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INTERVIEW

Denis Sassou N’Guesso sur Tv5monde : «Ntumi et les éléments de sa secte … répondront un jour devant la justice»


Alwihda Info | Par Claude Dinard Vimond - 26 Juin 2017 modifié le 26 Juin 2017 - 18:02

La chaîne de télévision française, TV5monde a diffusé samedi 24 et dimanche 25 juin 2017, un entretien réalisé avec le président de la République, Denis Sassou N’Guesso par la journaliste Denise Epoté. La situation dans le Pool, le dialogue avec l’opposition, la Libye et le climat, tout y est passé au crible. Voici le texte intégral de cette interview qui a été relayée par Les Dépêches de Brazzaville, dans son édition n° n° 2949 du lundi 26 juin 2017


Denis Sassou N'Guesso (photo d'archives)
Denis Sassou N'Guesso (photo d'archives)
Denise Epoté (DE) : Monsieur le président, il y a un an, au moment de votre investiture, vous avez promis de promouvoir la démocratie et maintenir la paix, un an plus tard les opposants sont privés de liberté et la crise sur le Pool a poussé sur les routes plusieurs milliers de Congolais. Diriez-vous que c’est un début de mandat difficile ?

Denis Sassou N’Guesso (DSN) : La paix, la démocratie et le développement sont des éléments permanents de mon action politique. Je voudrais faire un rappel parce que parfois les peuples ont la mémoire courte. Ce pays a connu dix années de violences, de 1990 à janvier 2000. Des violences qui ont commencé avec les grèves sauvages jusqu’à ce que cela culmine avec la guerre civile en 1997. Et, de 1997 à 2000 c’étaient des violences, des destructions de tout, des déchirements. Et alors, de 2000 à maintenant nous avons remis le pays sur les rails. Les Congolais et même les étrangers observateurs de bonne foi peuvent reconnaître que nous avons remis le pays sur la voie de la paix, de la démocratie et du développement. Seulement, lorsque les éléments qui s’étaient illustrés dans la période que je viens de décrire, Frédéric Bintsamou alias Pasteur Ntumi, lorsque ces éléments s’illustrent à nouveau par des violences, des destructions dans une partie du Pool, les autres départements du Congo sont en paix et les peuples vaquent à leurs occupations.

D.E : Justement, la région du Pool a été le ventre mou du Congo, puisque vous avez rappelé les différentes crises qui sont parties de cette région. Le fait que l’armée n’arrive pas à capturer le Pasteur Ntumi est un sacré revers. Est-ce que pour autant il faut le faire payer à la population qui est prise en otage ?

DSN : L’armée met tout en œuvre pour protéger la population et rechercher Ntumi ainsi que les éléments de sa secte qui sèment la terreur dans une partie du Pool. Mais ils répondront un jour devant la justice, sans aucun doute. Le gouvernement s’occupe des populations déplacées qui bénéficient aussi des aides de quelques associations.

L’opposition radicale … se met hors-jeu.

D.E : Monsieur le président, il y a la situation dans le Pool mais il y a également le climat politique qui reste tendu depuis votre réélection l’année dernière. Pour le médiateur que vous avez été dans de nombreuses crises africaines est-ce que le moment n’est pas venu de tendre la main à l’opposition congolaise pour trouver une sortie de crise ?

DSN : La situation n’est pas du tout tendue. Avec l’opposition dite radicale oui. Encore que la semaine dernière cette opposition a manifesté sur le boulevard Alfred Raoul avec ses principaux leaders. Mais pour le reste, dans quelques semaines il y aura des élections législatives et locales. En mars dernier il y a eu un dialogue ouvert à tous à Ouesso pour préparer les législatives et les locales. Une partie de l’opposition qu’on appelle radicale n’a pas voulu prendre part à ce débat démocratique qui préparait les élections. Elle se met hors-jeu.

D.E : Vous craignez que l’opposition congolaise boycotte les législatives ?

DSN : Je ne crains rien. Si l’opposition devait boycotter les législatives, ce serait en réalité pour son propre malheur.

D.E : Ce ne serait pas dommage pour la démocratie congolaise ?

DSN : Pas du tout. Il y a même un engouement terrible. Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de candidats aux législatives et aux locales dans tous les départements du pays y compris le département du Pool. Les districts du Pool participeront aux législatives, mais il y a une partie où sévissent Ntumi et sa secte. Nous vivons cela comme un petit caillou dans la chaussure. Il faut s’arrêter pour le sortir et se chausser de nouveau.

