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AFRIQUE

Centrafrique : "Les anti-balaka sont des patriotes", selon Bozizé


- 14 Février 2014 modifié le 14 Février 2014 - 20:20

Dans une interview accordée au site Le Point.fr, le Président déchu François Bozizé affirme que "les Anti-balaka sont des patriotes".


Par Le Point.fr - Propos recueillis par AZIZ ZEMOURI

François Bozizé le 8 janvier 2013 à Bangui. © Sia Kambou/AFP
François Bozizé le 8 janvier 2013 à Bangui. © Sia Kambou/AFP
Alors que les massacres se succèdent en Centrafrique - on y parle même d'épuration ethnique en dépit de la présence de l'armée française -, François Bozizé, le dernier président élu, s'est confié au Point.fr. L'ex-général a fui Bangui, la capitale, en mars dernier pour un exil dans la région des Grands Lacs, il appelle à une conférence nationale entre Centrafricains et au départ des "envahisseurs".
 
Le Point.fr : En l'état actuel de vos informations, une épuration ethnique - qui vise les musulmans - est-elle en cours en Centrafrique ?
 
François Bozizé : C'est la Seleka (un conglomérat d'opposants au régime de Bozizé, à dominante musulmane, NDLR) qui est à l'origine de nos déboires. C'est elle qui a provoqué une situation de chaos. Il faut lui demander des comptes, mais aussi à ses soutiens. On accuse les anti-balaka (des groupes armés anti-Seleka, chrétiens ou animistes considérés comme pro-Bozizé, NDLR), mais je ne dispose pas d'informations permettant de les mettre en cause dans une prétendue épuration ethnique. À l'époque où j'étais président, il n'existait aucun problème religieux. La Seleka, ce ne sont ni des musulmans ni des chrétiens, ce sont des bandits. Ils sont responsables des pillages, des vols et des viols. Les anti-balaka sont des patriotes, ils luttent contre l'insécurité.
 
Comment analysez-vous la situation de votre pays aujourd'hui ?
 
Nous espérions qu'avec un nouveau gouvernement les choses allaient changer. Or, il n'en est rien. La situation sécuritaire est pire que jamais. Les décisions du gouvernement de Bangui sont prises ailleurs : il ne défend plus les intérêts nationaux. La Seleka militaire s'impose au gouvernement, elle met le pays à feu et à sang. La démocratie a été assassinée non seulement par la Seleka mais aussi par ses soutiens, notamment les pays de la sous-région. Ils ont entraîné la France dans l'erreur. Des brigands ont remplacé l'ordre constitutionnel, et désormais le pays est à feu et sang. Nous étions la Suisse africaine. Nous étions un exemple de coexistence et de cohabitation entre religions et cultures. Aujourd'hui, nous sommes en voie de "somalisation". Seule l'armée française permet de maintenir une illusion d'unité. La seule solution aujourd'hui est d'organiser un dialogue national entre Centrafricains et de faire partir les envahisseurs, les mercenaires tchadiens ou soudanais qui composent les troupes armées de Seleka.
 
Pourquoi la France n'est-elle pas intervenue à votre demande et a-t-elle attendu que la situation dégénère ?
 
Il n'y a que Paris qui peut répondre à cette question. J'ai demandé de l'aide à la France pour qu'elle intervienne et sauve l'unité du pays, j'ai rédigé à l'époque où j'étais encore président un courrier à cet effet remis à son ambassadeur à Bangui. Nous n'avons reçu aucune réponse. La France est intervenue bien trop tard. Pourtant, j'ai toujours eu d'excellentes relations avec la France, une partie de ma famille y est installée depuis près de 25 ans. Selon moi, l'Élysée et le gouvernement Ayrault, qui venait de s'installer, étaient peu au fait de la situation politique en Centrafrique. Tous se sont laissé abuser par les mensonges de l'opposition. En outre, je ne peux pas m'empêcher de penser que nos pays voisins, comme le Tchad, le Congo et le Gabon, ont influencé la position française. D'autant que ces États qui forment le gros des troupes de la force multi-africaine n'ont pas réagi quand le bras armé de la Seleka a rompu nos précédents accords.

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