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AFRIQUE

Centrafrique : Non à la démagogie irresponsable, à la haine et à la xénophobie !


Alwihda Info | Par Abbas Kayangar - 18 Septembre 2013 modifié le 19 Septembre 2013 - 00:43


Un soldat tchadien surveille l'aéroport de Gao au Mali. Crédit photo : Défensegouv.fr
Un soldat tchadien surveille l'aéroport de Gao au Mali. Crédit photo : Défensegouv.fr
Le philosophe espagnol José Ortega y Gasset définit la nature de la haine : « Haïr, c'est tuer virtuellement, détruire en intention, supprimer le droit de vivre. Haïr quelqu'un, c'est ressentir de l'irritation du seul fait de son existence, c'est vouloir sa disparition radicale. » Il précise ses modalités : « La haine sécrète un suc virulent et corrosif. [...] La haine est annulation et assassinat virtuel - non pas un assassinat qui se fait d'un coup ; haïr, c'est assassiner sans relâche, effacer l'être haï de l'existence ».

Inquiets des dernières récupérations politiques et des appels haineux incessants contre les Tchadiens et les Soudanais, on est en droit de nous questionner sur les motifs réels de ces politiciens et autres nostalgiques des diatribes incendiaires appelant au massacre de l’autre et à la chasse aux sorcières lancés par des organes émules de la tristement célèbre « radio des mille collines ». Leur macabre dessein commence malheureusement à porter des fruits d’ignominie avec le massacre de nombreuses familles qui avaient la malchance d’être d’origine tchadienne ou soudanaise.

Un grand nombre des familles tchadiennes ou soudanaises avaient fui la guerre dans leur pays respectif ou s’étaient installées en RCA pour y vivre de leurs activités se basant souvent au commerce ou à l’élevage, participant ainsi à leur manière au développement socioéconomique de leur pays d’accueil. Celles-ci sont étrangères des agissements de leur compatriotes engagés comme mercenaires ou combattants au sein des différentes factions belligérantes, en l’occurrence la Seleka ou les forces résiduelles de l’ancien dictateur François Bozizé lequel se croyant Président intemporel de la Centrafrique. La RCA doit être un pays comme tous les autres, en ayant le partage, l’immigration et la diversité de sa population comme vecteur important de son développement socioéconomique. Dans le contexte actuel, nous dirons que la haine, l’appel au rejet de l’autre, la xenophobie, la chasse aux sorcières sont pires que l’intolérance à la diversité et le refus de concéder le même droit aux citoyens centrafricains venant d’autres pays.

Si des grandes nations comme les États-Unis d’Amérique, le Canada, la France, l’Angleterre, l’Australie, l’Espagne, la Belgique… Ont pu se construire et accéder à leur statut actuel, c’est grâce à l’apport des immigrants qui avaient insufflés leur force et leur savoir faire à ces pays. L’exemple de Singapore qui a su habillement tirer son épingle du jeu, en utilisant judicieusement l’immigration pour insuffler un envol indéniable pour son développement économique et social est à noter. Les Centrafricains qui ne doivent pas ignorer que leur pays est l’un des plus pauvres au monde, doivent saisir l’opportunité

pour s’ouvrir aux autres, au lieu de crier aux sorcières après une longue torpeur de gueule de bois. Cette « manne » d’origine étrangère est une occasion incontournable pour les Centrafricains de faire la différence, car le venin de la xenophobie et de l’intolérance sont des poisons dangereux qui peuvent faire du mal à celui-là même qui le régurgite. Si tout le monde était xénophobe, Obama ne serait jamais l’homme le plus puissant du monde. Matthias Corman, cet avocat Belge, devenu jardinier en Australie avant de devenir récemment le grand argentier ( ministre des finances de ce pays-Australie), Michaelle Jean ne serait jamais gouverneure générale du Canada. Kofi Yamgnane, Rama Rade, Yamina Benguigui (née Yamina Zora Belaïdi)… Ne seraient jamais ministres en France si on jouait sur la fibre de la xénophobie et d’islamophobie. La Centrafrique doit donc profiter des expériences et des opportunités des autres pour avancer de l’avant et prospérer.

Les Centrafricains, les Soudanais, les Tchadiens et tous les autres africains vivant en Centrafrique ou partout ailleurs en Afrique, doivent savoir que la haine, la xenophobie et l’intolérance sont des forces hautement corrosives, déstructurantes et deshumanisantes. Il est déplorable que des frères Centrafricains soient empoisonnés par les fiels du rejet de l’autre, la désignation de l’autre comme bouc émissaire de tous leurs problèmes, dépersonnalisant ainsi ceux qui avaient quittés leur pays d’origine, leur attache, leur proche, leur citoyenneté…Pour s’intégrer avec ferveur au destin commun des Centrafricains. On dit que la porte du pauvre n’est jamais fermée à l’étranger, les Centrafricains ont développé à leur manière la notion de solidarité et d’hospitalité africaine.

