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AFRIQUE

Djibouti : Alwihda s’est entretenu avec Kadamy, leader du FRUD, opposition armée


Alwihda Info | Par Alwihda Info - 7 Juin 2010 modifié le 7 Juin 2010 - 07:08

Crée en Août 1991 à BALHO, petit village au Nord Ouest de la République de Djibouti sous sa forme actuelle. Le FRUD est issu de 3 mouvements fruits des luttes populaires multiformes. Ce mouvement s’est assigné comme objectif la création d’un véritable Etat national et d’une authentique démocratie, ainsi que la justice sociale et l’égalité entre les citoyens.


Le lader du FRUD (Front pour la Restauration de l’Unité et la Démocratie), le principal mouvement politico-militaires djiboutien
Le lader du FRUD (Front pour la Restauration de l’Unité et la Démocratie), le principal mouvement politico-militaires djiboutien
Crée en Août 1991 à BALHO, petit village au Nord Ouest de la République de Djibouti sous sa forme actuelle. Le FRUD est issu de 3 mouvements fruits des luttes populaires multiformes. Ce mouvement s’est assigné comme objectif la création d’un véritable Etat national et d’une authentique démocratie, ainsi que la justice sociale et l’égalité entre les citoyens.

La lutte menée par le Front pour la Restauration de l’Unité et la Démocratie dans les montagnes des MABLAS et MOUSSA ALI contre la dictature à Djibouti participe à l’émancipation des peuples d’Afriques. C’est en ce sens que le FRUD s’inscrit dans une démarche panafricaine.

Les différents conflits en Afrique se sont construits sur l’échec économique et la déliquescence de l’Etat. Face aux échecs de tentatives démocratiques, la lutte armée a pu apparaitre comme la véritable alternative politique. Autrement dit la dictature ouvre la voie à l’insurrection.

1- Alwihda Actualité: Monsieur Kadamy, vous dirigez depuis plusieurs années le Front pour la restauration de l'unité et la démocratie, le FRUD, un mouvement armé dont l'objectif est de lutter contre le pouvoir en place à Djibouti. Aujourd’hui, le Président djiboutien s’apprête en 2011 à se faire élire pour un troisième mandat après avoir fait modifier l’article 23 de la Constitution qui stipule que le Président est élu pour six ans au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire à deux tours. Il n'est rééligible qu'une seule fois. Quelle est la position de votre mouvement ?

Cette décision qui n’est pas pour étonner, est humainement scandaleuse dans la mesure où elle va pérenniser la misère de la grande majorité de la population, politiquement irresponsable en fermant définitivement la porte à toute alternance par les urnes du vivant d’Ismael Guelleh, totalement illégale au regard du propre corpus juridique du régime, est porteuse d’une révolte massive, comme la nuée porte l’orage.

L’opposition au 3ème mandat est très forte au sein de toute la population, y compris au sein des soutiens traditionnels du pouvoir, Le PND d’Aden Robleh Awaleh, membre de la coalition UMP (Union pour la Majorité Présidentielle) a refusé son soutien à la révision constitutionnelle relative à la levée de la limitation du mandat présidentiel. Lié à cette conjoncture, l’homme d’affaire Aboulrahman Boreh qui a été un homme clé sur le plan économique (la construction des infrastructures) en introduisant les investisseurs de pays de Golfe, a été évincé par le fait de prince ou de « princesse ». Tous ses biens ont été confisqués ; ses proches parents ont été pris comme cibles (arrestations arbitraires, tortures, assassinats …).

Les forces de l’ordre (Armée, gendarmerie, et police), qui constituent le bouclier du régime jusqu’aujourd’hui, sont traversées par des crises profondes, l’armée n’est pas très motivée pour combattre le FRUD. L’exécution du chef d’Etat major de la gendarmerie, le colonel Ali Bogoreh le 12 mai 2010, probablement par les éléments du régime, toujours liée aux péripéties du 3ème mandat, suscite de sérieux remous au sein de cette corporation.

Le FRUD, qui avait déjà dénoncé l’éventualité d’une présidence à vie de Guelleh, dans sa déclaration de Bruxelles (26 juin 2009), condamne avec force cette fuite en avant d’un président illégitime adoubé par un parlement coopté et non moins illégitime, qui risque de mettre le pays dans une situation chaotique.

