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INTERVIEW

Centrafrique: Interview du Général Mohamed-Moussa Dhaffane, Président intérimaire de la Séléka


Alwihda Info | Par - 30 Mai 2014 modifié le 30 Mai 2014 - 10:40

S’il n’y avait pas eu accord, Michel Djotodia n’aurait pas démissionné, Catherine Samba-Panza ne serait pas élue Présidente de la Transition en cours, et la Séléka aurait combattu et poursuivi les Antibalakas jusqu’à leur dernier retranchement. Sans cet Accord de N’Djamena, beaucoup de sang aura.....


« La question de la partition de la République Centrafricaine, eu égard au dernier Congrès de la Séléka, a fait couler beaucoup d’encre. Les évènements dans la ville de Bambari ont défrayé la chronique ces derniers jours. Mais les Accords de N’Djamena ayant conduit à la démission de Djotodia sont le spectre qui plane encore dans toutes les têtes. »

La Fraternité (LF) : Bonjour Général Mohamed Moussa DHAFFANE !

Général Mohamed Moussa DHAFFANE (Gal MMD) : Bonjour !

LF : Officiellement dissoute le 02 Septembre 2013 par Michel Djotodia, la Seleka est encore pourtant bien visible et acculée de toute part, en mémoire le dernier congrès organisé à Ndélé avec en toile de fond, la création au nord avec pour Capitale Bambari. Fondateur de la coalition Seleka avec Djotodia et Noureldine, quelles équivoques pourriez-vous levez à ce sujet ?

Gal MMD : Je vous ferai la réponse que j’ai faite à vos confrères avant vous. Premièrement la Séléka ne peut être dissoute arbitrairement par un acte administratif. Deuxièmement l’Etat Major militaire issu du Congrès de N’délé n’a d’autres missions que de contrôler les éléments et assurer par défaut la sécurité de la zone sous son contrôle. Par conséquent, cette structure n’est pas munie d’une quelconque mission de partition de la République Centrafricaine ou de création d’un nouvel Etat. Et ce n’est pas une armée parallèle.

LF: L’application d’un certain Accord de Ndjamena reste la préoccupation de plusieurs lieutenants de la Coalition Seleka. L’accord de Ndjamena, s’il existe, prime sur celui de Libreville ? Le contexte politique actuel est-il favorable à l’application de cet accord, étant donné qu’on affirme que la Seleka est un regroupement de mercenaires Tchadiens et Soudains qui ont roulé les Centrafricains de la Vakaga et de Bamingui Bangoran dans la farine ?

Gal MMD: Je vous déconseille d’avoir des doutes sur l’existence de l’Accord de N’Djamena en disant comme les spécialistes d’intrigues « un certain accord de N’Djamena ». S’il n’y avait pas eu accord, Michel Djotodia n’aurait pas démissionné, Catherine Samba-Panza ne serait pas élue Présidente de la Transition en cours, et la Séléka aurait combattu et poursuivi les Antibalakas jusqu’à leur dernier retranchement. Sans cet Accord de N’Djamena, beaucoup de sang aurait coulé, et les communautés chrétienne et musulmane se regarderaient alors en vainqueurs et vaincus, il devra suffire dans ce contexte d’une petite étincelle pour relancer la guerre même après plusieurs années d’accalmie. Une telle attitude devrait créer dans la psychologie populaire un sentiment de classe supérieure (vainqueurs) et classe inférieure (vaincus), ajouté à cela l’effet dogmatique de la religion… ce qui n’est pas souhaitable pour un peuple qui aspire à vivre en paix. Or l’Accord de N’Djamena n’est combattu que par une minorité d’entre nous qui, par ignorance ou par mauvaise foi je ne sais, sont entrain d’hypothéquer l’avenir et le bien-être du Peuple centrafricain.

