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Cet obscurantisme sacré qui condamne à l'échec la Moudawana


Alwihda Info | Par Kamal Znidar - 25 Août 2016 modifié le 25 Août 2016 - 04:14

Avant qu'elle soit officiellement promulguée par le roi Mohammed VI le 10 octobre 2004, la Moudawana dans sa nouvelle version a été vivement critiquée par les différents groupements islamistes du Maroc. Les courants de la Salafiya, les Zawayas soufies, le Mouvement de l'Unicité et de la Réforme, le groupe Justice et Bienfaisance, toutes ces formations étaient contre le nouveau projet du code de la famille marocain.


Avant qu'elle soit officiellement promulguée par le roi Mohammed VI le 10 octobre 2004, la Moudawana dans sa nouvelle version a été vivement critiquée par les différents groupements islamistes du Maroc. Les courants de la Salafiya, les Zawayas soufies, le Mouvement de l'Unicité et de la Réforme, le groupe Justice et Bienfaisance, toutes ces formations étaient contre le nouveau projet du code de la famille marocain.

Des membres de ces groupes ont considéré ses nouveautés comme une "atteinte aux droits sacrés de l'homme". D'autres l'ont vu comme "un plan maçonnique" qui vise la destruction de la société islamique en créant le chaos dans les rangs des familles musulmanes. Et une autre partie est allée jusqu'au point de la qualifier d'un "rébellion contre l'Islam" et une des multiples formes de "l'apostasie".

Conformément au hadith prophétique "Il n'y a pas d'obéissance à une créature dans la désobéissance au créateur", une grande partie des membres de ces mouvements s'est accordée sur l'obligation de ne pas se conformer aux dispositions de la nouvelle Moudawana et a décidé de tourner son dos à ses nouvelles lois réglementant le mariage, la tutelle, le divorce, la prestation compensatoire, la garde des enfants, etc.

La Moudawana a conditionné la polygamie par le respect de nombreuses conditions qui rendent sa pratique quasiment impossible. L'homme ne peut plus être polygame seulement par le simple désir de multiplier ses conquêtes sexuelles. La femme a eu le droit d'imposer la monogamie à son mari dans leur contrat de mariage. L'homme, pour que sa polygamie soit légale, sa première épouse doit être informée et doit lui offrir le feu vert pour épouser une nouvelle femme.

Ces modifications de lois n'ont pas plu aux différents groupements islamistes du Maroc. Une partie de leurs membres a décidé la conformité à ces nouvelles réglementations auxquelles elle s'oppose par respect du texte coranique "Obéissez à Allah, obéissez au Prophète ainsi qu'à ceux d'entre vous qui détiennent l'autorité". Par contre, le reste a pris la décision de ne pas se conformer aux nouveautés de la Moudawana conformément au hadith prophétique "Il n'y a pas d'obéissance à une créature dans la désobéissance au créateur".

Pour justifier cette position et lui attribuer un cadre religieusement légitime, ses adeptes ont allégué que les nouvelles lois vont priver de nombreuses femmes de leur chance de se marier et être de la sorte une porte ouverte à la promotion de la fornication. Ils ont aussi ajouté que ça va condamner une grande partie des femmes, surtout les divorcées et les veuves, à se prostituer. Et pour éviter ces drames, ils se sont accordés sur le caractère "licite" de la pratique de la "polygamie clandestine".

Parmi les partisans de cette clandestinité, on a les deux responsables du Mouvement de l'Unicité et de la Réforme, Omar Benhammad et Fatima Nejjar qui ont été arrêtés samedi 20 août 2016 par la police près de la plage de Mohammedia et qui ont suscité un vif scandale au Maroc après avoir parlé de leur "mariage urfi". Leur cas est un exemple-vivant de ces islamistes traditionnalistes qui ont décidé de ne pas se conformer aux nouveautés de la Moudawana et de pratiquer une polygamie hors-loi.

Fatima Nejjar, même en étant femme, elle fait sans doute partie de ces femmes qui s'opposent aux droits que la nouvelle Moudawana avait accordé à la gent féminine marocaine. Elle fait surement partie de ces femmes malikites qui voient dans ces nouvelles lois réglementant les liens familiaux au Maroc "une injustice" et "une atteinte aux droits sacrés de la gent masculine".

Fatima Nejjar n'est qu'un cas parmi les multiples exemples de femmes marocaines qui lui ressemblent -idéologiquement parlant-. Ses semblables sont nombreuses dans les rangs des groupements islamistes "traditionnalistes" qui sont toujours présents au Maroc du 21ème siècle. Pareil pour son époux Omar Benhammad.

Les islamistes qui conçoivent le droit à la polygamie de la même façon que lui sont très présents au sein du Mouvement de l'Unicité et de la Réforme, du groupe Justice et Bienfaisance, des courants de la Salafiya et des Zawayas soufies. Son mariage urfi avec Fatima Nejjar n'est en réalité qu'un échantillon minime de nombreux cas similaires qui se pratiquent en toute clandestinité dans ces entourages.

Si nous faisons l'enquête sur ces mariages clandestins, on risque de subir une crise cardiaque suite aux résultats "choc" auxquels on va parvenir. La Moudawana a voulu combattre la polygamie qui se pratique d'une façon qui transgresse les enseignements et les plans de l'Islam. Malheureusement, elle a manifestement échoué dans ce sens.

La Moudawana n'a jamais empêché ses détracteurs, et à leur tête les membres du Mouvement de l'Unicité et de la Réforme et le reste des groupements et des mouvements islamistes, de devenir polygames. Elle les a seulement poussé à changer la façon qu'avec laquelle ils vont pratiquer la polygamie et faire recours au "mariage urfi" pour pouvoir épouser plus qu'une seule femme.

Et elle ne va jamais réussir dans ce sens et atteindre ses objectifs tant que le pouvoir marocain assure la promotion du malikisme, considéré comme l'Islam authentique au Maroc. Ses lois nouvelles sont en plein contradiction avec les idées et les avis de l'imam Malik (qu'Allah lui fasse miséricorde). Cet imam prive la femme de son droit de se prononcer sur la polygamie de son mari. Aussi, il rend légitime le mariage des fillettes et des adolescentes.

Avec cette sacralité accordée à son courant de pensée et dont la promotion est assurée par les autorités, jamais la Moudawana ne va être respectée. Elle ne va jamais s'imposer et atteindre ses finalités. Elle sera toujours vue en noir, honnie et violée par une grande partie des marocains "et pas seulement ceux qui sont membres des groupements islamistes traditionnalistes" qui vont se permettre la pratique de ses interdits "ces injustices et ces normes qui nuisent à l'image de l'Islam qu'elle a voulu combattre" dans la clandestinité.


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