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POINT DE VUE

Djibouti: "Waayaha", une émission politique médiocre


Alwihda Info | Par Mohamed Qayaad - 17 Septembre 2014 modifié le 17 Septembre 2014 - 16:14


Djibouti: "Waayaha", une émission politique médiocre.

Ce déferlement de la médiocrité aura-t-il pour résultat final d'encourager la résistance à l'oppression et au régime?
Résistance à l'apologie de l’avilissement et de la marchandisation de l'être humain.
Les deux ministres (Ilyas Moussa Dawaleh et Djama Elmi Okieh) n’ont pas lésiné sur les moyens d’intimidations. Ils sont le soutien d'un tyran, et rien ne dit qu'ils l'aiment. Ils interrogent, dans leur prestation,le djiboutien lamda qu'il considère non pas comme un objet déterminé mais comme un mystère qui est devenu une charge inutile à leurs yeux.
Sans cette efficience politique du symbole, le spectacle risque de n’être plus qu’un jeu illusoire. Afin de masquer l’absence de résultats d’une politique, les «ministres manipulateurs » sont, effet, amenés à se livrer à une frénésie de communications mensongères.
On mélange allègrement fiction et fond de vérité avec "Waayaha", où les ministres doivent faire croire à leur entourage qu'ils vont mettre leur solidité «servitude volontaire» au Sultan IOG, à l'épreuve.
Dans leur show télévisé, dont le contenu a effectivement peut-être été jugé trop inconsistant pour être convaincant, où tout était mis en scène, où l’allégresse enjouée des rencontres et de la vie conduisent à la prédétermination du Sultan IOG pour créer l’événement, le drame, comme dans l’infernal huis clos sartrien (" l’enfer, c’est les autres "! ) ; dans cette évidence umpiste du déshonneur, c’est l’illusion de leur humanité qui semble s’effondrer. Leur piètre prestation à convaincre de la culpabilité des sympathisants usnistes a tranché avec leur promesse « de se battre » aux prochaines élections.
Mais leur plaidoirie ne serait-elle pas de la lâcheté déguisée en sainteté?
Mais qui veut de cette vérité-là ? Qui peut décemment l’accepter?
Ce n’est pas une nécessité vitale qui les (IMD et DEO) pousse, mais il est possible l’appât du gain ou plutôt le besoin de reconnaissance.
La gloire : être reconnu par le plus grand nombre, Aujourd’hui la réussite se mesure à la capacité de faire parler de soi.
Quoi que l'on en dise, il me semble que c'est une infinie détresse qui les pousse dans l'œil de la société spectacle, dans le fol espoir d'enfin exister. Faute de pouvoir être, le paraître fait bien l'affaire !
Les totalitarismes ont pu bâtir des cohésions fortes autour d'idéologies et de sentiments nationaux ; les intégrismes ont obtenu le même résultat sur la base de l'intolérance religieuse et du sentiment intransigeant de posséder la vérité. Eh bien, ces deux “ministres manipulateurs” font la même chose avec un peu de zèle, un peu de gens crédules, et pas mal de stupidité.
Il est frappant de constater de quelle manière leur mensonge sert de support au régime liberticide djiboutien : tout d'abord, en abolissant le passé de telle sorte qu'occulté, déformé, travesti, il n'éveille pas la conscience des individus et ne permette ni nostalgie, ni révolte. Le contrôle du présent doit venir compléter la maîtrise du passé dans la logique des régimes totalitaires. Ainsi, IMD et DEO, au service du système, n'hésitent pas à tromper leurs semblables afin de garantir la stabilité politique et sociale nécessaire à une domination totale.
Qui avait donc dit un jour que Djibouti est, je les cite “Djibouti est sur la voie de la légalité et de la réconciliation nationale”.” Il pourrait donner des leçons à beaucoup d’autres pays… ”Est-ce un coup de propagande de bas niveau pour déformer la réalité? Avaient-ils l’intime conviction de ce qu’ils disaient? Etaient-ils persuadés sans être pour cela convaincus? Voulaient-ils donner un corps à leur cause et non des mots à leur discours? Etaient-ils possédés par le démon? Etaient-ils hantés par une haine qui les a rendu fou? Je ne le sais pas. Autant de questions auxquelles il faudra répondre.