Il faut arrêter de nous imposer des interlocuteurs cooptés par ce qu’ils défendent mieux tel ou tel intérêt stratégique de telle ou telle puissance internationale ou sous-régionale. Il faut laisser les communautés choisirent leurs représentants, les régions du pays aussi, il faut que les Centrafricains eux-mêmes arrivent à choisir leurs représentants en toute légitimité. J’ai beaucoup souffert de cette injustice qui nous crève l’œil chaque jour. Lorsque vous parlez de justice sociale on vous sort des motifs ça et là pour vous empêcher de dire la vérité. Les menteurs n’ont même pas hésité un seul instant à faire publier dans les colonnes du journal en ligne Jeune Afrique que 50 filles Nigérianes auraient été repérées à Birao (Nord-est de la Centrafrique). Le but de ce mensonge est de tromper l’opinion publique occidentale, et aussi africaine, pour dire que la Séléka est de mèche avec les Boko Haram, alors que nous n’avons rien à voir de près ou de loin avec ce groupe. Pour quoi et pour qui ? Il faut être prudent…

LF : Plusieurs personnalités à commencer par Hollande et ses Ministres les plus en vue, Ban Ki-Moon sans compter des diplomates américains et les leaders des organisations internationales. Malgré tout, les Centrafricains n’ont pas trouvé un début de solutions à la crise qui frappe le pays. Es-ce à dire que la Communauté Internationale a échoué et que les Centrafricains doivent s’assumer ?

Gal MMD : Ni la Communauté internationale ni les Centrafricains, personne n’a échoué. Par contre tout le monde a fauté. Il faut se ressaisir. La solution est politique. Celles et ceux qui bloquent l’application de l’Accord de N’Djamena, ce sont eux qui empêchent le retour de la paix en voulant nous imposer une solution qui favoriserait je ne sais quel intérêt. Oui, les Centrafricains doivent s’assumer en choisissant la voix du dialogue, de la réconciliation et de la paix. C’est le seul chemin qui pourra nous sauver, si non c’est le suicide, la déviance, la perdition et, au final, tous les ingrédients de la partition. Et la partition s’inscrira alors dans une logique du droit des peuples à l’autodétermination. Les Nations Unies ne nous refuseront pas notre droit à l’épanouissement. Il faut appliquer l’Accord de N’Djamena, c’est un droit irréfutable du Centrafricain minoritaire.

LF : Certains accusent la France, le Tchad et le Congo Brazzaville de par leurs Chefs d’Etat d’être les pyromanes de la crise centrafricaine. La question du pétrole est en trame. D’autres pointent la cupidité des leaders politiques Centrafricains. D’autres encore mettent en exergue l’immaturité des gouvernés qui font un mauvais usage du contrat social. Où se trouve la vérité dans ces prises de positions ?

Gal MMD : La vérité se trouve partout où votre imagination pourra vous porter. Mais, en somme, la solution devra inéluctablement partir d’une nouvelle et irrésistible volonté Centrafricaine à vivre en paix entre différentes Composantes de la Nation, l’égalité des chances et la juste redistribution des richesses Nationales. Cela dépend des capacités de mobilisation et de sensibilisation des vrais patriotes de la nouvelle génération d’hommes politiques que nous sommes. Il faut que des Centrafricains arrêtent de tuer d’autres Centrafricains au nom des Centrafricains. Il faut agir bien pour le bien, c’est la meilleure attitude à adopter.

LF : Dans l’opinion nationale, presque tout le monde réclame la réhabilitation des FACAs. Sauf qu’entre les nouvelles autorités et la Communauté Internationale, les gens trainent encore les pas. En tant que Centrafricains et fondateur de la Seleka, la réhabilitation des FACAs est-il le prix à payer pour le retour de la sécurité sur l’ensemble du territoire ?

Gal MMD : Comment voulez-vous réhabiliter les Forces Armées Centrafricaines (FACAs) sans déclarer la guerre à la Séléka ? Il y’a dans les rangs de la Séléka beaucoup d’anciens FACAs, que faire d’eux ? La solution qui s’offre à nous est la création d’une nouvelle ARMEE NATIONALE républicaine digne de ce nom avec le brassage de toutes les autres forces Centrafricaines existantes, militaires et paramilitaires. Elles seront les nouvelles Forces de Défense et de Sécurité. Il faut avoir le courage politique de prendre les bonnes décisions dans l’intérêt supérieur de la Nation.

LF : L’ONU a condamné Bozizé, Yakité et Nourredine, les USA ont élargi la liste à Djotodia et la liste doit encore s’allonger. Est-ce un début de justice pour la Centrafrique et êtes-vous toujours en contact avec ceux avec qui vous avez donné naissance à la Seleka ?

