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COMMUNIQUE

Communiqué du Mouvement du 3 février (M3F) sur l'état de la santé au Tchad


- 3 Juin 2014 modifié le 3 Juin 2014 - 15:52


Communiqué du Mouvement du 3 février (M3F) sur l'état de la santé au Tchad
Sur les huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD) définis par l'Organisation des Nations Unies (ONU) à l'aube du XXIème siècle, trois concernent directement la santé. Et sur ces trois OMD, force est de constater que le Tchad se situe bien loin des standards de développement que son statut de pays pétrolier aurait dû lui conférer. Le cas le plus frappant est sans doute celui de la santé maternelle. Selon un dernier rapport de l'OMS, le Tchad est le pays au monde le plus frappé par la mortalité maternelle (OMD n°5) derrière des contrées aussi peu prospères que la Somalie ou la République Centrafricaine. En effet, au pays de Toumaï, une femme de plus de quinze ans a 1 chance sur 18 de décéder de suites de sa grossesse contre 1 chance sur 3 300 en Europe. Depuis 2000, si des pays comme le Rwanda ou l'Erythrée ont réussi à faire diminuer de près de 75 % la mortalité des mères, ce chiffre n'a fait que tragiquement augmenter dans notre pays, malgré les rodomontades du gouvernement qui prétend faire de la santé une priorité nationale.
 
Et le bilan n'est pas moins alarmant en ce qui concerne les autres secteurs de la santé. La mortalité infantile (OMD n°4) atteint des sommets, avec 93 décès avant l'âge de cinq ans pour 1000 naissances, ce qui fait du Tchad le sixième plus mauvais élève planétaire. Le taux de prévalence du VIH (OMD n°6), situé à 3,1 %, est clairement sous-évalué tout en étant bien supérieur à la moyenne des autres pays du Sahel. Quant à l'espérance de vie, c'est carrément la curée. Elle atteint difficilement les 50 ans (50,7 en 2012) tandis que des pays comme le Niger peuvent se targuer d'une espérance de vie de 58 ans, la moyenne des pays d'Afrique subsaharienne étant de 56 ans. Sur le long terme, il est intéressant de comparer l'évolution de l'espérance de vie au Tchad avec celle de ses voisins depuis la prise du pouvoir d'Idriss Deby en 1990. A cette époque, elle était de 46,35 ans contre à peine 43,95 au Niger. En conséquence, sur la période courant de 1990 à nos jours, alors que le nigérien moyen a gagné quatorze ans de présence terrestre supplémentaire et le malien huit, le tchadien, malgré la richesse de son sous-sol, n'en a gagné poussivement que quatre et s'en va toujours aussi jeune rejoindre ses ancêtres.
 
Plus encore, des maladies telles que la tuberculose ou la rougeole, que l'on croyait éradiquées ou sous contrôle, font leur réapparition. Au moins 34 000 cas de rougeole ont été détectés depuis début 2014 sur le sol tchadien et la tuberculose regagne sensiblement du terrain. Une explication à cela : selon l'UNICEF, 33 % des enfants ne seraient pas vaccinés contre ces maladies, particulièrement virulentes chez les plus jeunes. Et ce chiffre n'est que le premier d'une longue litanie qui nous amène, sans partialité aucune, à constater la criante inaction gouvernementale en matière de politiques publiques de santé. Ici, un tableau explicatif comparant la situation du Tchad avec d'autres pays frontaliers parlera sans doute beaucoup mieux qu'un long paragraphe explicatif.
 
