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INTERVIEW

Centrafrique: "Le président a mis le pays en danger... aucun Centrafricain n’est rassuré aujourd’hui de son régime Dixit A.G Dologuélé


Alwihda Info | Par Kassou Mballessa - 22 Septembre 2016 modifié le 22 Septembre 2016 - 22:31

La tension est grande Bangui, depuis l’élection présidentielle du 14 février 2016. Kadei Vox a rencontré Anicet Georges Dologuélé, candidat malheureux contre le président élu Faustin Archange Touadéra, réélu officiellement le deuxième tour. une interview qui en dit long sur le régime Touadéra qui vient de débuté il y a six mois.


Anicet Georges Dologuélé bonjour!
Anicet Georges Dologuelé (AGD) : Bonjour
Vous êtes président de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA). Vous avez perdu la présidentielle au second tour face à Faustin Archange Touadera qui vient de passer cinq mois au pouvoir. Que vous inspire les cinq mois de présidence de votre du président actuel ?
Ecoutez ! Nous avons choisi au niveau de l’URCA d’être en accord avec nous-mêmes. Dès lors que nous avons pris la décision avec nos alliés de renoncer aux résultats pour reconnaitre Touadera président, nous nous sommes dit qu’il faut le laisser travailler. Pendant cinq mois, nous l’avons laissé travailler. C’est la première fois que je prends la parole depuis la fin des élections et nous constatons que rien ne se passe. Non seulement rien ne se passe de positif sur tous les plans, mais en plus, la situation sécuritaire se dégrade, et le pays est de plus en plus envahi par les bandes armés. Donc nous avons estimé qu’il était temps que nous jouons notre rôle de parti. Un parti qui perd les élections devient parti d’opposition donc il fallait que nous jouons notre rôle de parti d’opposition. Il fallait que nous jouions notre rôle au côté des populations pour défendre les droits de la population et rappeler au gouvernement les engagements pour lesquels il a été élu.
On ne peut pas dire que le degré d’échec est le même sur tous les plans. Mais sur quel aspect vous pensez que Touadera foncièrement échoué ?
Je pense que le minimum pour cinq mois, c’est qu’un gouvernement donne l’impression de fonctionner.
Vous avez l’impression donc que le gouvernement Touadera ne fonctionne pas.
Mais oui. Vous et moi, nous le constatons, tout le monde le constate, tout le monde se plaint. Moi je suis chef d’un parti. J’écoute la population, les plaintes me parviennent de partout. J’ai passé quelques semaines en Europe, on m’appelle pour me dire qu’est ce qui se passe, le pays est l’arrêt.
Aujourd’hui les ministères ne fonctionnent pas parce que les ministres travaillent sans cabinet. Donc on bricole. Le minimum quand même pendant cinq mois c’est qu’on mette une équipe qui démarre le programme de société pour peu qu’il y a un programme de société.
On peut penser que c’est à cause de l’échec que vous faites ce procès. Alors que vous affirmez que l’équipe actuelle a échoué sur tous les plans, la BEAC annonce la reprise de la croissance économique à 6%.
Il ne faut pas vous laisser leurrer par cela. Quand on part de 0, c’est très facile d’atteindre 10%.
C’est quand même quelque chose Monsieur le président.
vous avez-vous l’impression que l’économie bouge positivement ? C’est simplement sur l’année, c’est-à-dire qu’une partie a été faite avec le gouvernement de transition. C’est aussi le sentiment que les opérateurs économiques ont qu’après les élections, on va aller vers une ère nouvelle. Cela leur donne du courage d’avancer dans leurs activités. Mais ça sera très vite bloqué par ces questions sécuritaires. Donc il ne faut pas s’accrocher à de petits, moi, j’étais ministre des Finances, je suis économiste. Il ne faut pas s’accrocher à ces petits chiffres pour dire que tout va bien. Quand tout va bien, la population doit le sentir au quotidien.
Le président Touadera a amorcé le DDRR. N’est ce pas que sur ce volet il rassure ?
Non, non, non, pas du tout. Ce sont des slogans. Vous savez combien de temps, il a fallu pour mettre en place des équipes ?
Le président voulait écouter d’abord, selon lui pour éviter un autre échec !
Non ! On n’a pas inventé le DDRR, cela s’est passé dans beaucoup de pays, avec plus ou moins de succès. Il suffit de s’inspirer de ce qui s’est passé ailleurs, de suivre le processus et de faire en sorte que les bandes armées soient rassurées que quelque chose est en cour avec un calendrier précis, cela leur permettra de ne pas être impatientes, comme aujourd’hui, il y a beaucoup d’impatience. Cette communication avec les groupes armés pour dire, voilà ce qui se met en place, voilà le calendrier. Cela a manqué !
