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RELIGIONS

L’histoire de la civilisation musulmane est intimement liée à l’histoire du pouvoir chez les arabes (suite1)


Alwihda Info | Par - 4 Juillet 2015 modifié le 4 Juillet 2015 - 08:52

En effet, le Prophète à rallié à sa cause toutes les tribus arabes grâce à son charisme mais sa mort transforme l’Arabie en poudrière car elle laisse une place à prendre d’autant qu’il n’a pas d’héritier mâle.


L’histoire de la civilisation musulmane est intimement liée à l’histoire du pouvoir chez les arabes (suite1)
Bien que la société arabe soit patriarcale et clanique, le pouvoir n’est pas toujours héréditaire, il revient à l’homme qui a le plus de charisme, de prestige, d’influence. À la lecture des généalogies, on constate que c’est parfois un cadet qui devient le chef de clan à la mort du père. Le pouvoir se mérite, ou se prend de force. L’équilibre politique est donc fragile et les gouvernements instables sont toujours contestés. Ce n’est pas l’Islam qui va résoudre ce problème, au contraire, il en fait une question métaphysique. En effet, le Prophète à rallié à sa cause toutes les tribus arabes grâce à son charisme mais sa mort transforme l’Arabie en poudrière car elle laisse une place à prendre d’autant qu’il n’a pas d’héritier mâle. La question de la légitimité du « calife » (le successeur du Prophète) va réveiller de vieux conflits claniques dans la tribu des Qorayshites qui vont se répercuter sur le destin de l’Islam et de sa Doctrine. Ennemis héréditaires depuis deux siecle, le clan des Harshim et celui des Abd-Shams se disputent la succession au Prophète. Trois des quatre premiers califes sont assassinés. Le clan Abd-Shams finit par l’emporter et fondé la dynastie Ommeyade à Damaś sur le modèle des royaumes arabes du Nord marqués par Byzance. Cet éloignement de la Mecque, capitale religieuse, marque la fin d’un projet de fusion totale entre le temporel et le spirituel. Nouveau départ pour ceux qui admirent la civilisation Ommeyade, cet évènement est une blessure inguérissable pour d’autres puisqu’il provoque le grand schisme la communauté musulmane entre les sunnites et les chi’ites. Cette dissension à de fortes conséquences doctrinales puisqu'elle va se marquer dans l’interprétation du Coran et la conception du rôle du Calife.
Aujourd’hui, en pleine crise politique et doctrinale, beaucoup de musulmans sont nostalgiques de l’époque des quatre premiers califes parce qu’elle a précédé le schisme. L’islamisme en particulier idéalise la communauté musulmane des débuts pour en faire un quasi « programme politique »  

L’histoire de la civilisation musulmane est intimement liée à l’histoire du pouvoir chez les arabes. Bien que la société arabe soit patriarcale et clanique, le pouvoir n’est pas toujours héréditaire, il revient à l’homme qui a le plus de charisme, de prestige, d’influence. À la lecture des généalogies, on constate que c’est parfois un cadet qui devient le chef de clan à la mort du père. Le pouvoir se mérite, ou se prend de force. L’équilibre politique est donc fragile et les gouvernements instables sont toujours contestés. Ce n’est pas l’Islam qui va résoudre ce problème, au contraire, il en fait une question métaphysique. En effet, le Prophète à rallié à sa cause toutes les tribus arabe grâce à son charisme mais sa mort transforme l’Arabie en poudrière car elle laisse une place à prendre d’autant qu’il n’a pas d’héritier mâle. La question de la légitimité du « calife » (le successeur du Prophète) va réveiller de vieux conflits claniques dans la tribu des Qorayshites qui vont se répercuter sur le destin de l’Islam et de sa. Doctrine. Ennemis héréditaires depuis deux siècle, le clan des Harshim et celui des Abd-Shams se disputent la succession au Prophète. Trois des quatre premiers califes sont assassinés. Le clan Abd-Shams finit par l’emporter et fondé la dynastie Ommeyade à Damaś sur le modèle des royaumes arabe du Nord marques par Byzance. Cet éloignement de la Mecqu, capitale religieuse, marque la fin d’un projet de fusion totale entre le temporel et le spirituel. Nouveau départ pour ceux qui admirent la civilisation Ommeyade, cet évènement est une blessure inguérissable pour d’autres puisqu’il provoque le grand schisme la communauté musulmane entre les sunnites et les chi’ites. Cette dissension à de fortes conséquences doctrinales puisqu'elle va se marquer dans l’interprétation du Coran et la conception du rôle du. Calife.
Aujourd’hui, en pleine crise politique et doctrinale, beaucoup de musulmans sont nostalgiques de l’époque des quatre premiers califes parce qu’elle a précédé le schisme. L’islamisme en particulier idéalise la communauté musulmane des débuts pour en faire un quasi « programme politique »