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Force est de constater que sur tous les plans, le Tchad se situe en dernière ou en avant-dernière position, d'assez largement d'ailleurs. Plus grave encore, de 2002 à 2014, la part des dépenses de santé dans l'économie nationale est passée de 8,01 % à 2,81% (61 à 41 dollars par habitants), ce qui met en lumière une désaffection de régime d'Idriss Deby pour l'une des cinq grandes priorités humaines qu'énonçait le panafricaniste Barthélemy Boganda, à savoir nourrir, vêtir, guérir, instruire et loger. Plus concrètement, il suffit de s'arrêter sur l'exemple de l'hôpital de la mère et de l'enfant de Ndjamena (surnommé caustiquement par les ndjamenois l'hôpital de la mère OU de l'enfant), inauguré en grand pompe par Idriss Deby, où malgré des bâtiments flambants neufs, les patients s'entassent à cinq ou six par chambre, faute de matériel médical et de personnel. Parallèlement, l'hôpital de Doba, dans le sud du pays, n'est toujours pas opérationnel. Cette région est pourtant l'épicentre de l'exploitation pétrolifère et les 5 % de royalties qui lui sont reversés auraient normalement du assurer la bonne marche de ce centre de santé.
 
Prenant acte de cette situation catastrophique, le Mouvement du 3 Février, principale force d'opposition constructive au régime d'Idriss Deby, émet quelques idées de bon sens afin d'améliorer l'état de santé de notre peuple :
  1. Mettre en place un schéma pluriannuel d'organisation des soins (SPOS). Ce schéma, d'une durée de cinq ans, devra prévoir l'augmentation des dépenses consacrées à la santé d'au moins 1 % du PIB par an, cela afin de rattraper notre retard en la matière. La grande majorité des dépenses devra être consacrée à la construction de nouvelles infrastructures, à l'acquisition de matériel médical et à la formation de nouveaux personnels. Ce SPOS devra être décliné en SROS (Schéma régionaux d'organisations des soins), présent dans chaque région et placé sous l'autorité des services déconcentrés de l'Etat (préfet...). Ainsi, il sera plus aisé de réduire les inégalités de santé, abyssales d'une partie du Tchad à l'autre.
     
  2. Créer une couverture maladie universelle pour les enfants de moins de cinq ans, comme cela est déjà le cas au Sénégal. Les abondants revenus pétroliers du Tchad permettront de financer ce dispositif, qui prendra intégralement en charge les dépenses de santé pour les enfants compris dans la tranche 0-5 ans, là où ils sont les plus vulnérables. Cette mesure aura également le mérite de réduire considérablement la mortalité infantile.
     
  3. Mettre en place, en partenariat avec les institutions internationales, des plans nationaux de lutte contre les grandes maladies (tuberculose, paludisme, VIH, typhoïde...) comprenant de larges campagnes de sensibilisation, des distributions systématiques de matériel préventif (moustiquaires, préservatifs...) et une prise en charge, de plus en plus grande avec le temps, des personnes infectées.
     
  4. Revoir le dispositif de formation universitaire des médecins, en allongeant la durée d'obtention du diplôme et en donnant à l'université les moyens d'assurer un cursus de meilleure qualité. Pour ceux qui seraient formés à l'étranger, notamment les spécialistes, revaloriser sensiblement la rémunération afin de les attirer dans les hôpitaux publics tchadiens.
     
  5. Face à l'explosion des tarifs dans les structures médicales privées, instaurer par voie réglementaire un plafond de prix pour chaque acte médical au-delà duquel il ne serait pas possible d'aller. Ces plafonds seront revus annuellement, en fonction de l'inflation et contiendront l'intolérable racket organisé par certains hôpitaux privés sur leurs patients, profitant à la fois de la défaillance du secteur public et de leur situation de monopole.
     
  6. Enfin, créer un service rattaché au Ministère de la santé de lutte contre la médecine illégale, chargé de vérifier les diplômes de ceux qui exercent la profession de médecin, que ce soit dans le secteur public ou le secteur privé.
 
Une fois arrivé au pouvoir, le M3F promet de tenir ses engagements et de mettre en oeuvre ces propositions, afin que cette injustice existante actuellement entre une infime minorité allant se soigner à l'étranger et une immense majorité ne bénéficiant même pas des soins les plus élémentaires, n'ait plus cours sur la terre des Sao.
 
Fait à Paris (15ème arrondissement) le 30 mai 2014,
Collectif


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