Gal MDD : Mon avis n’a pas été demandé pour condamner ou proposer la poursuite judiciaire de ces compatriotes, mon avis ne sera donc d’aucune utilité pour commenter non plus. Si vous regardez bien les lois qui commandent la marche du monde, vous comprendrez que l’Univers tout entier se repose sur la JUSTICE comme mécanisme de fonctionnement. Dieu voit tout, Dieu sait tout. Ceux qui ont pu échapper à la justice des hommes, n’ont fait que repousser l’échéance d’une justice encore plus redoutable. Concernant les contacts avec mes cofondateurs de la Séléka, je puis vous affirmer que je réponds toujours aux appels. Mais ni Djotodia ni Nourredine, personne ne m’a contacté, et je ne les ai pas contactés moi non plus.

LF : Certains voient votre main derrière les affrontements entre Seleka et Sangaris à Bambari du fait que le Comzone, un Général peuhl est de votre tendance.

Gal MMD : Non ! Je ne suis pas derrière ce regain de tension. D’ailleurs Sangaris et Séléka ont toujours cohabité en bonne intelligence dans la Ouaka. C’est plutôt l’établissement du nouvel Etat Major de la Séléka à Bambari qui a poussé Sangaris à vouloir désarmer coûte que coûte. J’ai été informé ce jour-là qu’il y avait affrontement à Bambari. J’ai aussitôt cherché à comprendre. Et selon mes informateurs de différents canaux, il a été établi que les Sangaris ont tenté de désarmer les Séléka par la force en application des « mesures de confiance ». Ils ont essuyé un refus de la part de la Séléka. Lorsque la force a failli être utilisée, les populations civiles, chrétiennes et musulmanes confondues, ont manifesté leur opposition catégorique. Elles ont craint de revivre ce qu’elles ont toujours en mémoire, c’est-à-dire la violence que leurs compatriotes ont subie dans la région de l’ouest par la mauvaise approche de Sangaris qui consistait à désarmer tout musulman qui, de fait sans défense, est abandonné au lynchage public. C’est cette méthode qui a amplifié les exactions contre la Communauté musulmane désignée injustement comme faisant partie de la Séléka. Or c’est faux. Séléka est une chose et l’Islam en est une autre. Aujourd’hui certains compatriotes utilisent assez bien le double langage pour tromper la Communauté internationale en faisant paraître ceux qui, comme moi, demandent justice comme étant les ennemis de la paix, alors que ce sont les comploteurs eux-mêmes qui sèment la zizanie pour avoir des postes au sein des Institutions de la Transition. C’est très malsain. Le mensonge continue de faire des ravages.

LF : La Seleka brandit la défense des intérêts de la minorité musulmane dans la gestion de la chose publique alors qu’en son sein, il y a une minorité chrétienne dont on n’entend même pas la voix. N’est-ce pas là une contradiction ?

Gal MMD : J’ai condamné les exactions de la Séléka, cela m’a valu la prison. Aujourd’hui je condamne les crimes des Antibalakas, je ne sais pas ce que cela me vaudra. Hier j’ai défendu les chrétiens victimes, aujourd’hui je défends les musulmans victimes. Je reste dans ma logique de justice et de dignité pour tous sans connotation religieuse. Je vous surprendrai peut-être, mais tout comme au niveau national nous demandons la reconnaissance des droits de la minorité musulmane, à l’intérieur de la Séléka aussi il y’a une minorité chrétienne dont les droits doivent être promus. Voyez-vous, nous ne recherchons que la justice, l’égalité et la cohésion sociale dans notre pays. Rien d’autres.

LF : Je vous remercie

Gal MMD : C’est moi qui vous remercie.



1.Posté par abdoullatif le 31/05/2014 23:40 (depuis mobile) | Alerter
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rien que la justice

2.Posté par adam le 04/06/2014 16:06 | Alerter
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M.Dafane, voila ce que vous auriez du dire:
S’il n’y avait pas eu accord de Libreville, Bozize allait rester au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat en 2016 , Michel Djotodia et Catherine Samba-Panza ne seront jamais Président(e) de la Transition , et les Centrafricains Chretiens comme musulmans vivent en parfaite harmonie.

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