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COMMUNIQUE

Djibouti : Bilan sommaire d’une crise politique postélectorale de 21 mois


Alwihda Info | Par Farah Abdillahi Miguil, président de l'ODDH - 25 Novembre 2014 modifié le 25 Novembre 2014 - 08:12

L'Observatoire Djiboutien pour la promotion de la Démocratie et des droits Humains (ODDH) recommande au pouvoir de se conformer aux normes internationales ratifiées par Djibouti, aux dispositions constitutionnelles relatives à la protection des citoyens, au respect des libertés fondamentales, à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi qu’à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.


Djibouti : Bilan sommaire d’une crise politique postélectorale de 21 mois
Plus de 21 mois que le pouvoir fait tout pour étouffer la contestation populaire initiée par la coalition de l’opposition, l’USN (Union pour le Salut National). Une contestation sans précédant suite aux élections législatives du 22 février 2013. Plus de 21 mois de répressions, d’intimidations, d’arrestations, d’emprisonnements, de gardes à vue illégales, de placements abusifs en mandat de dépôt, d’harcèlements, d’arbitraires et de tortures pour beaucoup d’opposants, des militants de l’opposition, des défenseurs des droits ainsi que des simples citoyens. Plus de 21 mois d’attente de la publication des résultats définitifs bureau par bureau du vote du scrutin législatif du vendredi 22 février 2013 par le peuple de Djibouti et la Communauté Internationale (voir la Résolution du Parlement Européen sur la situation à Djibouti en juillet 2013). Une 1ère dans l’histoire de la République ! Du jamais vu même sous les heures sombres de la colonisation. Après plus de 21 mois de crise politique et une répression multiforme avec des violations multiples des droits humains sans cesse dénoncer par l’ODDH (arrestations et détentions illégales, séquestrations et tortures, condamnations et retraits de nationalité, interdictions de voyager et confiscations de passeports à des opposants, des défenseurs des droits humains, …) un état de non-droit s'accentue et se banalise au fil du temps, au détriment des règles de la justice et de la constitution du pays. Le dialogue politique toujours dans l’impasse. Après deux (2) tentatives avortées la 3ème tentative du dialogue politique initié au plus haut sommet de l’État, le 25 juillet 2014, semble avoir échoué. Cependant, le silence prolongé du pouvoir et de l’opposition (opposition) sème le doute. I. Leaders politiques, responsables syndicaux, défenseurs des droits humains, simples citoyens … se sont vus confisqués de leurs passeports et ainsi interdits de voyager Ces mesures restrictives (confiscations des passeports, refoulement de l’aéroport, …) ne reposent ni sur aucune justification légale ni sur une décision de justice. Elles ont été appliquées en violation des normes internationales et des dispositions constitutionnelles. Une violation de l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et de l’article 12 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples. Les personnes actuellement concernées par ces mesures illégales et injustes, sont : Ø Guirreh Meidal Guelleh, l’un des 3 leaders et cheiks de l’USN (Union pour le Salut National), libéré le 25 août 2014 après avoir purgé 18 mois de prison. Il est aussi un des membres fondateurs du MODEL, l’un des partis affilié à la coalition de l’opposition l’USN. Ø Adan Mohamed Abdou, Secrétaire General de l’UDT (Union Djiboutienne du Travail), licencié en septembre 1995 lors de la grande purge syndicale mais aussi vice-président de l’ARD, parti affilié à la coalition de l’opposition l’USN et membre du Haut Conseil de l’USN. Ø Djama Amareh Meidal, avocat au barreau de Djibouti et membre du Haut Conseil de l’USN. Ø Farah Abdillahi Miguil, président de l’Observatoire Djiboutienne pour la promotion de la Démocratie et des Droits Humains (ODDH), Secrétaire General du SYNESED (Syndicat des professeurs des Collèges et des Lycées), révoqué arbitrairement et illégalement depuis une année avec plus de 63 enseignants dont la plupart sont des professeurs. Ø Cheik Osman Hassan Mahamoud, l’ex Mufti de Djibouti a été interdit de quitter le territoire national le 13 septembre 2014 Ø Hamoud Souldan, ancien ministre des Affaires Musulmanes et du Waqfs. Ø Hassan Igueh Ofleh, un commerçant sans étiquète politique. II. Durant ces de ces 21 mois de répression multiforme le corps enseignant a payé un lourd tribut A. Décès en prison de Mahamoud E. Rayaleh, professeur de français Le décès en cours de détention de Mr Mahamoud Elmi Rayaleh, professeur de français au Lycée public de Balbala et citoyen engagé, dans la nuit du 28 au 29 août 2013, interpelle la conscience de tous les citoyens Djiboutiens. Sa dépouille avait été enlevée de la morgue de l’hôpital General Peltier et mise sous terre au cimetière de PK12 à la hâte par des employés de la Voirie de Djibouti sous la surveillance de la Police sans la présence d’aucun membre de sa famille et de ses amis. L’ODDH a exigé et réclame toujours la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur les circonstances du décès. B. Révocation de 63 enseignants La décision de révocation de 63 enseignants dont la plupart sont des professeurs, tous fonctionnaires, est effective en violation de toutes les procédures administratives et du statut général des fonctionnaires depuis avril et mai 2014. Leur seul crime reste leur engagement sociétal et syndical, de défenseurs des droits humains et une suspicion de proximité à tort ou à raison de l’opposition. Parmi les enseignants révoqués figurent : · Abdillahi Adaweh Mireh, un des membres fondateurs et porte-parole du collectif « Sauvons l’Éducation Nationale » · Farah Abdillahi Miguil, un des membres fondateurs du Collectif « Sauvons l’Éducation Nationale », syndicaliste et Président de l’ODDH · Youssouf Moussa Abdi, un des membres fondateurs du Collectif « Sauvons l’Éducation Nationale » · Omar Ismail Omar, un des membres fondateurs du Collectif « Sauvons l’Éducation Nationale » III. 3 cheiks et leaders de l’USN condamnés arbitrairement à 18 mois de prison C’était le 25 février 2013 qu’Abdourahman Barkat God, Abdourahman Souleiman Bachir et Guirreh Meidal Guelleh ont été arrêtés ensuite placés en mandat de dépôt avant d’être condamnés arbitrairement et injustement à des peines lourdes (2 ans de prison avec 18 mois fermes et 5 ans de privation de droits civiques). Ils ont été libérés le 25 août 2014 après avoir purgé 18 mois de prison Leur seul véritable crime reste leur engagement contre l’instrumentalisation de la pauvreté, l’exploitation du tribalisme, l’instauration de la délinquance comme vertu cardinale de la république, la démission de la magistrature, … Et pourtant être condamné pour son engagement politique constitue une violation de l’article 25 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par la république de Djibouti. IV. Destitution de la nationalité et extradition en secret vers la Somaliland d’un citoyen djiboutien Mohamed Daher Robleh, travailleur indépendant, a été arrêté puis détenu au secret pendant une semaine dans les locaux de la SDS (Police politique) en juillet 2013. Durant sa détention, il a été victime de tortures, d’humiliations et de mauvais traitements. Le 02 septembre 2013, il a été déchu de sa nationalité djiboutienne par un Décret présidentiel. C’est le mercredi 12 février 2014 vers 14h30 qu’il a été arrêté à son domicile à nouveau par la Police sans mandat. Durant plus de 72h il a été détenu à la brigade criminelle de la Police et le 15 février 2014 vers 15h30 qu’il a été extradé en catimini vers la frontière de la Somaliland. V. Tirs à balles réelles à la citée Arhiba le 13 mai 2014 Le mardi 13 mai 2014, un policier en l’occurrence le garde du corps du Ministre de l’Intérieur a tiré à balles réelles et à bout portant sur deux (2) personnes. Kako Houmed Kako, membre de l’ARD, jeune militant de l’USN, a été grièvement blessé et touché au thorax. VI. Des morts suspects suite à l’attentat du 24 mai 2014 C’est durant cette période de crise postélectorale qu’a eu lieu l’attentat du 24 mai 2014 sur le restaurant-café La Chaumière revendiqué par Al Shaabab. Dans le cadre de l’enquête sur cet attentat des dizaines voire des centaines des personnes ont été arrêtées et ont été détenues illégalement dans les commissariats de police, dans les brigades de la gendarmerie, … en violation des dispositions constitutionnelles relatives à la protection des citoyens, au respect des libertés fondamentales, à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi qu’à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Aujourd’hui, nous ignorons les personnes qui seraient en mandat de dépôt à la prison centrale de Gabode. D’autre part, parmi les personnes arrêtées dans cette enquête deux (2) seraient mortes dans des circonstances obscures et non élucidées. L’ODDH attend toujours la mise en place d’une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur les circonstances exactes de ces disparussions. VII. 21 mois d’harcèlements, d’arrestations et de détentions arbitraires et surtout de remise en cause de la liberté de circulation pour les responsables de l’opposition A multi-reprises des responsables de l’opposition se sont vus refoulés de l’aéroport et ont été empêchés de quitter le territoire national avec souvent confiscation des passeports. Une violation de l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme mais aussi de l’article 12 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples. Parmi les responsables de l’USN, Daher Ahmed Farah, porte-parole de l’USN, est la victime avérée de l’arbitraire et de l’abus. Depuis son retour à Djibouti et après 10 ans d’exil en Belgique en janvier 2013 Daher Ahmed Farah dit DAF a été arrêté et interpellé une vingtaine de fois d’une manière arbitraire et brutale. Le summum de l’illégalité a été atteint le 10 juin 2014 lorsque le tribunal de Djibouti a relaxé DAF et qu’il n’a pas pu quitter la prison de Gabode où il est resté détenu arbitrairement jusqu’au 21 juin 2014. Il a fallu un second relaxe du tribunal afin qu’il puisse être libre à nouveau. L’ODDH recommande au pouvoir de se conformer aux normes internationales ratifiées par Djibouti, aux dispositions constitutionnelles relatives à la protection des citoyens, au respect des libertés fondamentales, à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi qu’à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. L’ODDH appelle au pouvoir public une fois encore : A la libération sans conditions de tous les prisonniers politiques, à la cessation des poursuites et des harcèlements aux citoyens et aux rétablissements à ces derniers de leurs droits bafoués, A l’aboutissement d’un dialogue politique sincère et franc, A la mise en place des reformes démocratiques pour poser les jalons d’un véritable État de droit.` L’ODDH appelle à la Communauté Internationale et à tous les citoyens Djiboutiens à œuvrer en faveur d'une société démocratique et pacifique, dans laquelle les droits humains seront respectés. Agir pour la démocratie, la dignité et la justice. Le Président de l’ODDH Farah Abdillahi Miguil


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