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Centrafrique : un citoyen interpelle l'inspecteur général d'État au sujet des détournements de biens publics


Alwihda Info | Par Yasmina Perrière - 19 Juin 2016 modifié le 19 Juin 2016 - 15:38

En effet, il est curieux, voire franchement révoltant de constater, sans que cela ne gène personne, la spoliation systématique de l'État par ceux qui ont eu la charge à un moment donné de conduire ses affaires avec le résultat que l'on sait.


Lettre ouverte à l'inspecteur général d’État : à quoi servez-vous ?

Monsieur,

Je me suis décidé à vous écrire, d'une façon que vous jugerez peut-être insolite, mais c'est en raison de vos responsabilités en tant que garant des biens meubles et immeubles de l'État et en raison de graves dérives qui tendent désormais à s'ériger en règles de fonctionnement au sein de  la haute  administration centrafricaine.

En effet, il est curieux, voire franchement révoltant de constater, sans que cela ne gène personne, la spoliation systématique de l'État par ceux qui ont eu la charge à un moment donné de conduire ses affaires avec le résultat que l'on sait.

Il ne vous à pas échapper que les hauts dirigeants de la transition emportent systématiquement et honteusement les véhicules de fonction. Ce fut le cas de Nicolas Tiangaye. Il en a été de même d'André Nzapayeke et de Mahamat Kamoun qui ont tôt fait de s'accaparer, pareil à un butin de guerre, les véhicules de fonction qu'ils ont utilisé quand ils occupaient l’immeuble de l’ex-Pétroca et qui portent désormais des immatriculations privées. Le très sulfureux et tristement célèbre Jean-Jacques Demafouth aurait conservé chez lui à Ngaragba deux véhicules 4X4 dont l’un serait blindé. Lesquels véhicules auraient fait l’objet des interrogations de l’inspecteur d’État ayant supervisé la passation de service entre le général Timangoa et son successeur.

Il n'est pas anachronique de vous signaler que même votre prédécesseur, le précédant inspecteur général d'État, Gabriel Jean-Édouard Koyambounou, est parti avec son véhicule de fonction. Même la très décriée Rachelle Ngakola qui avait confondu les caisses des douanes avec son porte-monnaie, s'achetant pêle-mêle des villas dans Bangui, y compris en France, a réussi le coup de partir avec un véhicule flambant neuf, don des douanes nigérianes, qu'elle a paraît-il réformé.  Ce qui constitue ni plus ni moins un détournement des deniers publics.

Puisque la Loi centrafricaine énonce que pour envisager, j'écris bien envisager, ce qui suppose que ce n'est pas automatique, réformer un véhicule de l'État, il faille que celui-ci ait 4 ans d'âge. Peut-on raisonnablement dire que les véhicules emportés avaient atteints l'âge nécessaire pour être cédés à des tierces personnes fussent-elles hauts dirigeants ?

Ou alors, c'est parce que — reprenant à mon compte les propos de l'une des brillantes plumes de la presse centrafricaine passée en politique avec des fortunes diverses — nous sommes « le seul peuple au monde à avoir inventé une expression, yé ti État, une vraie ode à la prévarication, pour signifier que l'on peut se permettre de faire ce que l'on souhaite avec les biens de la collectivité que ces pratiques se sont institutionnalisées ? Est à dire que c'est la nouvelle règle au sein de l'administration ? Lorsque que l'on est relevé de ses fonctions, on touche par dessus le marché, une sorte de prime d'échec en emportant les biens de l’État ?

Il est à cet égard fort utile de vous faire remarquer que depuis l'effondrement de l’État centrafricain, conséquences des multiples errements de nos politiciens, c’est la communauté internationale qui porte le pays sur les bouts de bras. Autrement dit, ce sont les ressources obtenues grâce au travail acharné des autres peuples qui font bouillir la marmite chez nous. Croyez-vous vraiment que les gens qui nous aident regardent d'un bon œil ces agissements qui vont à l'encontre du bon sens, de l'éthique et de la morale ?

Monsieur,

La loi vous confère l'autorité nécessaire pour protéger, tel un bon père de famille, les biens de l'État centrafricain mais également d'user de la puissance publique pour engager des actions, donc de sévir, contre ceux qui utilisent ou ont eu à utiliser leur position au sein de l’administration pour ruiner le peuple centrafricain.

Ceux de nos compatriotes qui ont accordé leurs suffrages au président Touadéra s'inquiètent grandement et attendent de vous de vous occuper de l'essentiel. Ils ne comprendront pas votre immobilisme qui confine à de la complaisance si ce n'est de l'incompétence. Ou alors vous détournez le regard de ces graves dérives parce que vous comptez faire la même chose. N'est ce pas que l'impunité encourage le désordre, tous les désordres ? Avec ce que ce mot a de plus détestable.

Interpellant le président Touadéra dans une précédente lettre, j'indiquais avec une gravité certaine que la situation du pays est tellement préoccupante que nous allons désormais être vigilants. Souffrez donc que l'on vous dise que les options prisent ne sont nullement les moins mauvaises et que la majorité silencieuse de nos compatriotes ne peut aujourd'hui dire qu'elle est satisfaite de votre action. Vous nous décevez. Car au-delà, il s'agit d'une double absence : absence de l'autorité de l'État et absence de vrais commis désintéressés et capables de privilégier l'intérêt général.

Haute considération.

Yasmina Perrière


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