Nombreux sont ceux des politiciens, de la presse et une certaine frange de la société civile qui font de la haine, de la xénophobie et de l’islamophobie leur fond de commerce, fantasmant chaque jour, sur les moyens à relever le niveau de leur haine viscérale vis-à-vis de l’étranger d’origine africaine, car ils croient dur comme fer que l’appel aux meurtre, la chasse aux sorcières, l’intolérance ethnique et religieuse et le délit de faciès sont des puissants moyens pour gravir les marches de la société centrafricaine et espérer prendre le pouvoir, ou du moins, accéder à des postes de responsabilités. Beaucoup des politiciens qui avaient conduit la RCA vers le chaos, ont atteint la limite de la perversion en usant du mensonge, de la haine et des appels aux meurtres de l’autre comme arme fatale pour parvenir à leur fin.

Les acteurs politiques centrafricains et leur organes de propagande macabre doivent savoir que l'intolérance, l'exclusion, le fanatisme religieux, le rejet de l’autre, les meurtres, les manifestations violentes de leur point de vue découlent souvent de la haine qui conduit à des actes de génocide ou de nettoyage ethnique. Les Hommes politiques de nos pays respectifs sont entrain de briser les liens séculaires qui unissaient nos populations depuis la nuit des temps, insufflant ainsi des pensées réfractaires et négatives pouvant conduire à des conséquences désastreuses pour nos populations sœurs. Ces

hommes, ces femmes et leur progéniture qui ont choisi de vivre soit au Soudan, en Centrafrique ou au Tchad sans tenir compte des idéologies, des orientations religieuses ou politiques sont aujourd’hui sacrifiés sur l’autel de la cupidité et de la fourberie des politiques. Et le fossé entre des massacres en règle et des représailles de part et d’autres qui suivront, est assez mince.

Pour sortir la Centrafrique de sa situation regrettable et chaotique qui perdure, il faut instaurer une véritable démocratie, mettre fin aux festivals des despotes qui prennent les rennes du pouvoir à Bangui, et faire cesser à jamais les ingérences des puissances étrangères dans les affaires entre Centrafricains. Avec des politiciens cherchant constamment des boucs émissaires, jamais ces milliers de victimes ne connaitraient la vraie justice et les valeurs qui fondent la démocratie seront annihilées au détriment de l’injustice, de la xénophobie, de la corruption, du népotisme, du sectarisme, du régionalisme, du tribalisme, de l’ethnocentrisme ostentatoire, du clientélisme, du détournement des deniers publics, de l’impunité…

Centrafricains trouvés les sources de vos problèmes qui remontent à l’aube de votre indépendance, avant de pointer du doigt les autres, mettant ainsi en danger la vie des milliers de personnes qui ne connaissent rien des manigances politiques, vivant dignement de leur activité de part et d’autre de nos frontières communes(Soudan, Tchad, RDC, Cameroun, etc.) et au-delà de nos pays respectifs. Il est temps d’arrêter de faire la promotion de l’appel aux meurtres, à la vindicte populaire et au rejet de l’autre. Il est temps de prévenir la discrimination injustice et haineuse envers ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ont choisi à jamais de lier leur destin à la Centrafrique, quel que soit leur origine, leur religion, leur idéologie, etc. Ceux-ci n’ont rien à voir avec l’engagement des uns et des autres dans la crise en RCA. Ils se battent chaque jour à la sueur de leur front pour gagner leur vie et nourrir leur famille, éduquer et soigner leurs enfants et contribuer au rayonnement économique de la Centrafrique.

Un des meilleurs cadeaux à offrir au peuple Centrafricain, c’est la cessation de l’immixtion des puissances étrangères dans la gestion du pays. On doit cesser de faire et de défaire les dirigeants de ce pays lequel ira de mieux avec un climat de sérénité et de stabilité qui soufflera sur toute l’étendue du territoire centrafricain, et au-delà de ses frontières pour la stabilité de la sous-région et le renforcement des liens séculaires qui existent si heureusement entre les populations, loin des pantalonnades et autres intrigues politiciennes. De grâce, politiciens de tout poil, réorienter vos messages politiques chargés de haine et de xénophobie pour protéger la vie de ces milliers de femmes, d’enfants et d’hommes qui ne cherchent qu’a vivre en paix sur la terre bénie de la

Centrafrique. Ce pays aura sa vengeance sur la brutalité, la barbarie, les massacres, les violations des droits de l’homme, les vols et les viols, les pillages systématiques des ressources nationales, le népotisme, le confessionnalisme, l’hégémonisme… Et ce, par l’instauration d’un véritable état de droit et une démocratie effective, sans aucune hégémonie que la RCA retrouve sa dignité et sa cohesion.

Abbas Kayangar


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