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AFRIQUE

Et si le Sénégal avait administré la Gambie… « wolofophone » ?


- 30 Mars 2014 modifié le 30 Mars 2014 - 10:07


Et si le Sénégal avait administré la Gambie… « wolofophone » ?
« Vladimir Poutine signe le décret rattachant la Crimée à son pays : Bons baisers de Russie… » : tel est le titre du commentaire de Mamadou Oumar Ndiaye paru dans notre dernière édition. Un commentaire où notre dirpub a pris fait et cause pour Vladimir Poutine, le président russe, qui a rattaché son pays à la Crimée russophone. Cette nuit-là, nous étions en plein bouclage lorsque j’ai lu en diagonale le dit commentaire dans le serveur de la rédaction c’est-à-dire la banque des articles à publier. Au pas de charge, je me suis dirigé vers le bureau de M.O.N. pour manifester mon désaccord par rapport à sa position pro-russe d’autant que cette « invasion » de la Crimée nous renvoie à une jungle internationale où les pays les plus faibles subissent toujours la loi des plus forts. Et parmi les plus forts, la Russie des armes nucléaires en est assurément un ! Très puissant de surcroît.
 
Au départ de cette affaire de rattachement de la Crimée à la Russie », j’avais avancé plusieurs thèses pour tenter de matérialiser ce que je qualifiais de loi du plus fort au point d’en vouloir à la ligne « pro-russe » de Mamadou Oumar Ndiaye. J’avais notamment rappelé à mon dirpub l’invasion du Koweït par l’Irak du défunt dictateur Saddam Hussein qui voulait en faire la 19ème province de son pays. Face à la puissance militaire de Saddam Hussein, l’Emir et sa famille s’étaient réfugiés en Arabie Saoudite pour livrer leur pays à un gouvernement provisoire pro-irakien. Naturellement, l’invasion du richissime Etat pétrolier koweitien avait produit l’effet d’une bombe au niveau international. Comme si le monde venait de s’effondrer ! Jugeant ce précédent dangereux pour la paix mondiale et la stabilité internationale, les Etats Unis à l’époque dirigés par le président Bush Père prirent la tête d’une vaste coalition militaire internationale pour chasser les troupes irakiennes dans le cadre de l’opération « Tempête du Désert ». En quatre jours, les troupes irakiennes étaient chassées du Koweït. Cette intervention visant à secourir un Etat en situation de détresse comme le Koweït ne pouvait-elle pas être rééditée pour sauver la Crimée ?
 
L’Argentine, un pays plus « sportif » ou « agricole » que militaire et qui voulait exercer sa souveraineté sur les Iles Malouines situées au large de ses côtes, n’avait-elle pas connu le même sort que l’Irak ? En effet, elle avait été chassée militairement de ces iles par l’Angleterre sous les applaudissements diplomatiques des Usa et de l’Onu. Encore, encore… nous nous sommes dit que, pas plus tard que l’année dernière, les soldats français avaient malmené et chassé une armée de « thiayas » et de « chameaux » mais aussi de 4x4 composée d’islamistes et de djihadistes arabes et touaregs ayant occupé le nord du Mali. L’intervention militaire française était tellement rapide et efficace qu’elle ressemblait à une simple « rafle internationale » contre des barbus pour délit de vagabondage armé dans le désert malien. Des opérations de ce genre où des puissances militaires du monde ont chassé et pourchassé des envahisseurs, il y a en beaucoup ! À l’analyse, on s’était dit que les « opérations libératrices » où les gendarmes du monde vadrouillent pour restaurer l’Etat de droit ou l’Etat démocratique, c’était le malheur des pays faibles ou des Etats voyous. Et ces pays faibles-là, assurément, la Corée du Nord, la Syrie ou la Russie de Vladimir Poutine, n’en font pas partie !
 