Mais on ne peut pas mettre en place un calendrier alors que l’argent qui doit servir au DDRR n’est pas encore disponible !
L’argent ne viendra jamais s’il n’y a pas une organisation. Et si on met cinq mois pour démarrer une organisation, comment voulez vous que l’argent vienne ?
A l’issue du second tour, Faustin Archange Touadera vous a rendu visite au domicile. Après on parlait d’union sacrée. Où en sommes-nous avec cette union ? Est-ce la fin aujourd’hui avec cette prise de position ?
On ne peut parler de fin que s’il n’y a pas eu de début.
Mais au moins vous avez discuté avec Touadera et à nos confrères de Jeunes Afrique vous avez reconnu l’existence de l’union sacrée entre vous et Touadera sur les questions sécuritaires.
Ce n’est pas l’existence d’une union sacrée. Il nous a demandé, à mes alliés et moi de renoncer à faire de l’opposition pendant quelques mois et de nous réunir toute la classe politique derrière les questions de sécurité pour faire en sorte que les bandes armées sentent qu’en face il y a un bloc, que les bailleurs de fonds sentent qu’il y a un bloc pour faire en sorte que les choses avancent vite. Nous avons donné notre accord, à partir de là, c’est une notion qui ne doit pas restée théorique. Il doit avoir des réunions pour coucher sur papier. C’est quoi cette union sacrée ? Quelle est la part des uns et des autres dans le travail qui va être fait ? C’est ça l’union sacrée, ce n’est pas de la théorie.
Il faut mettre ça en musique d’abord en le mettant sur papier, pour qu’il y ait de discussion autour. Vous de la presse, vous devez donner votre avis. Ce n’est pas banal que dans un pays, à un moment T, que tout le monde se réunisse et épouse la même manière de penser sur des dossiers précis. Ce n’est pas banal. Donc le fait d’avoir le challenger ne suffit pas. Cela fait six mois qu’il m’a rencontré. Vous avez-vous l’impression qu’il y a eu une réunion sur cette question-là ? On a un document qui circule que vous avez vu ? Rien ne s’est passé et la sécurité se dégrade. Quand il m’avait rencontré tout était au point zéro, les élections venaient de se passer, tous les groupes armés attendaient qu’on leur fasse des propositions. Aujourd’hui, l’insécurité est partout. Si on avait fait cette union, si on avait eu des discussions, si on avait ensemble réfléchi sur la solution, je pense qu’on aurait pu aborder différemment ces questions-là.
Aujourd’hui l’échec de l’union sacrée comme vous l’expliquez, vous amène à reprendre le leadership de l’opposition ?
Ce n’est pas une question de leadership de l’opposition. Je joue mon rôle de chef de parti qui n’ayant pas été au pouvoir, est forcément de l’autre côté et qui doit veiller à ce que les engagements que les candidats ont pris, que ces engagements soient mis en musique ou au moins qu’il y ait démarrage pour cela.
Le regain de violence à Bangui et dans plusieurs villes de l’arrière pays pousse certains politiques à accuser la Minusca d’attentiste et de n’avoir pas fait ce qu’il faut pour protéger la population civile? Partagez-vous cette accusation ?
Permettez-moi de compatir avec toutes les populations qui vivent dans l’insécurité, dans la peur, qui ont perdu les membres de leur famille, qui ont eu les membres de la famille blesses ou qui ont perdu des biens. Je dois compatir avec les malades qui ont dû être sortis de l’hôpital à Kaga Bandoro.Aujourd’hui il y a l’insécurité un peu partout dans le pays , on parle de Kaga Bandoro, de Kouango, il y a Bangassou qui est en passe d’être attaqué, dans le nord ouest beaucoup de villes et villages sont occupés et le pays est entrain d’être envahi par les bandes armées. La question est de savoir pourquoi cela se passe ainsi ? Pourquoi pendant trois ans, ce n’est pas le cas et brusquement en quelque semaines, en quelque mois, on revit ce cauchemar que les Centrafricains ont vécu, il y a trois ans ? La seconde chose, c’est la réponse à votre question la Minusca.
Mais Monsieur le président, pourquoi selon vous ce regain de violence maintenant?
Pourquoi est ce que le président s’est précipité pour recevoir les groupes armés, alors qu’il n’avait ni cabinet, ni gouvernement, et donc aucun plan. Pourquoi s’est il précipité pour les recevoir alors qu’il n’avait rien à leur proposer ? Le président a mis le pays en danger. Lorsqu’on est chef d’Etat, on met en place une équipe qui écoute, qui prépare le terrain d’abord. Et quand on reçoit les responsables des groupes armés, c’est pour leur proposer des solutions. Mais il les reçoit avant la mise en place du gouvernement. Ils ont peut être cru que c’était une consultation pour faire partie du gouvernement. Le président Touadéra met le pays en danger avec ses improvisations. Et donc, maintenant il faut rattraper car rien n’est jamais perdu. Quand vous avez les groupes armés en face, soit vous avez la force, vous les écrasez, soit vous n’avez pas de force vous dialoguez. Mais ne mettez pas la population en danger.