La relation entre la religion et la politique est une question clef puisqu’on dit souvent qu’en Islam les deux domaines sont étroitement liés. Est-ce vrai ou pas et de quelle manière ? Le slogan « din wa dawla » (religion et État) sert généralement à caractériser la réalité musulmane dans l’esprit des occidentaux. La non séparation entre le fait religieux et politique est encore trahie par le vocabulaire même de la langue française qui désigne sous le nom d’Islam, à la fois le phénomène religieux et l’entité socio-politique. Alors que nous avons soin, pour parler de l’Europe du Moyen-Âge, de distinguer entre le Christianisme et la chrétienté.
Pourtant, la différence est pointée par la langue arabe : la religion est dite « islam », tandis que l’entité socio-politique (et même géopolitique) est appelée« dar el islam ». Ce qui signifie que, dès le départ, les Musulmans ont fait la nuance entre les deux niveaux. L’expression « din wa dawla » n’a pas confusion mais recherche d’union. La relation « din » et « dawla » n’a jamais été une évidence dans la communauté musulmane, elle a toujours été problématique, elle a toujours divisé l’Oumma. Elle est à la source de toutes ses ramifications en sectes.
L’occident est plutôt injuste quand il accuse l’islam de ne pas séparer la sphère privée de la sphère publique, le temporel du spirituel, alors qu’aucune civilisation ne connaissait cette distinction à l’époque où l’Islam est né, et sûrement pas l’Empire byzantin chrétien.
Si on étudie le comportement du Prophète, on s’aperçoit qu’il n’a jamais voulu être un chef politique au sens moderne du mot, mais plutôt le guide spirituel d’une communauté. On pourrait le comparer d’ailleurs au personnage de Moïse. Le prophète n’a même pas imposé une législation de son vivant. Il s’est contenté de répondre au cas par cas à tous les problèmes qui lui étaient posés par la communauté, que ce soit sous la forme d’un conseil personnel (un Hadith) ou d’une révélation divine (un ayat-verset). Son autorité était surtout charismatique, comme tous les grands chefs dans la société arabe. Il avait l’autorité d’un patriarche de tribu, non pas le pouvoir du roi ou de l’empereur. Il n’est d’ailleurs jamais passé au-dessus des décisions de la Shoura (le fameux conseil des anciens, chefs de clan). Il s’est constamment adapté à sa communauté. Il a accepté d’assouplir certaines règles quand elles étaient contestées par la Shoura, dans les limites, bien sûr des principes fondamentaux de l’Islam.
La plupart du temps, Mohammed conseillait les Musulmans sans rien leur imposer. Son charisme était tel que ses conseils ont été très suivis et ses proches très zélés à les faire respecter à la lettre.
Il a été imité par les fidèles dans les moindres détails, bien au-delà de ce qu’il avait exigé. Il n’a jamais pensé sa mission en termes de pouvoir mais plutôt en termes d’influence, ce qui est très différent. Il souhaitait renvoyer les musulmans à eux- mêmes et à leur responsabilité et que la Shoura continue à fonctionner pour régler les problèmes quotidiens dans l’esprit de l’Islam.
Une chose que laquelle il faut revenir c’est la conception du pouvoir ad ans le monde arabe avant l’islam. La société arabe bédouine n’est pas très hiérarchisée. On distingue surtout les plus influents, les plus charismatiques. En matière de succession, la légitimité du fils aîné est perpétuellement remise en question par un frère quelconque ou même un cousin ou un autre clan qui revendique le mérite. C’est pourquoi, le monde arabe se caractérise par son instabilité politique.
Les arabes ont une vision horizontale du pouvoir : au centre le pouvoir charismatique du chef et puis il y'a son entourage,ce un qui sont dans son cercle, enfin il y'a ceux qui sont en dehors. C est Qussay, l’ancêtre de la tribu des Qorayshes, connu pour l’avoir sédentarisée à la Mecque, qui a organisé la distribution spatiale des clans.
Les clans les plus influents avaient le droit d’habiter le plus au centre de. La ville, près de Kaaba, les clans dits « de la périphérie » devaient habiter en dehors de la Mecque ou dans sa banlieue. On a donc une sorte de hierarchie horizontale. Au lieu de « monter la pyramide » pour prendre pouvoir, on doit traverser un espace pour s’approcher du chef et éventuellement prendre sa place. Cette vision des choses va perdurer après la mort du Prophète.
Sa mort laisse ouverte deux question : celle de la légitimité du pouvoir (faut-il un successeur et qui) et celle du statut du Coran (comment rassembler le texte oral et l’interpréter pour constituer une loi). Par une sorte de consensus, on va donner le pouvoir à celui qui est le plus proche du Prophète.
Le tableau p.25 indique la façon dont les clans ont été hiérarchisés par Qussay d’après leur degré de proximité et nous voyons de quels clans sont issus les trois premiers califes (les successeurs du Prophète). Le tableau des repères historiques (p 99 et 100) situé dans le temps les personnages évoqués.

