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AFRIQUE

« Comment le Président Abdoulaye Wade m’a ruiné »

Exclusif : Bocar Samba Dièye, grand commerçant


- 4 Février 2014 modifié le 4 Février 2014 - 17:13

C’est un Bocar Samba Dièye comme nous l’avons rarement vu qui s’est présenté à notre rédaction ce mercredi, jour de notre bouclage. L’homme bout d’une colère contenue. On le sent très énervé même s’il s’efforce de n’en rien laisser paraître. Et de fait, malgré le découragement qui l’a gagné, l’homme, qui fut le plus grand importateur sénégalais de riz de tous les temps, a réussi avec calme à nous exposer ses déboires. Pour prendre à témoin le peuple sénégalais auquel il a servi des centaines de milliers de tonnes de « thieb ». Nous lui donnons la parole.


« Une nuit de 2008, je dormais déjà à poings fermés lorsqu’un notaire de la place s’est présenté à mon domicile. Il a insisté pour qu’on me réveille et lorsque cela a été fait, il m’a dit que le Premier ministre voulait me voir d’urgence et qu’il fallait que nous nous rendions à son bureau toutes affaires cessantes. J’ai enfilé un boubou et je l’ai suivi. Arrivé à la Primature, le PM m’attendait effectivement. Il m’a d’emblée demandé si je voulais que l’Etat fasse quelque chose pour moi. Je lui ai répondu que je remercie Dieu mais que je n’avais aucun service à solliciter, aucune faveur à demander, aucun privilège à quérir. Il m’a demandé à quatre reprises si je voulais de l’argent. Je lui ai répondu que non. Le Premier ministre m’a alors tenu à peu près ce langage : « Eh bien, nous, nous avons un grand service à te demander car la subvention sur le riz que nous versons nous coûte trop cher. L’Etat ne peut plus continuer à la supporter. Nous voudrions donc savoir s’il est possible de supprimer cette subvention sans que cela entraîne une augmentation du prix du riz ». Après l’avoir écouté, je lui ai seulement dit ceci : « Avant de répondre, j’ai besoin de m’entretenir d’abord avec le ministre du Commerce et avec le directeur du Commerce intérieur ». Mon interlocuteur avait paru surpris de ma requête. En effet, il ne comprenait pas que je veuille parler avec un ministre alors que j’avais la chance d’avoir le chef du gouvernement en personne en face de moi. Néanmoins, il s’est incliné, disant respecter ma décision.
 
Dès le lendemain, le ministre du Commerce de l’époque, Mamadou Diop Decroix, m’a appelé. Nous avons eu une séance de travail dans son bureau en présence de Amadou Niang, directeur du Commerce intérieur. Après avoir fait des simulations, la solution était trouvée et j’en ai informé le Premier ministre en lui disant que l’Etat pouvait annoncer publiquement que la subvention était supprimée. De même, les droits de douane suspendus devaient être rétablis. A la suite de quoi, j’ai contacté mes fournisseurs et mes banquiers et j’ai fait venir durant cette année 2008 un total de 11 cargaisons de riz (Ndlr, voir la liste des navires en encadré). Grâce à ces importations massives, j’ai inondé le marché à la grande fureur des autres commerçants qui voulaient spéculer. Ils m’en ont voulu à mort et j’ai même été marabouté. Par la grâce de Dieu, j’ai échappé de peu à la mort. Seulement voilà, cette vente à prix cassés m’a coûté cher puisque, pour cette seule année 2013, j’ai enregistré des pertes cumulées de 13 milliards de francs. Mes problèmes actuels viennent de là. Devant l’ampleur de mes pertes, les banques ont supprimé les découverts dont je bénéficiais tandis que mes fournisseurs se sont ligués pour me fermer le robinet. Depuis lors, je n’importe pratiquement plus. C’est ainsi que, durant toute l’année 2013, je n’ai pas pu faire venir un seul navire. Or, jusqu’en 2008, j’importais chaque année les cargaisons de plus de dix navires.
 
Par la suite, j’ai tenté de voir le président Abdoulaye Wade afin que l’Etat prenne en charge les pertes étant donné que c’est à la demande de l’Etat, et pour préserver la paix sociale, que je m’étais lancé. En vain. En désespoir de cause, je m’étais rendu à Touba pour rencontrer le khalife général des Mourides de l’époque, Aladji Bara Mbacké. Grâce à son intervention, le Président Wade avait fini par me recevoir en présence de Zacharia Diaw, le secrétaire général de la Présidence à l’époque, et de Amadou Niang, directeur du Commerce intérieur. La première audience n’a rien donné. Au terme de la seconde, il avait promis de me mettre en relations avec Abdoulaye Diop (ministre des Finances, Ndlr) qu’il avait d’ailleurs joint au téléphone en ma présence pour lui donner des instructions. Mais quand j’ai rencontré Abdoulaye Diop, j’ai compris que le président Abdoulaye Wade lui avait donné entretemps des instructions contraires. Toujours est-il que, jusqu’à la survenue de l’Alternance en mars 2012, on m’a fait valser sans que je reçoive un seul franc. Voilà la situation que j’ai tenu à exposer au peuple sénégalais. Je le tiendrai informé des développements de cette affaire si Dieu me prête longue vie. »
 
Propos recueillis par : Mamadou Oumar NDIAYE
ARTICLE PARU DANS « LE TEMOIN » N°1151 - HEBDOMADAIRE SENEGALAIS / FEVRIER 2014


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