Nous, nous élevons contre l’escalade de la répression dans le Nord et le sud ouest, où de mesures de tortures, d’expulsions et de bannissements qui ont touchés 300 citoyens de SIYARU, HILU, et MARGOÏTA en février et avril 2010,et contre les arrestations et les assassinats des femmes innocentes dans la capitale.

2- Alwihda actualité : M. Ismail Omar Guelleh estime que son parti le Rassemblement Populaire pour le Progrès est le parti de l'avenir et le pionnier de la mutation qualitative et par conséquent, il doit briguer un troisième mandat pour continuer la mission de réforme. Que pensez- vous de cette attitude ?

Kadamy : Une petite explication s’impose pour comprendre le système politique qui dure depuis 33 ans à Djibouti. Qualifiée d’ethnocratie par Philippe DECREANE, la République de Djibouti suit le même processus politique que la somalie de Ziad Barré. C’est un système clanique, qui a évolué vers un caporalisme lignager, c’est un régime quasi dynastique dans la mesure où le président actuel a succédé à son oncle Hassan Gouled qui n’avait pas d’enfant. Ce processus est une machine à exclusion dont le noyau s’est rétréci comme une peau de chagrin au couple présidentiel autour duquel gravitent les surgeons du lignage du président et les proches parents de son épouse. Le RPP, qui est resté un parti unique de fait n’a plus aucun rôle depuis la présidence de Guelleh, est devenu l’appendice du pouvoir du couple présidentiel.

3- Alwihda Actualité: L’année dernière et précisément en Août, une recrudescence des combats entre vos combattants et les forces gouvernementales a été constatée. Comment arrivez-vous à armer vos combattants? Y a t-il un pays tiers qui vous apporte un soutien militaire et financier?


Kadamy : Le FRUD a pu conserver sa structure politico militaire, grâce à la détermination des combattants, des cadres et des certains dirigeants qui sont restés fidèles à la ligne politique de ce mouvement, en dépit des dissidences, des traités de paix qui n’ont jamais abouti. Il a pu ainsi conserver ses armes tout en renouvelant son stock. N’oublions pas que cette partie d’Afrique est surnommée de zone de 100 millions de Kalachnikov. (qui constituent dans certains coins reculés seuls outils de la modernité).

Mais l’arme la plus redoutable reste la volonté de résister, qui crée finalement d’une manière ou d’une autre les moyens de résistance. Nous comptons principalement sur nos propres forces.

4– Alwihda Actualité: Selon votre communiqué du fin août, vos combattants ont fait face à l'armée nationale Djiboutienne appuyée par deux hélicoptères de combats durant six heures. La résistance de vos combattants, si l'on en croit le communiqué, atteste que vous êtes soutenus militairement par un pays étranger. Que dites-vous des accusations selon lesquelles l'Erythrée vous apporterait un soutien militaire?

Kadamy : Les recrudescences des combats entre nos combattants et les forces gouvernementales, sont d’abord le fait du pouvoir. La résistance de nos combattants face à l’A.N.D* appuyés par des hélicoptères, prouve tout simplement que le FRUD est bien organisé et les combattants assez aguerris et que l’Armée n’est pas très motivée. Les combattants du Front pour la Restauration de l’Unité et la Démocratie viennent de repousser une nouvelle attaque des éléments de l’armée renforcés par des mercenaires somalis (formés par la communauté internationale pour combattre à Mogadiscio), du côté de Moussa Ali, le 19 mai 2010, au moment même où le Président djiboutien pérorait au Conseil de Sécurité sur les bienfaits de la paix dans la région, et traitait les combattants pour la démocratie de bandes de malfaiteurs infiltrés par l’Erythrée.

L’accusation selon laquelle l’Erythrée apporte un soutien au FRUD ne résiste à aucune analyse sérieuse des faits, pour la simple raison que le FRUD serait au palais de HARAMOUS* s’il recevait une quelconque aide d’un pays, parce que notre organisation bénéficie du soutien et de la sympathie de l’ensemble de la population.

5–A A: Qu’elles sont les relations entre le FRUD et le reste de l’opposition ?

KADAMY : Nous essayons de tirer les leçons d’un certain nombre de changements qui ont lieu en Afrique ces 20 dernières années. Le FRUD essaie de construire une alternative crédible, et prépare l’après dictature pour mettre fin à la spirale de l’instabilité, avec les forces politiques et sociales représentatives. Le FRUD qui ne prétend pas à un rôle d’avant-garde propose une synthèse entre les luttes armées triomphantes en Afrique de l’est et les conférences nationales chères aux ouest africains.

