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INTERVIEW

Housseynatou Diallo : Diplômée et entrepreneuse, on se moquait d’elle car elle vendait du jus


Alwihda Info | Par Info Alwihda - 17 Octobre 2017 modifié le 17 Octobre 2017 - 18:36

« En business, quand tu ne sais pas partager, tu ne peux pas avancer », selon Housseynatou Diallo. La directrice générale de la Baaxu Mam Company, entrepreneuse impliquée dans la transformation en jus de produit brut issu de l’agriculture, a été distinguée parmi six lauréates par la Fondation Tony Elumelu, ce 16 octobre 2017, à Lagos au Nigeria, lors des activités de plénière.


La directrice générale de la Baaxu Mam Company Housseynatou Diallo. Alwihda Info
La directrice générale de la Baaxu Mam Company Housseynatou Diallo. Alwihda Info
La ressortissante sénégalaise a obtenue son attestation d’encouragement en présence d’Aliko Dangoté, de Tony Elumelu, du vice-président nigérian et d’éminentes personnalités. Elle a été encouragée à étendre sa petite entreprise en une grande usine de transformation de jus en Afrique.

Elle appelle les autres entrepreneurs à se battre perpétuellement pour trouver des solutions innovantes. Surtout, à travailler dure pour contribuer à l’expansion d’une entreprise et de réussir dans la vie.

La directrice générale de la Baaxu Mam Company Housseynatou Diallo a accordée une entretien à Alwihda Info en marge des travaux du forum de la Fondation Tony Elumelu.

Alwihda Info : comment fonctionne votre activité de transformation de produits ?

Housseynatou Diallo : Je transforme les fruits locaux du Sénégal en plusieurs produits. D’abord, je fais du jus et du brut. Pourquoi de jus et du brut ? Quand j’ai déposé mon projet à la fondation Tony Elumelu, l’ambition était de faire un centre de transformation de jus mais comme je n’ai pas des moyens et que les machines de transformation de jus coûtent chères, je me suis adapté.

Ainsi, je me demande ce que je dois faire pour éviter des dépenses inutiles et avancer ensuite. L’ambition ce n’est pas d’avoir seulement une entreprise mais c’est de créer des entreprises dans toute l’Afrique.

Comment avez-vous commencé cette activité entrepreneuriale ?

Housseynatou Diallo : J’ai commencé avec le jus de fruit que je vendais à mes amis. Je livrais moi-même. Les gens se moquaient de moi, on me disait "comment peut-tu avoir un master II et faire du jus ?". C’est incompréhensible pour eux.

Moi, je me comprends et je sais là où je vais aller. Il faut se battre parce que l’entrepreneuriat n’est pas une chose facile. Il faut tout le temps se battre pour trouver des solutions et ne pas écouter les gens parce qu’on est dans une société ou les africains sont complexés. Quand vous faites certaines choses, ils se moquent de vous.

J’ai commencé à commercialiser le jus dans un super marché qui s’est implanté récemment au Sénégal. En plus de ça, j’ai des abonnés mensuels à qui je livre à domicile. Dans un mois, je vais lancer un nouveau produit, le brut de fruit de baobabs et d’hibiscus.

Vos efforts semblent porter leurs fruits. Vous venez d'être distinguée au cours du forum de l'entrepreneuriat. Quelle sont vos impressions ?

Housseynatou Diallo : Quand on gagne un prix sur 2000 personnes, on ne peux qu’exprimer sa fierté, même si je me dis que je n’ai rien fait. C’est juste un bon début, il ne faut pas se prendre la tête ou bien être obnubilé par le prix, et penser qu’on a réalisé de grandes choses alors qu’on est au début et qu’on n’a pratiquement rien fait.

Quand on sera par exemple comme Dangoté ou bien qu’on aura la capacité d’employer 20 ou 25 personnes, à ce moment, je pourrait dire que j’y suis enfin arrivée. Mais je suis contente et reconnaissante pour ça.

Quel conseils pouvez-vous donner aux jeunes qui vont entreprendre et créer des emplois ? 

Housseynatou Diallo : Vous savez que l’entrepreneuriat comporte deux éléments essentiels : C’est de trouver des solutions tout le temps à chaque difficultés et de mettre la main à la pâte.

Il m’arrive d’aller à l’institut de recherche où je me rend à partir 17 heures. Je vais au local, je produis de jus jusqu’à 4 heures du matin. Ensuite, je dors sur un canapé, je me réveille, je me lave et je vais à l’école. Quand on n’est pas prêt à faire ça, on ne peut pas avancer. Il n’y a pas de secret, il suffit de se battre et de trouver des solutions.

Quelles obstacles avez-vous franchis ?

Je ne pouvais pas avoir des machines. J'ai planifié ce que je dois faire pour avoir des revenus en vue de me procurer ces machines. J’ai enfin trouvé des solutions qui me permettront d'avoir des machines de transformation de jus.

Toute la vie de l’entrepreneur, je pense, c’est de trouver perpétuellement des solutions et de se battre, de mettre la main à la pâte lorsque l'on n’a pas de quoi payer l’employé. C’est de travailler pour soi jusqu’à trouver de quoi payer un employé, mais en attendant de dormir sur un canapé, sur une natte ou sur un bureau. Ce n’est pas grave.

La directrice générale de la Baaxu Mam Compan Housseynatou Diallo, et le directeur de publication d'Alwihda Info, Djimet Wiche, à Lagos au Nigeria. Alwihda Info
La directrice générale de la Baaxu Mam Compan Housseynatou Diallo, et le directeur de publication d'Alwihda Info, Djimet Wiche, à Lagos au Nigeria. Alwihda Info
Avez-vous bénéficié d’un appui de vos parents pour vous lancer ?

Housseynatou Diallo : Je suis issue d’une famille modeste. Quand j’ai commencé, c’est mon père qui m’a prêté 250.000 Francs CFA. Je faisais du jus chez moi que j’allais livrer. C’est comme ça que j’ai postulé au programme de la Fondation Tony Elumelu et j’ai bénéficié d'un financement d'un montant de 5000 dollars.

J’ai reçu le premier capital entouré d’amis avec qui l'on s’est associés. L’un d’entre-eux a mis à notre disposition un local. Nous avons un local qui n’est pas grand mais on se débrouille avec ça. Mes amis avec qui l’on s’est mis ensemble sont également des entrepreneurs.

Le problème des africains, ils veulent avoir tout le bénéfice pour eux. En business, quand tu ne sais pas partager, tu ne peux pas avancer. Si je ne savais pas partager, je n’allais pas avoir ce local, ni des collaborateurs. On partage la peine et le bénéfice. C’est ça l’entrepreneuriat.

Que comptez-vous faire à l’avenir pour élargir votre entreprise ?

Housseynatou Diallo : Il y a plein de fruits en Guinée que je voudrais acheminer ici à Dakar pour les transformer en jus. Mais malheureusement, je n’ai aucun contact sur place.

Propos recueillis par Djimet Wiché. Lagos, Nigeria.