D.E : Pour ces législatives, monsieur le président, on parle beaucoup d’un engouement auprès des jeunes. En est-il de même pour les femmes ?

DSN : La Constitution a ouvert un espace de liberté et de démocratie pas seulement aux jeunes et aux femmes mais aussi aux personnes vivant avec handicap, aux sages et aux notables dans le pays. La Constitution donne plus d’ouverture de paix totale, elle a aboli la peine de mort. C’est donc un espace très ouvert de liberté. Et il est normal que les jeunes se lancent dans la politique.

Le climat, la Libye et les migrants

D.E : A la COP 22, monsieur le président, vous avez lancé une initiative en faveur de l’environnement. Au mois de mars s’est tenue ici, au Congo, une réunion qui a abouti à la création d’un Fonds bleu pour préserver le Bassin du Congo. Comment ce programme va-t-il s’inscrire dans l’économie bleue définie par la Commission économique d’Afrique ?

DSN : Le Bassin du Congo, c’est le grand fleuve Congo, le deuxième du monde et ses affluents. On a de l’eau partout et la forêt. On pense que c’est un espace de développement économique, de production d’énergie, d’irrigation pour l’agriculture et la pisciculture… C’est un espace de développement important pour les douze pays membres du Bassin du Congo qui s’inscrit en bonne place dans les objectifs du développement durable.

D.E : Un mot de politique africaine. Le président libyen a disparu il y a six ans. On a vu que la Libye s’était enfoncée dans la crise, qu’elle s’enlise d’ailleurs. L’implication récente de l’Union Africaine pour trouver une sortie de crise est-elle une chance enfin pour ce pays ?

DSN : Nous le pensons, les Libyens aussi. En notre qualité de président du haut comité de l’Union africaine sur cette question nous sommes en contact permanent avec toutes les parties en conflit : leaders politiques, militaires, chefs de tribus etc. Tous font confiance à cette initiative de l’Union africaine. Dernièrement les ministres des Affaires étrangères se sont rendus en Libye en mission d’information et de consultation.

D.E : On a l’impression que ces médiations marquent le pas

DSN : Non. Nous pensons que c’est l’Union africaine avec les autres : Union européenne , Monde arabe, Ligue arabe, Nations unies… Il reste une certaine concertation, une coordination pour qu’il n’y ait pas de perte d’énergie. Si nous nous concertons et assurons une coordination nous pensons que les Libyens sont prêts à aller vers des réunions de réconciliation et de refondation de l’Etat en s’appuyant sur cet accord de décembre 2015.

D.E : Une des conséquences de cette crise libyenne, est la crise migratoire sans précédent qu’elle a provoquée avec les conséquences dramatiques que l’on sait puisque des milliers de jeunes africains meurent sur les bords de la Méditerranée. Est-ce que ce n’est pas la preuve d’un échec collectif de tous les dirigeants africains de voir cette jeunesse africaine qui préfère mourir que de rester sur son continent ?

DSN : Nous avons notre autocritique à faire parce que nous avons la responsabilité de gérer les pays, d’amener le progrès, le développement, la paix et la stabilité. Mais il faut aussi dire que cette question a des racines un peu plus lointaines liées au fait que l’Afrique a été quand même dominée longtemps. Aujourd’hui les partenaires extérieurs n’ont pas considéré les problèmes de développement de l’Afrique comme il se devait. Nous pensons que c’est une question africaine. Nous avons une grande responsabilité. Il faudrait que l’Union africaine tienne un réel sommet autour de cette question.

D.E : Mais il y a eu plusieurs sommets sur la jeunesse africaine. Les solutions tardent à venir parce qu’on ne les voit pas.

DSN : Il n’y a pas eu seulement des sommets sur la jeunesse africaine. Et puis, les solutions tardent à venir mais elles viendront parce qu’il y a une prise de conscience sérieuse. Il y a aussi le fait que ceux qui ont dominé l’Afrique pendant des siècles ne l’ont pas aidée à créer les conditions d’un réel développement pour que les jeunes africains restent en Afrique et n’aillent pas en aventure comme nous le constatons en Méditerranée. En ce moment, l’Union africaine devrait demander à la communauté internationale un réel débat.

D.E : Est-ce que l’on ne peut pas penser à des solutions purement africaines ?

DSN : Les solutions purement africaines existent. Mais l’Afrique ne pourrait pas aborder cette question et arriver aux solutions toute seule. Nous pensons qu’il y a d’abord la prise de position africaine avant d’amener la communauté internationale à accompagner l’Afrique dans cette question de développement du continent pour que la jeunesse africaine reste en Afrique. Les chances ne manquent pas.