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AFRIQUE

Centrafrique. Michel Djotodia : Le pouvoir sans les pouvoirs


Alwihda Info | Par Gilles Deleuze - 3 Septembre 2013 modifié le 3 Septembre 2013 - 22:06


Centrafrique. Michel Djotodia : Le pouvoir sans les pouvoirs
Par Gilles Deleuze

Dans les pays bantous d'Afrique centrale, le moyen courant de parvenir au pouvoir le plus aisément, c'est de tout simplement faire un coup d'Etat. De manière douce comme au Gabon où Bongo mourut au pouvoir, ou au Cameroun où Paul Biya n'y cesse de se reproduire. Le principe du mandat limité n'existe pas. Ou de manière brutale comme, et là, il y a du monde, au Tchad, dans les 2 Congo et en Centrafrique.

MAIS D'OU VIENT CETTE IDEE DE COUP D'ETAT ?

Un coup d'État consiste à militairement renverser celui ou celle qui est au pouvoir, un(e) élu(e) démocratiquement ou pas.
C'est une méthode brutale, non démocratique, puisque le peuple lui ne peut que subir les évènements.
On le distingue d'une révolution en ce que celle-ci est populaire.

Le putsch est un coup d'État réalisé par la force des armes et rien d'autre.

Citant Wikipedia : "Le terme « coup d'État », en référence au coup d'État du 18 brumaire, a été repris tel quel en anglais, sans la majuscule au mot « État », de rigueur en français. Le mot putsch, d'origine suisse allemande, est équivalent et est communément utilisé en français, plus rarement en anglais qui utilise la formule française ou sa version abrégée, 'Coup'.

Le terme putsch a été popularisé par les coups d'État manqués de 1920 et 1923 en Allemagne (putsch de Kapp à Berlin et putsch de la Brasserie à Munich). L'expression « coup d'État » est passée notamment en indonésien (kudeta) et en japonais (クーデター, kūdetā). Le terme pronunciamiento, repris de l'espagnol, désigne quant à lui soulèvements militaires d'une typologie différente. Dans cette langue, l'expression golpe de Estado traduit littéralement « coup d'État »."

Ceci permet de se mettre en tête ou de s'y remettre la nature du phénomène.

Simplement, une assemblée de personnes, s'accordant dans des accords sociaux pour vivre ensemble, est complètement déstabilisée par les 'COUPS'.

Fait qui fit dire à la psychiatre et collaboratrice de LNC Fabiana Álvarez : "A chaque coup d'Etat, un pays recule de 15 ans."

Dès lors que dire de tous ces coups d'état colorant dangereusement la Centrafrique depuis les indépendances ?
Si à chaque coup d'état ça recule de 15 ans, faites le compte.

LE PHENOMENE DJOTODIA

Sorti d'on ne sait où, le voilà imbriqué dans une situation de par bien des aspects extraordinaires.

Putschiste, comme avant lui tous les autres, de Bokassa à Bozizé, il eut la mauvaise idée de vouloir immédiatement se légitimer, et du coup, sacrifiant le fruit de son butin.

En raisonnant comme un président élu, idée dans laquelle il persiste, il a perdu son pouvoir.

Les Accords de Libreville qu'il veut respecter l'ont déplumé, ce qui le place politiquement dans une situation d'espèce d'alien.
En voulant se placer sous la coupe de la légalité internationale, il se trouve immédiatement démuni des capacités dont jouissaient les autres faiseurs de coup avant lui.

Le bénéfice de la victoire lui échappe.

Mais en vérité, le souci le plus grave est ailleurs outre son cas personnel.

Dans la philosophie d'un coup d'état, le meneur a dans l'idée, idée valable ou pas, d'apporter le meilleur pour son peuple.

Idée théorique en Afrique centrale.

N'GUESSO, BOZIZE n'ont certainement pas pris le pouvoir par la brutalité pour le bien de leurs peuples, mais pour eux-mêmes.

Leurs gestions claniques et mafieuses du pouvoir en font foi.

Mais au moins, ces truands surent dans les débuts contrôler les forces les ayant illégitimement menées au pouvoir.

Ce n'est pas le cas de Michel Djotodia.

Son coup n'a été que l'ouverture des 'soldes' des massacres de la population civile.

Se révélant incapable de contrôler qui que ce soit, il a failli.

Et cela en tous points.

La Centrafrique actuellement n'est pas victime de déstabilisation sécuritaire venant de forces extérieures ou de contre-pouvoir, mais de la Séléka elle-même, celle que dirige Djotodia.

Aussi, peut-on comprendre que plombé à la base, il ne peut en aucune manière être crédible au pouvoir.

La solution à notre sens eut été de démissionner et de mettre en place une vraie transition faite de personnes politiquement et socialement crédibles dans le pays.

Mais voilà, c'est un casse tête insoluble.

Même le parti politique centrafricain le plus puissant, le MLPC de Martin Ziguélé est dans la tourmente.

Ses propres militants dans un communiqué récent, dénoncent et la passivité, et la à les lire, la complicité du chef Ziguélé avec ce que l'on pourrait qualifier de farce au pouvoir.

Martin Ziguélé maintient son curseur sur les critiques de Bozizé, et les militants attendent de lui une réaction sur ce qui se passe là actuellement dans le pays, et non de passer son temps à ressasser le passé.

Quand aux autres ? Ils attendent très patiemment les prochaines élections.

Et perfidement, plus les choses iront mal dans le pays d'ici les élections, et mieux cela servira leurs intérêts.

Cela fait partie comme le disait notre rédactrice en chef, des absurdités des accords de Libreville.

Consistant à dire : 'Tu fais, après tu dégages, le profit de ton travail pendant 18 mois sera le cadeau pour ceux qui sont là, ne font rien, et qui attendent de tirer les marrons du feu."

Effectivement, ceci est politiquement parlant, une complète absurdité.

Et même, une dangereuse porte ouverte à une encore déstabilisation rebelle du pays.

La patate chaude n'est pas prête de refroidir.

Dans ce jeu de mauvaise foi, une voix politique centrafricaine pourtant se lève, celle de Marie-Reine Hassen.
Qui a pris en considération son appel pour une conférence nationale ?

Pourtant, c'eut-été une solution de sortie de crise, au moins politique.

Mais la sociologie politique centrafricaine étant ce qu'elle est, la voix de l'opposition ne peut pas être valablement portée dans le pays.

La presse devant être un relais auprès des populations ne joue pas son rôle.

Cela peut se comprendre de la presse d'Etat, mais quid de la presse privée ?

Tous les autres politiciens, à part dénoncer factuellement n'apportent rien au crédit du débat.

Ils sont sans fond, ne se positionnant q'une situation de quête d'opportunité.

Michel Djotodia, enfin, au bout de près de 6 mois, prend la mesure des réalités du pouvoir.

Il se comporte en Chef d'Etat.....
Et c'est trop tard....
L'homme pourtant par plein d'aspects n'est pas un incompétent.
Il se bouge comme d'aucun avant lui, il concerte, il agit.....

Mais pris dans une tourmente dont quelque part il en est à l'origine, nul ne peut plus lui faire confiance pour pouvoir sortir le pays de la mouise.

En politique, le peuple juge son chef par son plus petit dénominateur commun, et pour Djotodia, cela se nomme Séléka.
Et c'est une épine plus que purulente sur son talon d'Achille.

IL A UN POUVOIR MAIS PAS LES POUVOIRS

© Septembre 2013 LNC


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