Alors de quel coté se trouve aujourd’hui Touadéra. A t-il la force pour écraser ou qu’il doit négocier parce qu’il n’a pas cette force?
A votre avis ?
C’est votre avis qui compte à l’instant, Monsieur le président.
S’il avait la force, vous et moi, on serait rassuré. Mais aucun Centrafricain n’est rassuré aujourd’hui.
Par rapport à l’accusation contre la Minusca puisque je disais tentôt que beaucoup accusent la Minusca d’attentiste par rapport à la situation sécuritaire.
Les forces d’intervention des Nations-Unies n’ont pas été créées en Centrafrique, elles existent depuis des années, et ce n’est pas la première mission des forces d’intervention des Nations-Unies. Et donc, nous savons exactement comment elles fonctionnent. Le gouvernement doit savoir comment déclencher le processus d’intervention des forces. Il ne faut pas faire du populisme. Les hauts responsables de l’Etat allez dire à la radio que voilà, c’est la faute de tel. Il faut plutôt prendre le temps de voir avec les forces de la Minusca, dans quelle condition elles doivent intervenir pour arrêter ces violences là. Tout cela, c’est le travail qui doit être organisé. Mais en faisant du populisme en disant à la population que ce n’est de notre faute, c’est les autres. Ça veut dire quoi, pourquoi on a été élu alors ? Donc je pense que tout est rattrapable, mais il faut faire un travail organisé et sérieux.
Vous pensez que le travail n’est pas encore organisé et sérieux aujourd’hui ?
Non, non, non ça va dans tous les sens. C’est ce que tout le monde remarque, il n’y a pas d’organisation. C’est ce que tout le monde remarque. On a comme impression que quelque chose n’est pas pensé.
Vous avez perdu la présidentielle et la présidence de l’Assemblée Nationale, est ce que vous êtes arrivé quand même à digérer ce double échec aujourd’hui.
je n’avais aucune envie de devenir président de l’Assemblée Nationale.
Mais vous vous êtes quand même présenté !
Je me suis présenté parce que le président dans sa logique d’union sacrée, me faisait comprendre qu’il fallait que je joue un rôle.
Donc, il vous a poussé à vous présenter et vous a aussi rassuré de son soutien, probablement.
Non, pas du tout. Il nous a appelés, tous les trois, mes amis Meckassoua, Ziguélé et moi, pour nous dire cinq jours plutôt qu’il ne soutiendrait personne et qu’il nous laisse aller en compétition saine. Mais la veille et le jour de vote, il a fait orienter le vote vers quelqu’un. Donc, il a faussé le jeu. De la même manière que les jeux des élections présidentielles ont faussés, de la même manière ces élections ont été faussées. Pour moi qui démarre la vie politique, c’est beaucoup plus d’enseignement qu’autre chose. Ce n’est pas la déception, c’est des enseignements sur la manière de faire la politique en Centrafrique.
Quelle est aujourd’hui la santé de votre parti, l’URCA ?
Alors vous savez que l’URCA a été crée en janvier 2014, et donc nous avons deux ans et demi de vie. J’ai été agréablement surpris de voir que partout où j’ai circulé en Centrafrique, y compris quand vous traverser des villages, l’URCA est implanté. D’ailleurs si nous avons eu ce résultat, c’est parce que nous avons eu un parti qui a organisé le message du parti et du candidat pour que les Centrafricains nous connaissent. N’oubliez pas que 90% de ma vie, je l’ai passé à l’étranger. Donc, il a fallu que ce parti soit efficace pour obtenir ces résultats là.
Aujourd’hui, nous avons 13 députés, c’est peu, mais vous notez avec moi, que c’est l’un des plus gros chiffres au niveau des partis politiques à l’Assemblée Nationale, donc c’est un parti politique qui a fait beaucoup d’effort. Ce n’est pas suffisant ! Depuis les élections, nous avons un plan en veilleuse, parce qu’il faut laisser les uns et les autres digérer ce qui s’est passé. Aujourd’hui, nous entrons dans une remobilisation des troupes pour qu’on réorganise le parti, pour qu’on fasse le bilan de ces élections et qu’on prépare l’avenir.
Vous avez mis beaucoup d’argent lors de la dernière élection, pouvez vous nous dire combien l’URCA a globalement dépensé ?
Je n’ai pas encore fait le compte rendu de la campagne au parti, donc je ne vais pas le faire à la presse.
Anicet Georges Dologuélé, je vous remercie !
Réalisée à Bangui


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