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REPORTAGE

Guerre Tchad-Libye : Le sort du pilote qui refusa de transporter les bombes de Kadhafi


Alwihda Info | Par - 13 Février 2017 modifié le 13 Février 2017 - 14:30

Après quelques missions au Tchad, le pilote est devenu curieux de savoir ce qu'il transportait. Il a voulu jeter un coup d'oeil et a ouvert une caisse qui n'était pas fermée, "il y avait des armes".


Un c-130 de l'armée de l'air libyenne. Crédit photo : Sources
Un c-130 de l'armée de l'air libyenne. Crédit photo : Sources
Lorsque John Anthony Stubbs, pilote civil britannique, signait son contrat à Londres en 1981 pour piloter des avions de transport dans le désert libyen, il s'attendait à un salaire confortable de 48 000 $ par an et une belle aventure.

Il a toutefois découvert que les avions de transport C-130 qu'il pilotait étaient la bouée de sauvetage de l'armée de l'air libyenne dans la guerre de la Libye avec le Tchad voisin, transportant des bombes et du carburant ainsi que des soldats.

Après avoir refusé une mission de vol vers un aérodrome contesté au Tchad, M. Stubbs a été déporté par le gouvernement de la Libye. Il a ensuite été libéré par son employeur, une société suisse contrôlée par Edwin P. Wilson, un ancien agent de renseignement américain qui fut un fugitif vivant en Libye. Selon M. Stubbs, la compagnie de M. Wilson ne lui avait pas versé de salaire en représailles et l'avait averti de ne pas divulguer des renseignements sur ses expériences en Libye.

Des mercenaires Américains, anglais, palestiniens, russes contre le Tchad

M. Stubbs a travaillé en Libye un peu moins de trois mois, mais il a ramené beaucoup de souvenirs et beaucoup d'informations de valeur potentielle pour les responsables de la justice et du renseignement. Peu de temps après son retour à Londres, il raconta son histoire à une branche secrète de Scotland Yard (police britannique).

Par la suite, M. Stubbs est contacté par M. Wilson, son ancien employeur qui l'avait de nouveau mis en garde sur d'éventuelles révélations d'informations. Néanmoins, il décida de venir aux États-Unis pour raconter son histoire.

Le pilote va fournir une description de première main de certaines activités en Libye, notamment en préparation contre le Tchad. Il a également donné un aperçu utile de la force et de la capacité de combat de la Force aérienne libyenne, qui était assistée par du matériel et du personnel soviétique.

Violation de l'espace aérien tchadien

Le pilote affirme que lui et ses autres compagnons pilotes civils avaient "en fait" été utilisés comme officiers de l'armée de l'air libyenne, à leur insu, pour nuire au Tchad.

"Nous, nous sommes occupés des MIG russes et bases aéroportés pour maintenir le front de guerre avec le Tchad", affirmait-il. ''Nous transportions du carburant principalement, et des bombes, et j'ai personnellement transporté des troupes (vers les territoires occupés, ndlr) au Tchad et ramené des combattants'', témoignait le pilote.

Mais M. Stubbs a déclaré que sa volonté d'aider l'effort de guerre libyen avait ses limites. En janvier 1981, il a rappelé que, lors d'un vol de nuit au dessus du désert libyen, son copilote libyen lui a dit qu'après le ravitaillement dans le désert, ils devaient voler en direction d'un aérodrome contrôlé par la Libye à N'Djamena, capitale di Tchad, à 1500 kilomètres au sud de Tripoli, la capitale libyenne.

'' L'après-midi avant ce vol'', a déclaré M. Stubbs, '' je parlais à un commandant pakistanais qui était descendu la veille à Ndjamena. Il a dit que la place sanglante est sous le feu, il y a des obus partout, les tchadiens bombardent."

"Je ne suis pas si embarrassé, mais je ne vais pas voler à Ndjamena et prendre le risque d'être bombardé du ciel au sol, merci!'', a poursuivi M. Stubbs.

Des missions d'infiltration et de sabotage au Tchad

Après avoir opposé son refus, le pilote a tout de même effectué quelques missions de transport sur un DC-3 pour son employeur. Ces missions consistaient à opérer des vols de nuit depuis la Libye, de s'approcher des pistes d'atterrissage au Tchad, en volant à basse altitude pour brouiller les radars et sans utiliser d'équipement de navigation.

Le pilote anglais n'a jamais su la destination de ces vols, a-t-il dit, mais a été guidé par un navigateur américain qui était assis dans le siège de droite en disant: «allez-vous à gauche», allez à droite ». "Le navigateur, s'appuyant sur sa montre pour la synchronisation, annonçait soudainement leur destination".

Tout était cordonné car à l'approche de la destination, les pilotes étaient guidés par des fusées éclairantes et des lumières.

Après quelques missions au Tchad, le pilote est devenu curieux de savoir ce qu'il transportait. Il a voulu jeter un coup d'oeil et a ouvert une caisse qui n'était pas fermée, "il y avait des armes".

Le pilote affirmait ne pas pouvoir identifier la loyauté des gens à qui, il livrait les armes qui ont été déchargés par "beaucoup de gens en uniforme de combat, mais sans aucune identification". A ce moment, le pilote a décidé de quitter la Libye.

Un croquis des forces en présence au Tchad, dans les archives déclassifiés de la CIA.
Un croquis des forces en présence au Tchad, dans les archives déclassifiés de la CIA.
Le régime de Kadhafi, prêt à faire couler le sang pour annexer le Tchad

Le pilote trouva une ruse pour rentrer, prétextant un problème de famille et des difficultés. A son retour en Angleterre, le pilote informa les autorités britanniques, évoqua les opérations de recrutements, livrant des informations sur l'armée de l'air libyenne, parlant de l'implication des Russes, des Palestiniens, des Américains et des Anglais auprès des libyens, du besoin désespéré des libyens de pièces de rechanges pour les avions et des tentatives de sabotages par des moyens clandestins.

Le pilote a bénéficié d'une protection et les britanniques avaient intensifié une enquête sur les actions libyennes. Il quitta sa maison dans un petit village au nord de Londres, dans le Suffolk pendant quelques années, et renonça à son rêve de faire parti de la Royal Air France pour les lignes aériennes civiles.



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