Nous refusons aussi bien la formule de la 3ème force que celle du mouvement d’avant-garde.

C’est cette conception qui lui permet, la recherche effrénée d’une entente entre les forces démocratiques.

Des discussions sont aujourd’hui avancées et une plateforme politique va voir le jour dans les mois suivants.

6- Alwihda actualité: Quelle relation entretient le FRUD avec la Diaspora Djiboutienne qui représente une forte présence dans les grandes métropoles d'Europe et d'Outre Atlantique

KADAMY : Les premières vagues d’émigration ont été consécutives au début de la guerre civile (1991), et se sont en majorité installées en Ethiopie. Ensuite, beaucoup sont partis en Europe et en Amérique du Nord. Le FRUD entretient des relations privilégiés avec une partie importante de la diaspora, d’autres partis de l’opposition ont aussi des relais parmi les Djiboutiens installés à l’extérieur.

7– Alwihda actualité: Jusque quand votre mouvement et les forces gouvernementales continueront à s'affronter à un moment où le pays a besoin d’une stabilité pour s’attaquer au développement ?


L’alternance par les urnes est cadenassée, les partis légalisés sont paralysés, les syndicats sont interdits, les violations des droits humains sont quotidiennes, dans ces conditions la résistance est un impératif catégorique. Ce régime qui va fêter ses 33 ans le mois prochain, est la principale source d’instabilité, son armée qui ratisse régulièrement les régions du nord et du Sud ouest est un facteur d’instabilité. Ses dirigeants qui sont dans une incapacité quasi-congénitale d’amender, de réformer leur système, de démocratiser le pays, d’instaurer une paix durable, ne peuvent pas s’éterniser plus longtemps.

8- A A: Pourquoi ne privilégiez-vous pas le dialogue avec le président djiboutien?


Kadamy– Le FRUD a toujours privilégié le dialogue avec le pouvoir mais cela n’a pas abouti, d’ailleurs un des apports important du FRUD, à la pratique de la lutte armée, est le paradigme de règlement pacifique de conflit.
La quête permanente du FRUD de la recherche de la paix est même apparue à des observateurs comme, un certain angélisme et peut être comme une faiblesse par le pouvoir

Mais le règlement pacifique du conflit est vraiment la marque de fabrique de notre mouvement, intégré à nos pratiques de base, ce principe a été d’abord appliqué au sein du FRUD. Ce qui a évité des affrontements violents à l’intérieur de cette organisation en dépit des défections et des dissidences.

Les deux accords de paix signés avec le régime se sont révélés être un cautère sur une jambe de bois.

Le dernier accord signé en 2001 avec le regretté Ahmed Dini a été piétiné comme un bout de papier par Ismael Omar Guelleh, incapable d’honorer la moindre de ses engagements. Comme disent les berbères, une mouche ne produit pas le miel.

9- Alwihda Acrualité – Pourquoi ne sollicitez vous pas la médiation de la France pour une solution pacifique à Djibouti ?

La France s’est engagée dans les années 1992, comme médiatrice, et n’a pas pu infléchir l’intransigeance du pouvoir, à cause justement du Président actuel, qui était alors Chef de Cabinet de la Présidence et Chef de la Sécurité.

Son interposition a sauvé cependant le régime de la déroute militaire. Il est temps que les pays africains s’impliquent d’avantage dans le règlement pacifique du conflit à Djibouti pour favoriser une transition démocratique et pour empêcher que cette situation ne se transforme en scénario à la somalienne.

10- Alwihda actualité: Comment expliquez-vous aux lecteurs l'existence de deux FRUD? Un mouvement armé que vous dirigez et un autre FRUD légalisé en parti politique dirigé par Mr. Ali Mohamed Daoud?

