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REACTION

Centrafrique: Mémorandum des médias au Président Faustin Archange TOUADERA


Alwihda Info | Par Lionel ZOUMIRI - 22 Août 2016 modifié le 22 Août 2016 - 20:52




Plus de cinquante ans après l’indépendance de la République Centrafricaine, les médias n’ont pas atteint leur vitesse de croisière, ne disposent pas de matériel professionnel approprié et continuent de fonctionner de manière artisanale. Les femmes et les hommes qui y travaillent, le font dans des conditions matérielles, financières et sécuritaires souvent précaires et aléatoires. Placés dans de telles conditions, il faut le répéter, les médias aussi bien d’Etat que privés ne peuvent être compétitifs sur le marché national et international de l’information et de la communication.
Face à cette situation qui n’a que trop duré et foncièrement déplorable,
Nous, journalistes et techniciens centrafricains, membres de l’Union des Journalistes de Centrafrique, réunis ce jour à Bangui, après analyse de nos conditions de vie, de travail et surtout de sécurité qui a atteint son paroxysme avec la crise que le pays connait en citant les cas :

- Des assassinats de nos confrères et consœur :
o René PADOU, de Radio ESCA ;
o Désiré SAYENGA, du journal Le Démocrate ;
o Rigobert BOGBATA YANGANDJIA, de Radio Centrafrique ;
o Patrice YANZENGA, Directeur de cabinet au Ministère de la Communication ;
o Joseph WILIBAN, Technicien de Télé Centrafrique sur la Colline des Panthères ;
o Blanche Elisabeth OLOFIO, de Radio Be Oko de Bambari ;
o Raymond DAKE, de Radio Ndoyé de Bossangoa ;

- Des agressions physiques :
o Mme Virginie MOKONZI, journaliste – reporter d’images (JRI) à Télé Centrafrique ;
o Fidèle NGOMBOU, Radio ICDI de Boali
o Bienvenu MATONGO, Radio ICDI de Boali

- Des menaces de mort :
o Paul Marin NGOUPANA, Radio Centrafrique
o Le personnel de Radio Ndeke Luka ;

- De pillage et de destruction des médias tant publics que privés :
o Radio et Télévision Tropic ;
o Radio Mbari, de Bangassou ;
o Radio Magbadja, d’Alindao ;
o Radio Be Oko, de Bambari ;
o Radio Linga, de Bambari ;
o Radio Kaga, de Kaga Bandoro ;
o Radio Voix de l’Ouham, de Bossangoa ;
o Radio Ndoyé, de Bossangoa ;
o Radio Linga, de Bangui ;
o Radio Opération Jéricho, de Bangui ;
o Radio Voix de la Paix, de Bangui
o Le Centre émetteur de Bimbo ;
o La rédaction du journal Le Confident;

- De l’occupation des locaux par des forces non conventionnelles de :
o Radio Centrafrique ;
o Télé Centrafrique ;
o Maison de la Presse et des Journalistes ;
o Radio Kaga et Radio Magbadja transformés en dortoirs ou en commissariat de police,

