ait intérêt.

Les centrafricains veulent tant un retour à la “légalité” (chose surprenante, le pays ne l’a jamais connue, avec ses putschs à répétition, au point d’être championne du monde des coups d’état) qu’ils acceptent, disons le mot tout court : N’IMPORTE QUOI !

Fait passé inaperçu, des jours et des jours durant, les clans Touadera et Dologuélé n’ont eu de cesse de s’accuser de fraude. Touadera le taiseux de dire en OFF, “l’autre a modifié les résultats du premier tour”. L’autre, comprendre Dologuélé.
Côté Dologuélé, fidèle au personnage, on communique : “Nous n’avons pas triché.”
Toujours est-il que….

FRAUDES MASSIVES RECONNUES PAR LE CCT (Le Conseil Constitutionnel de Transition) lui-même. Mais, pour des raisons financières, impossible d’annuler cette farce du premier tour, déjà qu’il manque 3 millions de $ pour boucler le budget de ces élections. On se défoule donc sur les les législatives, toutes aussi truquées, mais jugées sans importance si annulées.
Préalablement, le Referendum sur le nouveau texte de Constitution fut tout aussi truqué, mais là, par les autorités nationales et internationales.
Commentaires très parlant de Marie Madeleine N’Kouet Hoornaert, la présidente de l’A.N.E (l’autorité nationale des élections) :

“Cela ne portait pas à conséquence.”

Etonnant, la Constitution d’un pays ne serait qu’épiphénomène, et que donc, sa fausse validation par les centrafricains porterait pas à conséquence ?
Comment effectivement les centrafricains auraient-ils pu valider en toute connaissance de cause un texte qu’ils ne connaissaient pas ? Dans cette affaire, ils ont été pris pour des imbéciles.

Néanmoins, dans sa politique de sauver les apparences, voilà la RCA dotée d’une nouvelle Constitution, dirions-nous, à l’insu de son plein gré, ce qui amuse assez un diplomate américain à Bangui parlant sous anonymat :

“Cela ne changera rien, en Afrique les Constitutions ne sont jamais respectées. Mais précisez à vos lecteurs que les USA n’ont rien à voir avec ce que vous appelez une mascarade. Il appartenait à l’ONU de trancher et d’invalider ce referendum ridicule. Nous sommes d’accord là dessus, c’est risible.”

GRENOUILLAGES

Qui va être dans l’équipe de gouvernement du futur président en RCA ? depuis 15 jours, cela rythme frénétiquement la vie politique centrafricaine.
François Bozizé, même si loin du pays, tente toujours d’infléchir les choses à son avantage. L’habitude !
Tentative pour corrompre Touadera, au nom “du travail fait ensemble dans le passé” ! RATE !
Du coup, son KNK soutiendra DOLOGUELE par défaut. Ce qui ne fut pas sans drame au sein du parti, au point de faire des dégâts. Bertin Béa par exemple le Secrétaire général du parti y perdra sa place ! tout comme d’autres.

Regard du côté du MLPC, le jusque là très puissant parti de Ziguélé, on y déroule étonnamment le tapis à Touadera, qui fut le Premier ministre, et un bon moment de celui qui lui avait fait perdre son boulot en 2003. Décidément, la mémoire est courte en Centrafrique.

Paroles de Ziguélé :

“On mutualise nos forces humaines et financières.”

Martin Ziguélé soutenant TOUADERA, c’est la mariage de la carpe et de la tortue. Mais pour les connaisseurs du marigot politique centrafricain, le choix de Ziguélé sur Touadera serait pour espérer une place de choix dans la mangeoire : Premier ministre ou Président de l’assemblée Nationale, ne serait pas pour déplaire au natif de Pahoua.

Mais, n’eut-il pas mieux fallu que Ziguélé concentre ses forces sur les législatives afin de constituer une alternative crédible au pouvoir, via l’Assemblée Nationale, plutôt que de se commettre de la sorte en se déculottant ?

Quant à Dologuélé, l’homme qui il y a encore un an sentait le soufre, le très clivant personnage est désormais en odeur de sainteté à la cour; courtisé par bon nombre des candidats déchus, il boit du petit lait,“cela juste parce qu’il a de l’argent,” argumente un mauvais coucheur à Bangui.
Même un fonctionnaire de l’ONU à Bangui de s’étonner : “D’où vient l’argent de Dologuélé ?”
Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

Charles Malinas, l’ambassadeur de France à Bangui, surnommé “Le Vice gouverneur” pour sa propension à se mêler de la politique interne centrafricaine est depuis son erreur sur Ziguélé, très mal vu à Paris, il avait misé sur le mauvais cheval. L’homme est depuis sur un siège éjectable.
Son candidat Ziguélé a perdu. Ce qui a fâché “la Métropole” sur un tel manque de lucidité politique et d’anticipation.
Depuis, Malinas a tourné casque et tente de “vendre” Dologuélé à Paris. Mais Paris n’en veut pas,

au Quai d’Orsay jusque là, en Off, Dologuélé était jugé comme un “malhonnête” et un “magouilleur de haut vol.” Sera-t’il le “moindre mal” comme le fut Patassé, placé au pouvoir en son temps suite à des élections truquées par la France ? Car Paris se méfie de Touadera.

