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AFRIQUE

Génocide des musulmans : Les Anti-Balaka aspirent au pouvoir pour fuire la justice


- 18 Mai 2014 modifié le 18 Mai 2014 - 22:16

Le mouvement veut s’imposer dans la nouvelle configuration politique du pays afin de se soustraire aux poursuites judiciaires.


AA / Bangui / Thierry Brésillon

Génocide des musulmans : Les Anti-Balaka aspirent au pouvoir pour fuire la justice
Anadolu Agency. Les milices chrétiennes Anti-Balaka s’invitent dans un nouveau jeu politique, qui oscille entre une volonté de paix, de pouvoir et de soustraction aux poursuites judiciaires, bouleversant ainsi le dessein géo-politico-stratégique de la Centrafrique.  
 
La récente Assemblée générale du mouvement anti-balaka, datant de jeudi, s’était conclue par la désignation d’un nouveau coordonateur général, Sebastien Wenezoui et par la multiplication des messages de soutien au gouvernement de transition et par des appels à la réconciliation.  
 
Un revirement de situation spectaculaire quand on connait les violences et massacres perpétrés à l’encontre des musulmans, qu’ont livrés les membres de ces milices durant plusieurs mois.
 
Les cadres politiques et les chefs militaires, en tenue de convenance, tentent à présent de balayer d’un revers de main le souvenir encore cuisant de scènes macabres, où des jeunes chrétiens armés de machettes et d’armes à feu improbables, ornés de grigris, jurent de tuer jusqu’au dernier des musulmans.
 
Ils veulent faire effacer des mémoires ces images de jeunes milices se pavanant dans les rues de la capitale Bangui, brandissant fièrement un bras ou une jambe fraîchement découpé sur les corps des musulmans qu’ils venaient de lyncher.
 
Cette entreprise de reconquête de respectabilité répond en réalité aux impératifs d’une nouvelle phase politique à laquelle la Centrafrique a décidé de participer.
 
En dépit des virulentes critiques qui lui ont été adressées pour son manque d’efficacité, le pouvoir de transition se renforce peu à peu, notamment grâce au soutien international dont il bénéficie de la part des Nations Unies, de l’Union africaine et de la France.
 
La Présidente Catherine Samba-Panza a ainsi repris la main en annonçant, le 6 mai, un prochain remaniement ministériel pour former un gouvernement plus représentatif des différentes régions du pays et des forces politiques en présence.
 
Pour le mouvement anti-balaka, le ton est donné : il faut discipliner ses éléments, se structurer, se doter de dirigeants présentables pour être admis à la table des négociations politiques, ou bien disparaître par la petite porte pour éviter les poursuites judiciaires que les institutions nationales en cours de reconstruction et les instances internationales ne tarderont plus à engager.
 
Il n y a pas d’autres choix, surtout depuis que le Conseil de sécurité des Nations unies a inscrit, le 9 mai, sur une liste des sanctions, les principaux commanditaires des anti-balakas, notamment l’ancien président François Bozizé, chassé du pouvoir en mars 2013, et Levy Yakité, un des principaux recruteurs. Patrice Ngaisona, qui se revendique comme le coordonateur général des anti-balakas est poursuivi pour sa part, par la justice centrafricaine.
 
Lors de l’Assemblée générale de jeudi, le ministre de la Jeunesse et des sports Leopold Bara, censé représenter les anti-Balaka au sein du gouvernement, a reconnu la réalitédes rapports de force sur le terrain  « Si Bozizé tentait de reprendre le pouvoir, la Seleka ne manquerait pas de réagir. Face à elle, les forces anti-balakas ne feraient pas le poids», avait-il avoué.
 
 «  Les anti-balakas sont nés d’une insurrection populaire contre l’oppression de la Seleka. Avec l’aide des FACA [Forces armées centrafricaines, ndlr], et avec l’aide de Dieu, les civils ont chassé la Seleka, libéré le peuple, obtenu le départ de Djotodia et le retour à l’ordre constitutionnel, il est temps d’envisager un autre avenir pour le mouvement » s’était exclamé pour sa part, le porte-parole des anti-balakas de Yaloke, de la tendance du CPLC (Comité de libération du peuple centrafricain, favorable à Patrice Ngaisona), Raymond Manga-Lah.
 
Avant de plaider : « Les anti-balakas se sont soulevés pour dire non à l’invasion musulmane et étrangère. A présent, il est l’heure de nous atteler au développement. Nous devons aider madame la Présidente et le gouvernement de la transition. Les anti-balakas de Yaloke se reconvertissent en combattants patriotes du développement ».
 
Une partie des civils venus gonfler les rangs des anti-balakas, ont désormais repris leurs activités habituelles, à savoir la recherche de l’or ou les travaux agricoles. Un relatif retourà la normale qui s’explique par l’abandon de l’activité du pillage et du racket sur les axes routiers, à présent déserts.
 
Dans le même temps, d’autres espèrent percevoir les dividendes de leur combat et victoire politique « certains désœuvrés se réclament des anti-balakas dans l’espoir de bénéficier des mesures de réinsertion sociale », explique Sebastien Wenezoui, le nouveau coordinateur national.
 
Cette masse de jeunes constitue d’ailleurs une bonne base pour des politiques tentés de leur faire miroiter des avantages économiques afin d’appuyer leurs ambitions. Au risque de voir les espoirs déçus se retourner contre eux.
 
En dépit de son aura acquise dans la violence, le mouvement anti-balaka reste fragile.
 
Il est avant tout marqué par ses origines : un mouvement né plus ou moins spontanément de groupes villageois. Il se caractérise aussi par une division entre deux mouvances qui recoupent en partie un découpage régional et ethnique, entre une « aile sud-ouest » qui semble prendre l’avantage actuellement en affichant sa modération, et une « aile nord », réputée proche de François Bozizé et de l’ethnie Gbaya.
 
 Dans cette période où la politique prime sur l’action militaire, le clivage entre les combattants d’hier et les ambitieux qui espèrent utiliser les anti-balakas pour se placer dans la course au pouvoir pourrait bien affaiblir encore le mouvement.
 
 Sa force en revanche, réside dans le soutien populaire dont il bénéficie. En installant dans l’esprit d’ une grande partie de la population non-musulmane que le retour à la paix passe par le départ des musulmans, considérés comme inféodés aux intérêts étrangers, et comme les principaux fauteurs de troubles, les anti-balakas ont remporté une victoire qui marquera durablement le jeu politique centrafricain. 


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