Avons décidé de porter à la Très Haute Attention de Son Excellence, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, ce qui suit :
Confrontés, à leurs débuts, à des problèmes conjoncturels de fonctionnement, les médias d’Etat ou médias de service public font face aujourd’hui à des graves difficultés d’ordres structurel et organisationnel.
Radio Centrafrique, instrument par excellence de mobilisation des populations autour des objectifs de sécurité, de paix, de développement socio-économique, de démocratie et de promotion des Droits de l’Homme ne couvre plus que la ville de Bangui.
Télé Centrafrique, qui devrait être d’une grande efficacité parce qu’alliant image et son, ne touche que la population de Bangui et ne dispose pas de programmes attrayants, attractifs, culturellement alléchants et variés.
L’Agence Centrafrique Presse (ACAP) qui a pour mission de fournir les médias en information et de vendre l’image de la RCA sur le plan extérieur, est dans un état précaire, surtout en ressources humaines et matérielles :
- La vétusté des équipements et leur inadaptation au système numérique ;
- L’absence d’une politique de gestion prévisionnelle des moyens de production et diffusion ;
- La non maîtrise de la déontologie et de l’éthique professionnelles ;
- L’insuffisance des compétences dans la production et la maintenance ;
- L’absence d’imprimerie de presse ;
sont quelques uns des facteurs qui justifient la médiocrité des prestations des médias.
Il y a en outre :
- Le manque de statut particulier pour le corps de la presse ;
- L’insuffisance du crédit alloué au département de la communication ;
- L’insuffisance des moyens roulants ;
- Les problèmes de management ;
- L’état de délabrement des locaux de la Radio et de la Télévision nationales ;
- Le problème récurrent d’énergie à la maison de la Radio et à la Télévision.
Toutes ces faiblesses des médias de service public ont pour suite logique le détournement des auditeurs et des téléspectateurs nationaux par les stations étrangères avec toutes les conséquences imaginables sur la culture centrafricaine.
Nombreux sont les agents des médias de service public qui se livrent à des pratiques non orthodoxes (marchandage, vente illicite, corruption, etc. …) pour arrondir leurs fins du mois. Tous ces comportements sont imputables au salaire de catéchiste qui leur est alloué et qui ne répond pas aux exigences du travail (pas de prise en charge des heures supplémentaires, des risques, de l’habillement, etc. …) et à leurs conditions de vie.
Cet état des lieux des médias de service public nous conduit à formuler les suggestions suivantes :

A. Médias publics :
1. Amélioration des conditions de vie des professionnels par l’adoption d’un statut particulier du corps de la presse.
2. Amélioration de la couverture nationale par :
a. La mise en service d’un émetteur ondes courtes pour Radio Centrafrique ;
b. La diffusion par satellite des programmes de Radio Centrafrique et Télé Centrafrique
3. L’amélioration des productions par :
a. Le renforcement des équipements de production (matériel numérique, véhicules de reportage pour la radio et la télévision) ;
b. Le financement des œuvres de l’esprit ;
4. L’amélioration des conditions de travail par :
a. La réhabilitation ou la construction de nouveaux locaux pour la Radio et la Télévision ;
b. Le renforcement des moyens roulants par la dotation des services des reportages des programmes et de la technique ;
c. L’augmentation des budgets de fonctionnement et d’investissement du Ministère de la Communication et de l'Information.
5. La délocalisation du Ministère de la Communication du siège de l’Agence Centrafrique Presse, jadis acquis et affecté par l’UNESCO à ladite agence
6. L a révision de l’organigramme du Ministère de la Communication
7. La négociation avec les Nations Unies pour la fermeture de Radio Gira et la rétrocession de ses équipements et infrastructures à la Radio Nationale et aux Radios Communautaires

B. Médias privés
1. La révision à la hausse de la subvention accordée aux médias privés ;
2. L’élaboration d’une convention collective ;
3. L’application des Accords de Florence et ses additifs de Nairobi quant à l’aide indirecte aux médias (taxes de douane, frais d’électricité, de communication, facilités de transport, etc. …)

C. Formation
La transformation du Département des Sciences de l’Information et de la Communication en une Ecole Supérieure de Journalisme, son détachement de la Faculté des Lettres et sa délocalisation en un autre lieu adéquat, par exemple l'ancienne école des PTT, sise à Lakouanga.
Somme toute, l’Union des Journalistes de Centrafrique sollicite l’appui du Gouvernement pour l’organisation d’un atelier où professionnels des médias et autorités gouvernementales élaboreront ensemble le plan de développement du secteur des médias en République Centrafricaine, feuille de route pour le gouvernement et les partenaires.



Fait à Bangui le 20 Août 2016
Pour l'Assemblée Générale des Journalistes
Le Président de l’UJCA
MAKA - GBOSSOKOTTO






 


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