En bien ! En lisant et relisant le fond de l’article de notre dirpub Mamadou Oumar Ndiaye dès la parution, nous nous sommes résolus à battre notre coulpe, histoire de lui donner raison comme quoi Vladimir Poutine serait bel et bien dans son droit de rattacher la Crimée à son pays. Et ce, pour plusieurs raisons compte tenu des mêmes scénarios géopolitiques que nous avons vécus dans le passé au niveau de la sous-région, précisément en Guinée-Bissau et en Gambie. Pour mieux camper le débat, il est bon de rappeler que l’ancien président ukrainien, M. Viktor Ianoukovitch, a été chassé du pouvoir alors qu’il était « légitimement » élu. Et ce même si certains ne manqueront pas de faire valoir que Ianoukovitch a été déboulonné par la rue où s’est exprimé ce même peuple qui l’a élu. Qu’importe. L’essentiel, c’est que l'ancien président ukrainien a été contraint à fuir son pays ! Une pilule très amère que Vladimir Poutine a eu du mal à avaler du fait que le président ukrainien fugitif était trop proche de Moscou. Y avait-il des accords de défense liant la Russie à l’Ukraine ? Nous ne saurions le dire. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’en 1981, lorsque le Sénégal intervenait militairement en Gambie pour rétablir l’alors président Diawara au pouvoir, il l’avait fait en vertu d’accords de défense liant les deux pays. Pour ce faire, notre armée avait déclenché l’opération Fodé Kaba II en Gambie. Pour rétablir l’autorité du président gambien Daouda Kairaba Diawara, victime d’un putsch alors qu’il était en visite en Grande-Bretagne, l’armée sénégalaise avait pénétré en Gambie pour chasser les rebelles de Kukoï Samba Sanyang, soutenus par la Libye, du pouvoir. Après avoir rétabli la situation, le Sénégal était allé plus loin en instaurant une confédération avec la Gambie « wolofophone ». Le but ? Construire un État sénégambien. Hélas, après avoir mis en place des institutions confédérales ainsi qu’un embryon d’armée sénégambienne, le président Abdou Diouf avait reculé par la suite et fini par dissoudre la confédération. Gravissime erreur puisque, à l’évidence, la Gambie est plus sénégalaise que la Crimée n’est russe. En effet, la Gambie est nichée au cœur de notre pays, pour ne pas dire qu’elle est un « Etat » dans l’Etat du Sénégal. Comme le disent vulgairement certains, elle constitue un suppositoire dans le derrière de notre pays ! Et si l’ancien président Abdou Diouf avait pris un décret historique rattachant la Gambie au Sénégal, ni la Russie encore moins l’Angleterre ou la Chine à l’appétit « taïwanais », n’aurait crié au scandale ! Et en 1998, une situation similaire s’est répétée en Guinée-Bissau suite à une mutinerie sanglante orchestrée par l’ancien chef d’état-major des armées bissau-guinéennes, le général Ansoumane Mané. Très proche du Mouvement des Forces démocratiques de Casamance (Mfdc) qu’il soutenait en armes et en munitions, le général Ansoumane Mané, d’ethnie diola, voulait profiter de cette rébellion pour destituer le président Nino Vieira démocratiquement élu et pro-sénégalais. Imaginez-vous un « rebelle » du Mfdc à la tête de la Guinée-Bissau, un pays considéré comme étant la principale base arrière du Mfdc… C’est un peu la même chose en Ukraine où des forces hostiles à Moscou ont pris le pouvoir dans un pays situé à ses frontières. Un pays, qui plus est, où vivent de nombreux citoyens russes ainsi que des populations russophones, sans compter que la flotte russe s’y trouve basée à Sébastopol.

Et si le Sénégal avait administré la Gambie… « wolofophone » ?
Par conséquent, pour les mêmes raisons politiques mais aussi de sécurité qui avaient obligé le Sénégal à intervenir militairement en Guinée-Bissau pour faire échouer le général Ansoumane Mané et ses souteneurs du Mdfc, la Russie a fait main basse sur la Crimée.
 
Certes, comparaison n’est pas raison ! Mais il est aussi raisonnable de dire que le rattachement de la Crimée à la Russie est justifié. Après avoir critiqué mon dirpub pour sa position dans cette dernière crise, je suis bien obligé de me rallier à ses vues à la lumière du précédent sénégalo-gambien de 1981 et de l’intervention de l’armée sénégalaise en Gambie !
 
N.B : (voir encadrés : point de vue du colonel (er) Abel Ngom, commandant des troupes sénégalaises en Gambie-1981 et du Colonel (er) Ousmane Ndoye, commandant du bataillon sénégalais au Zaïre-1978)
 
Pape NDIAYE
Article paru dans « Le Témoin » N° 1158 –Hebdomadaire Sénégalais (Mars 2014)



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