Négocier des accords est une chose, les appliquer en est une autre.
Nous nous trouvons en somme devant un double cas de cécité hystérique, analogue à celle dont est frappée Hélène ( du roman de Flournoy ) dans la transe, et qui fait disparaître les assistants à sa vue, chacun des deux partenaires méconnaissant.
Mensonge! Mensonge! Mensonge qui ne sera donc qu'un outil de leur fuite en avant.Leur mensonge apparaît donc comme une solution, comme un moyen de conserver leur intégrité et leur identité.
Ne deviennent-il pas créateur de fausses vérités qui tendent au néant, à l'endroit où le langage ne permet même plus de dénoncer les excès du pouvoir.
Je les ai trouvé à la fois terrifiants et pitoyables, à l’instar du Himmler décrit par Malaparte dans Kaputt!
Ils ne se vendent pas seulement, ils se réfutent! Ce fut dit,répété,négligé. On savait, on en riait à l’occasion, ou montrant les autres du doigt, les ignobles! On s’en offusquait bruyamment. Les mépriser? Non bien sûr. Jamais!
Que pouvons-nous espérer quand la liberté que l'on nous propose sonne le glas de notre espérance, sinon qu'enfin nous comprenions, comme l'a si bien dit Montaigne en un temps où la vanité des hommes s'affirmait dans le refus de leurs différences, que la vraie liberté est de pouvoir toute chose sur soi-même.
Le comble de la vanité est de se mépriser soi-même. .
L'histoire de l'humanité est l'histoire de la force et de la loi du plus fort.
L'allégeance à la puissance a toujours été le maître mot de tous ceux qui veulent réussir.
Il faudra que l’on se souvienne, dans les mois à venir, comment la misère humaine conduisit à sa perte totale de toute dignité et de tout sentiment humain. Comment l’absence de toute valeur que l’homme attachait à sa propre existence entraîna une identification de celle-ci avec les attributs officiels de la citoyenneté économique. Comment l’ignorance du moindre contenu transcendant de leur être poussa IMD et DEO à se projeter totalement dans une dimension vide de l’existence, où ils n’apparaissaient plus que dans un rôle adapté à la pérennisation de la vacuité culturelle et spirituelle.
Les deux “ministres manipulateurs” mobilisent deux dispositifs: la transparence totalitaire et la servitude volontaire.
La «transparence totalitaire» a été génialement préfigurée dans le roman de Georges Orwell «1984 » avant que d'être érigée en système de contrôle social absolu des actes et des pensées de tous et de chacun, par les grands totalitarisme du XXe siècle: elle consiste non seulement en une surveillance permanente des faits et gestes de chacun, mais en procédures de pénétration dans l’intimité même de la conscience – afin de débusquer et de prévenir tout germe de dissidence ou de critique, et au fond la liberté d’éprouver et de penser par soi-même. « La double pensée est le pouvoir de garder à l'esprit simultanément deux croyances contradictoires et de les accepter toutes deux. » (p. 303); « elle est un vaste système de duperie mentale. » (p. 305).
Enfin, cet ingrédient serait sans force sans l'intervention, cette fois personnelle, de la «servitude volontaire» décrite dès le XVIe siècle par l'ami de Montaigne, Étienne- De La Boétie. Il désigne par cette expression le consentement apparemment «libre» au pouvoir en place, et qui aboutit à lui confier corps et âme, l'entière disposition de soi-même moyennant quelques compensations flatteuses. Cet accord de soumission est au service d'une obéissance durable et sans failles, faute de quoi elle ne serait que contrainte haïssable ou calculatrice et provisoire, et le pouvoir réduit à la condition de «tigre en papier».
Le régime dictatorial djiboutien se sert donc bien d’Ilyas et Djama comme personnages falsificateurs, afin de démasquer les citoyens insoumis et séditieux : à ce titre, ils deviennent des personnages fantomatiques et négatifs, simple jouet du gouvernement.
IMD et DEO sont une belle illustration des errances vers lesquelles peut conduire la recherche débridée du profit. Quand la course à l'argent est la référence qui détermine les choix et les actions, que reste-t-il de l'homme?

Mohamed Qayaad