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POINT DE VUE

DJIBOUTI : Lettre ouverte au ministre djiboutien de la Justice et des Affaires Pénitentiaires, chargé des Droits de l'Homme


Alwihda Info | Par Nous les citoyens Djiboutiens - 8 Avril 2017 modifié le 8 Avril 2017 - 21:17

En perpétuant les méthodes cyniques de vos prédécesseurs, intimidation du peuple et sabotage des activités de l’opposition, vous portez à nouveau un coup dur à l’émergence de la démocratie...Arrêtez à votre niveau la mascarade et l’injustice, arrêtez s’il vous plait, nous n’en pouvons plus, arrêtez pitié nous mourons lentement!


DJIBOUTI : Lettre ouverte au ministre djiboutien de la Justice et des Affaires Pénitentiaires, chargé des Droits de l'Homme
Je ne sais pas si vous lisez ou si vous avez l’habitude de recevoir des lettres de la part de vos concitoyens. Je ne sais pas non plus si vous croyez encore aux vertus du dialogue et de la lecture. Si tel est le cas, laissez-moi d’emblée vous féliciter et vous remerciez de la possible lecture que vous ferez de ma lettre. Vous êtes ministre de la justice et à ce que j’ai pu entendre vous êtes vous-même un fin connaisseur du droit, puisque vous avez vous-même fait des études de droit. Ces études vous ont pu éclairer et sensibiliser sur la nécessité de défendre la démocratie, seule forme de gouvernance à l’heure actuelle, capable de garantir l’égalité des citoyens et de préserver les droits individuels. Etant vous-même juriste, il me semble que vous connaissiez si bien la nécessité pour la stabilité des états de veiller à l’égalité des personnes humaines et l’instauration d’un climat de confiance entre le peuple et les institutions. Le problème qui m’attriste et qui devrait vous attrister autant si ce n’est plus est celui de l’indépendance de la justice de Djibouti. Loin de me murer dans un optimisme béat et de me voiler la face, je peux comprendre les concessions qu’un ministre doit faire pour se maintenir à son poste et les pressions et chantages auxquels il est soumis de par sa mission de ministre. Etre un ministre n’est pas une mission facile : vous êtes jour et nuit harcelé et vous ne pouvez rester indifférent à des telles menaces. Elles peuvent vous influencer et obscurcir votre clairvoyance, voire vous pousser à commettre des bavures. Cependant, votre devoir moral et votre contrat avec le peuple doivent aussi vous interpellez davantage et vous permettre de comprendre l’urgence de changement et la crise sans précédent que vos concitoyens vivent. Tous ne sont pas riches comme vous, tous n’ont pas eu la chance d’immigrer au Canada et amasser des sommes conséquentes pour vivre contre les intempéries africaines, tous n’ont pas un cousin juge, ou procureur, tous ne connaissent pas leurs droits et bon nombre d’entre eux, ignorants et crédules, croient encore en leur justice et en votre honnêteté. En perpétuant les méthodes cyniques de vos prédécesseurs, intimidation du peuple et sabotage des activités de l’opposition, vous portez à nouveau un coup dur à l’émergence de la démocratie et donnez raison à des pessimistes comme moi, qui n’ont plus grande foi dans les belles institutions de l’état. Mais jusqu’où peuvent aller ces pressions ? Etes-vous si soumis, si contraint à ces pressions que vous n’avez plus le discernement de comprendre la noblesse de votre mission ? Pourquoi les justiciables djiboutiens peuvent subir de la part de votre palais de justice, qui lui-même n’est pas à l’abri des chantages et n’est pas aussi libre qu’il le parait, peuvent se retrouver derrière les fers alors qu’ils n’ont commis aucune violation de la loi ?  Monsieur le ministre, je ne sais pas par quels mots commencer ma doléance ni meme si je dois employer à outrances les civilités pour vous attirer d’emblée dans mes filets et vous amadouer tel un bébé qu’on vient de battre ; les mots, hélas, me manquent pour traduire convenablement mes soucis, mais votre haute bienveillance pourrez comprendre le risque de l’écriture et la difficulté du style. Ecrire n’est pas facile, surtout quand la personne à qui l’on s’adresse est un ministre-, africain. J’ajoute africain, et peut-être ajouterai-je également djiboutien, pour préciser et attirer l’attention sur la différence entre les ministres d‘ailleurs, de ces pays où la démocratie n’est pas qu’un mot, vidé de toute existence concrète, et où le dialogue entre le petit peuple et les dirigeants est encore un moyen pour dépasser les divergences et consolider les liens sociaux, et ceux de notre continent. En Europe, tout s’écrit et l’épistolaire a un impact réel sur la bonne santé des démocraties. Mais chez nous en Afrique et de surcroît, dans ce petit pays dans lequel nous vivons, les choses se passent autrement. C’est pourquoi j’ai longtemps hésité à vous écrire, consulter les oracles et les horoscopes pour saisir le moment opportun pour vous interpellez. Je ne me doute pas de votre capacité à voir ni celle de comprendre l’état actuel des choses. J’ai foi en vous en tant que personne humaine et si les informations que j’ai de vous et de votre formation universitaire de juriste sont vraies, mon affection et mon estime pour vous ne peuvent naturellement qu’accroitre. Mais j’ai tout de meme des réticences quant à la bonne réception de ma lettre. Le gouvernement auquel vous appartenez, novice dans le domaine de l’échange et du débat d’idées, a peut-être sacrifié, comme il l’a fait