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POINT DE VUE

Elections présidentielles à Djibouti: La France a choisi son candidat


Alwihda Info | Par Laurent Le Bloa - 16 Mars 2016 modifié le 16 Mars 2016 - 12:45

Quelques semaines avant les élections présidentielles à Djibouti, la France qui était restée jusqu'ici neutre, semble avoir pris parti pour le président Ismael Omar Guelleh comme l'indique la visite que lui a rendu le Chef d'Etat-Major des Armées Françaises, le Général Pierre de Villers


La France conservait jusqu'à présent une attitude neutre dans les affaires djiboutiennes, gardant ses distances avec le Président Ismael Omar Guelleh (IOG) qui se représente pour un quatrième mandat. A quelque semaines des élections présidentielles en République de Djibouti, la France semble avoir fait son choix comme l'indique la visite de deux jours en République de Djibouti qu'a effectuée le Chef d'Etat-Major des Armées Françaises, le Général Pierre de Villers.
Le fait que c'est le Chef d'Etat-Major des Armées Françaises qui ait rendu visite le 9 mars au Président de la République de Djibouti est un acte éminemment politique. Au regard du contexte et des circonstances, c'est encore plus évident.
Cette visite a lieu alors qu'en juillet 2015 le Ministre de la Défense français Le Drian était venu pour annoncer une nouvelle réduction du contingent présent à Djibouti de 1900 à 1300 hommes. Ce n'est un secret pour personne que les relations franco-djiboutiennes ne sont pas au beau fixe depuis plusieurs années. Le président IOG reprochant à la France, non sans raison, son manque de soutien diplomatique et aussi militaire (notamment dans l'affaire du conflit frontalier avec l'Erythrée). Depuis Djibouti a changé peu à peu sa politique étrangère, trouvant des partenaires plus compréhensifs parmi les pays de la Ligue Arabe.

La France a également perdu sa place de partenaire économique exclusif. Le marché djiboutien est désormais ouvert à de nombreux partenaires (Chine, Japon, pays de la Ligue Arabe...). La France n'est plus non plus l'unique partenaire militaire. Le Président IOG a favorisé l'installation permanente ou ponctuelle d'autres forces armées: Les Forces Armées Américaines, les Forces Aériennes Japonaise... La Chine a entrepris de construire à Djibouti des infrastructures portuaires pour sa Marine, ainsi que deux nouveaux aéroports qui n'en doutons pas, permettront d'accueillir des Forces Aériennes supplémentaires, chinoises ou autres. L'Arabie Saoudite serait actuellement désireuse d'établir une base à Djibouti.

Le plus remarquable ait que cette visite intervient un mois avant les élections présidentielles à Djibouti et après les incidents sanglant du 21 décembre 2015 entre la Police Djiboutienne et l'opposition djiboutienne. Paris avait adopté un profil bas, laissant la police djiboutienne arrêter les opposants à leur sortie de l'hôpital militaire français où ils étaient venus se faire soigner.

La signification diplomatique de cette visite devient claire: La France jusqu'ici attentiste prend ses distances avec l'opposition djiboutienne, convaincue que le président IOG sera réélu. En aucun cas elle ne prendra pas en compte les réclamations ou la contestation des résultats des élections par l'opposition. Les Forces Armées Françaises France ne peuvent pas se permettre un nouveau théâtre d'action: La déstabilisation de Djibouti provoquerait l'irruption dans le pays des questions de sécurité qui agitent l'Afrique de l'Est. La France veut à tout prix éviter d'être prise au piège des accords de défense qui la lie à Djibouti tandis que l'Etat Islamique a fait son apparition dans la Corne de l'Afrique et que la menace shebab se rapproche de Djibouti.

Ce revirement de dernière minute ne ramènera pas pour autant Djibouti dans le giron français et la France ne retrouvera pas la place qu'elle occupait autrefois. Dans cette brouille diplomatique le pays a gagné son émancipation de l'ancien colonisateur et le pouvoir de décider par lui-même. Cependant l'attitude de la France ne sera pas sans conséquence pour la sécurité de la région.