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COMMUNIQUE

DJIBOUTI : Lettre ouverte de la Diaspora Djiboutienne en Amérique du Nord et en Europe à John Kerry


Alwihda Info | Par Diaspora Djiboutienne en Amérique du Nord et en Europe - 2 Mai 2015 modifié le 2 Mai 2015 - 11:11

Nous voulons en 2016 un président choisi et élu par nos votes...


Monsieur le secrétaire d’état, notre organisation Diaspora Djiboutienne en Amerique du Nord / Europe (DANE) aimerait vous interpeller avant votre visite, le 5 Mai 2015, sur les violations des droits de l’homme et les manquements de libertés démocratiques dans la république de Djibouti. Trente-huit ans après l’accession de Djibouti à l’indépendance, notre pays continue de subir une gouvernance anti-démocratique contraire aux idéaux démocratiques promus par les Etats Unis d’Amérique à travers le monde, et plus particulièrement sur le continent africain. Qu’elle n’a pas été notre satisfaction d’entendre, lors des funérailles du président Mandela, le président des Etats Unis, Barack Obama prononcer des phrases inhabituelles sur l’hypocrisie de certains dirigeants Africains qui s’empressaient de condamner le régime de l’apartheid pour son manquement démocratique, mais dénier en revanche à leurs peuples cette même liberté dont ils se faisaient les champions en Afrique du Sud. Nous espérons que le discours prononcé, en décembre 2013, à Johannesburg, est en contraste avec ce passé tout le long duquel les complaisances politiques ont mis à l’abri les dictateurs africains, et qu’il signale le début d’un changement de cap de la politique étrangère américaine en matière des libertés démocratiques partout sur le continent africain. De fait, nous sommes aussi encouragés par les nombreuses prises de position ferme de votre administration qui ont pour effet de précipiter la fin des dictatures en Egypte, en Lybie, en Tunisie, ou encore au Burkina Faso. Et, nous savons très bien, hélas ! Que les chemins menant à une démocratie participative élargie à toutes les couches de la société sont jonchés d’obstacles immédiats. L’apprentissage démocratique est un processus long et ardu, comme nous pouvons le constater en Lybie et en Egypte ; évolutif et encourageant en Tunisie. Après des années de déni de liberté et de répression politique, le printemps arabe s’est invité à Djibouti avant que la répression policière ne vienne étouffer les manifestations spontanées qui ont éclos dans les rues de la capitale. Faut t- il rappeler que la dictature a tué cinq manifestants et blessé plusieurs dizaines d’autres un après-midi de 18 Février 2011, quand la foule est sortie dans la rue pour réclamer un peu de liberté démocratique. En voilà un pays qui partage certaines ressemblances troublantes avec la Corée du Nord quant à son mode de fonctionnement anti démocratique. Et en disant cela, nous n’exagérons pas. Référons-nous aux marqueurs démocratiques pour évaluer l’avancement de la démocratie à Djibouti. D’aucuns constateront : • Les partis de l’opposition sont confinés dans un espace politique toléré par le pouvoir. • Le parlement reste une chambre d’enregistrement qui prend directement ses ordres de la présidence. • Le pouvoir judiciaire, une institution fantoche aux ordres du pouvoir. • Les medias contrôlés : télévision, radio, presse écrite et internet sont le monopole exclusif du régime. • Les élections présidentielles et législatives : une succession de consultations dont les résultats sont prévisibles à l’avance avec des scores avoisinant les 90 % du suffrage. • Les libertés individuelles quasiment inexistantes. • L’internet : un espace surveillé par la police secrète qui traque les activités politiques de la diaspora et des activistes à l’intérieur du pays. Monsieur, le Secrétaire d’Etat, ce régime criminel va jusqu’à établir une liste nominative comprenant les noms d’activistes de la diaspora. Une fois arrivée à l’aéroport d’Ambouli, les agents du service secret conduisent dans une salle isolée les Djiboutiens de l’extérieur pour s’assurer que leur nom ne figure pas sur la liste. Et que dire de la relation confortable que la dictature djiboutienne entretient avec la dictature chinoise. Vous n’êtes pas sans savoir que le président Ismael Omar Guelleh envisage d’accorder à la Chine une base aéronavale au nord du pays, ce qui est contraire aux intérêts bien compris de la république de Djibouti qui, nous sommes sûrs, réside dans une alliance économico-militaire avec les pays occidentaux. Ajoutons à ce tableau la misère économique de la quasi- majorité du peuple Djiboutien, et ce malgré les loyers des bases militaires et les retombées financières de ces mêmes bases dans l’activité économique du pays. La gestion catastrophique du port résultant d’une série d’accords délibérément mal ficelés dans l’intention était de léser le trésor public djiboutien au bénéfice de la famille du président. La famille du président qui détournerait près de 40 % du produit intérieur brut du pays, selon certaines estimations économiques. Honorable secrétaire Kerry, le 5 mai prochain vous visiterez un pays au bord de l’explosion politique. Un pays dont les symptômes de la mal gouvernance ressemblent étonnamment à ceux du Yémen voisin : cécité politique, corruption, délabrement des institutions, jeunesse en désarroi, fléau du khat, faim et soif, et finalement refus du président de passer la main. Un pays qui souhaite voir ce président partir en 2016 comme il l’a promis dans des interviews au magazine Jeune Afrique en décembre 2011 et réitéré en avril 2014, mais dont les renoncements et les faux départs se précisent à chaque fois que les échéances approchent. Dernier renoncement qui se dessine ouvertement : l’interview de février 2015 avec ledit magazine. Honorable, Secrétaire Kerry, nous, membres de la diaspora et de l’intérieur, sommes exténués et fatigués de 38 années de pouvoir avec le même parti (RPP) à la tête duquel 2 hommes, seulement 2 hommes, un oncle et son neveu, se sont succédés à la tête du pays. Nous aimerions voir notre peuple choisir librement et démocratiquement son président et ses dirigeants. Nous voulons en 2016 un président choisi et élu par nos votes, et non un président subi et imposé de l’extérieur. Nous en avons assez qu’on nous prend pour des agneaux qu’on sacrifie sur l’autel des intérêts géopolitiques des puissances militaires. Salutations distinguées


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