d’ailleurs avec les bonnes âmes qui vous ont précéder dans la fonction, tout désir de bon sens et toute clairvoyance. Mais pardonnez ma sottise et excusez mon jugement, ou mieux mon préjugé. En vous reprochant ce que la populace vous reproche, je heurte peut-être votre sensibilité et sape votre dignité de « ministre ». Je m’abstiens donc de tout jugement précipité. Je n’aimerai pas ramer dans les profondes rives de la médisance et de la calomnie et ma volonté de vous écrire est justement ce qui m’empêche à ce stade de la réflexion de vous faire un quelconque reproche. Certains amis m’ont dissuadé de l’exercice, mais je suis terriblement têtue et j’aime toujours être mon propre motif de pensée et d’action. L’être humain est influençable certes …… mais le djiboutien a tout à gagner dans la résistance. Je ne vous parle pas de l’injustice ordinaire que nous subissons si naturellement ou du système de corruption installé depuis, longtemps, au palais de justice, ni des arrestations arbitraires que la police nationale mène à l’encontre de ceux qui font encore usage de leurs bouches, mais des arrestations à finalité politique des membres de l’opposition djiboutienne. Ces derniers temps, des membres du MRD se font arrêter et la jeune génération dont je fais partie, super active sur les réseaux sociaux, suit régulièrement les informations concernant ces tristes arrestations. Quel est le motif de ces arrestations ? Pourquoi ces personnes qui campent toutes et avec les conditions difficiles que nous connaissons à Gabode sont inculpées ? S’assister entre Nous, faire preuve d’humanité les uns envers les autres est-il devenu un crime ? Situez l’action patriotique au-delà des valeurs du tribalisme et du favoritisme est-il un crime ?  Nous ne pouvons plus nous indigner en retrait, exprimer notre révolte dans le tréfonds de nos cœurs déchirés ; le temps est venu pour vous transmettre notre doléance : donnez-nous ce que nous attendons de vous, de la justice. Pourquoi êtes-vous si indifférent à leur injustice ? Si vous, chargé de la garantie de la justice et de l’instauration de l’état de droit, êtes cyniquement indifférent à leur malheur et à leur misère, quelle autre autorité pourrait se charger de l’apaisement de leur désespoir ? Pourquoi vous murez-vous dans ce silence si silencieux ? Avez-vous perdu toute conscience ? Qu’ont-ils faits de si grave pour mériter un tel sort ? Monsieur le ministre, au fond vous n’avez pas tort: fidèle aux principes qui vont ont fait élire à ce poste et à votre maitre de pensée, vous ne pouvez pas être contraire à vous-même. Si vous êtes nommé ministre, c’est aussi parce que vous avez contribué à la ruine nationale, à la destruction de la conscience collective et étant aujourd’hui ministre de la justice et chargé des droits de l’homme, vous êtes habilement choisi pour perpétuer la terreur et détruire ce qui reste encore de l’âme nationale. Mais ne vous pensez pas épargner des regards inquisiteurs des djiboutiens, qui vous scrutent doublement et cela pour la simple raison que vous êtes l’aorte de la démocratie. Vous comprendrez cher ministre que sans justice, aucune nation ne peut exister, que sans égalité aucune société ne peut durer et vous conviendrez avec moi que votre mission est plus ardue que celle de vos collègues. Vous devez désormais changer de veste : les intimidations et l’arbitraire ne peuvent plus servir de moyens pour changer les hommes. Si la liberté d’association est un droit dans la constitution, elle est cependant un délit dans la réalité. C’est meme parfois un crime : des personnes qui s’associent pour changer leur quotidien, délaissées par votre gouvernement mais soucieuses de leur bien-être devraient être encouragées et hissées en exemple. Elles devraient recevoir de votre évasif gouvernement une aide et devraient être accompagnées pour promouvoir le patriotisme et la solidarité. Mais comment pouvez-vous faire cela si vous êtes-vous meme en vérité le mal que vous combattez en apparence ? Officiellement ministre de la justice, n’êtes pas pour promouvoir l’injustice et faciliter la torture et le non droit que vous êtes choisi ? Comment pouvez-vous apprécier un geste patriotique et purement humaniste quand vous êtes un fervent défenseur du tribalisme institutionnel et un soutien clé à Monsieur Le président, auto-élu ? Vous demandez de servir la nation, de respecter les droits subjectifs, est peut être sans aucune importance. De là ou vous êtes, vous ne pouvez voir que peu de chose et le discernement est la dernière qualité que l’on peut objectivement vous reprocher. De là ou vous êtes, et avec le nombre de traitrises que vous avez connu, et le peu de liberté d’action que vous avez, vous ne pourrez pas avoir le courage d’apporter nouveauté et humanisme à votre gouvernement. De là ou vous êtes, vous n’avez plus la possibilité d’incarner les idéaux de démocratie et d’état de droit, que votre gouvernement sauvage et avide de reconnaissance massacre et viole à grands coups.  J’ai tardé dans ma lettre mon cher ministre, mais je ne saurais la terminer sans vous rappeler l’objet de mon indignation. Arrêtez à votre niveau la mascarade et l’injustice, arrêtez s’il vous plait, nous n’en pouvons plus, arrêtez pitié nous mourons lentement. Votre gouvernement nous a tout pris : le rêve, le désir de vie, la décence et vous rajoutez à cette détresse en nous enlevant le peu qui nous reste : la justice.