Le FRUD, qui a d’abord agrégé plusieurs mouvements et a même…pu fédérer autour de lui d’autres forces politiques, a permis d’ouvrir un espace démocratique. Dans une phase de reflux, qui a débuté en 1994, une tendance dissidente s’est alliée avec le régime avec armes et bagages, en emportant y compris le nom du FRUD, pour créer la confusion. Cette tendance n’a fait que conforter la dictature, en devenant un alibi pour le pouvoir qui s’est radicalisé. Elle vient surtout de signer son arrêt de mort, en soutenant le 3ème mandat de Guelleh, qui a entrainé le départ de 70% de ses militants. Alors même nous assistons au renforcement spectaculaire, à la renaissance du FRUD dit armé, pour le distinguer du FRUD désarmé politiquement

11– Alwihda Actualité: La piraterie maritime a connu ces dernières années une recrudescence dans la Mer Rouge, le Golfe d'Aden et l'Océan Indien. Près de cinq cents navires ont subi depuis 2008 les assauts des pirates qui sévissent au large des côtes somaliennes. L'ampleur du phénomène a précipité la tenue de la conférence de Djibouti sur les actes de piraterie au mois de janvier 2009. Quel regard porte votre mouvement sur cette situation sachant qu'on accuse maintenant la nébuleuse organisation AlQaida de s'être mêlée à la guerre en Somalie?


- La Somalie vit une situation dramatique depuis 1991, jamais une population n’a été à ce point martyrisée.

L’Etat a implosé, laissant place à des multiples groupes armés. Les pays Africains, ses élites, ses démocrates, ses penseurs doivent méditer l’exemple Somali, qui est révélateur de la crise de l’Etat en Afrique Subsaharienne. Ce qui est arrivé dans ce pays peut arriver dans n’importe quel autre pays africain.

Le chaos somalien ne pouvait pas ne pas affecter ses côtes.

Les Somalis ont inventé une forme nouvelle de piraterie qu’ils assimilent à un exercice de souveraineté sur leurs mers territoriales, et parfois au-delà, la notion des frontières étant assez floues dans leur esprit des nomades.

Les pirateries sont devenues de commerces juteux auxquels participent presque tous les acteurs de la société somalienne, y compris, les groupes censés lutter contre ce fléau et qui sont soutenus par la Communauté Internationale. D’où les difficultés de cette dernière à y mettre fin.

Notre mouvement condamne les actes de piraterie qui mettent en danger le commerce international. Mais tant que la Situation en Somalie ne sera pas stabilisée (ce qui est loin d’être le cas avec le Président Cheik Charif Cheik Ahmed qui ne contrôle qu’une seule rue de Mogadiscio, mais soutenu par l’ensemble des pays de la communauté internationale), beaucoup de groupes y compris les plus extrémistes, ou encore certains Etats profiteront de ce chaos.

Paradoxalement, cette insécurité des côtes somaliennes a braqué les projecteurs sur la République de Djibouti, qui contrairement au mythe de stabilité véhiculé par quelques griots modernes dont Jeune Afrique, commence à inquiéter les puissances occidentales, les systèmes des Nations Unies, ont estimé dans leur rapport de février 2010 que 50% des territoires Djiboutiens étaient dans une situation d’insécurité.

Les derniers évènements survenus entre le 11 et le 14 mai : assassinat du chef d’Etat Major de la gendarmerie, et de plusieurs femmes dans la capitale, ne sont pas pour rassurer.

12– A A - Quel message adressez vous au Président Djiboutien, à partir de la Tribune d’Al Wihda Actualité ?


Kadamy : Nous disons au Président Djiboutien de tirer sa révérence, il a une chance historique de se retirer, et peut être de négocier sa sortie, car il peu craindre, à juste titre des poursuites pénales pour de nombreux crimes et massacres dont il est accusé.

L’exemple somalien doit l’inciter, à ne pas emprunter le même chemin.

Nous lançons un appel pressant aux forces militaires et de police Djiboutiennes dont la majorité végètent dans la misère, de ne pas servir de chair à canon au couple présidentiel, qui a déjà aménagé .des hôtels particuliers en Europe pour s’exiler dès les premières difficultés, de s’abstenir de toutes les opérations contre les civils et contre les résistant du Front pour la Restauration de l’Unité et la Démocratie.

Nous mettons en garde les militaires et les policiers contre les exactions des civils qui constituent des crimes de guerre, qui ne resteront jamais impunis, aussi bien les exécutants que les commanditaires auront à répondre de leurs actes ignobles contre les populations civiles.

Notre message s’adresse aussi à tous ceux qui aspirent au changement dans notre pays dans ses différentes composantes et catégories sociales, y compris au sein du régime qu’ils ont une opportunité historique de tourner la page de ce pouvoir qui dure depuis 33 ans, en empêchant le Président de briguer un troisième mandat.


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