Noms d’oiseaux à son propos que Dologuélé n’ignore pas. Aussi l’année dernière, n’a t’il pas ménagé sa peine pour faire des allers-retours entre Bangui et Paris pour tenter de séduire le MEDEF (le syndicat de grands patrons français) et la Droite française.
Il n’avait pas calculé TOUADERA, ce scientifique palot, peu à l’aise en public – lui ciblait ZIGUELE, mais Ziguélé n’est plus dans la course, finissant 4ème du premier round, et contraint de se vendre avec armes et bagages à son adversaire imprévu.

A l’évidence, qui que sera le président de la Centrafrique, il faudra bien constituer un gouvernement. Et à ce jeu là, les candidats sont légions, déjà alignés en rang d’oignon pour servir la Nation.

La mangeoire, même en Centrafrique, reste attractive pour les éternels et indéboulonnables crocodiles de la politique centrafricaine.

Et ce ne sont pas les cas de népotisme répétés de Samba-Panza qui vont les en dissuader.
Détournement honteux à hauteur d’un million de $ du don angolais par la Présidente transitoire de RCA, que lui est-il arrivée ensuite ? Rien. Aucune enquête, malgré les agitations inutiles de N’Guendet, le président du CNT. Cela suscite des vocations, tant d’impunité.
Quant à la dite Catherine Samba-Panza, elle avait une opportunité unique d’entrer dans l’histoire, elle va en sortir par la petite porte pour incompétence notoire. Elle aura déçu à hauteur des hasardeux espoirs mis sur elle à un moment crucial de la destinée du pays.

N’est pas Madame Domitien qui veut. Elle, première femme Premier ministre sous Bokassa, qui eut le courage de s’opposer à lui, et vertement sur sa mascarade impériale, et d’avoir toujours cultivé une honnêteté sans faille. Et pourtant, elle était illettrée.

LA FIN DES ILLUSIONS

Il nous a été fréquemment reproché d’être trop exigeant sur la crédibilité de ces élections présidentielles. Citons un habitant de Bangui lecteur assidu de LNC :

” Je ne dis pas que vous avez tort, mais dans quel pays africain les élections sont-elles légitimes et régulières ? Chez nous ça triche tout le temps. là là, au Gabon, le Ali Bongo, qui l’a élu ? Ca fait 40 ans que Biya est au pouvoir, que Deby verrouille tout chez lui, Sassou lui traficote sa Constitution pour rester, alors ? On fait avec.”

Aussi, de guerre lasse, devons-nous admettre une chose. La situation centrafricaine a évolué. Ce ne sera plus la chienlit comme avant les élections, la dérégulation, mais la “chienlit démocratique” en toute dérégulation.
L’instabilité dans le pays ne changera pas. Les bandes armées n’ont jamais été aussi puissantes, comme jouissant d’une totale impunité des forces censées les annihiler.
SANGARIS, MINUSCA, où sont dorénavant leur crédibilité avec les quasi-quotidiennes accusations de viols d’enfants mineurs en RCA ?
La France, quelle crédibilité de même ? En étouffant les accusations de viols par ses soldats pour “sauver l’honneur de l’armée”. De quelle honneur parle-t’on à ce niveau du méprisable ?

Et pourtant, la France, malgré ses violences coloniales en Oubangui-Chari (car il est prouvé que cette colonie fut la plus mal traitée par la métropole), gardait encore en RCA jusqu’en 2012, une certaine image positive. Depuis la présence de ses Sangaris, c’est TER-MI-NE !

Les sauveurs présumés sont devenus des violeurs. Et bien évidemment, tous les candidats aux présidentielles se sont bien gardé de l’évoquer. La présidente de transition non plus, surtout pas, la dame depuis plusieurs semaines est toute occupée à se préparer un futur lucratif, donc, pas de vagues.

En final, le jeu d’hypocrisie, de déni, de lâcheté politique se poursuivra.

Car rien ne changera, ni avec DOLOGUELE, ni avec TOUADERA.
PAS REVER !


© Février 2016 LNC – LAMINE MEDIAre femme Premier ministre sous Bokassa, qui eut le courage de s


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