La notion de Calife : les 4 premiers « Bien guidés »
Si on parle de pouvoir politique en Islam, il faut d'abord expliquer la notion de « calife ». Le mot « calife » signifie successeur. Le Coran, dénommé Adam, le premier homme, « Calife de Dieu » sur la terre. Après avoir crée le monde, Dieu remet à l’homme la responsabilité de la création. Il dit : « Voilà, j’ai crée le monde, et maintenant, toi tu en est responsable ». successeur n’a pas le sens d’héritier, il signifie seulement « celui qui suit ». Omar, le deuxième calife a dit de lui-même : « je suis le successeur du successeur du prophète »
A côté du calife, qui a une fonction politique, il y a l’Imam, qui a une fonction religieuse. Le prophète cumulait les fonctions politiques et religieuse. A sa mort, ces fonctions deviennent indépendantes et s’incarnent dans le calife et l’Imam.

Imam veut dire celui qui est devant (le guide). Il dirige la prière, il dirige la communauté dans la bonne direction. L’imam a une fonction religieuse tandis que le Calife une fonction politique, et les deux fonctions ne fusionnent pas (quand les chïites jugeront le Calife illégitime, ils donneront à l’Imam un rôle prépondérant). Le rôle du Calife est de faire respecter la loi. Son autre titre est aussi : commandeur des croyants (amîr-el-muminîn). Il incarne le pouvoir exécutif. Il n’a pas de pouvoir législatif. Ce n’est pas lui qui décide des lois, ce sont les muftis, spécialiste de la Shari’a. Le véritable chef de la communauté, c’est la loi. C’est seulement dans ce sens-là que la politique et la sont religion liées. Pour être reconnu comme légitime, le calife doit être un bon musulman. Dans toute l’histoire de l’Islam, le pouvoir aura besoin de la religion pour se maintenir, mais la religion limite la liberté d’action du Calife. Il devra déployer du génie pour s’entourer d’intellectuel, de juristes, de théologiens qui vont légitimer son pouvoir et justifier ses actes.
Le premier Calife sera Abou Bakr : il appartient au clan des Banu Taym, un clan « périphérique » (voir carte). C’est intéressant d’observer qu’une des personnes les plus proches du Prophète appartenait à un clan beaucoup moins influent. Le Prophète n’a pas choisi ses compagnons en fonction du clan auquel ils appartenaient, mais en fonction de leurs actes, de leur piété, de leur foi... Il essaye d’instaurer une vision différente du lien communautaire. Abou Bakr était proche, par ses actions et son mérite et il s’est rapproché du centre en devenant un des compagnons du Prophète (un membre de la Shoura) ainsi que son beau-père puisque sa fille, Aïcha, est la femme préférée du Prophète. À la mort de Mohammed, l’influence d’Abou Bakr n’est pas du tout contestée. Calife pendant deux ans, il va diriger des campagnes et conquérir une partie de la Palestine. A sa mort, le problème de la succession se complique. Omar sera désigné par la  Shoura. Lui, faisait partie du clan des Banu Adi, qui n’est pas une tribu importante non plus, mais il était également proche du Prophète et c’était un grand guerrier. Comme c’est une époque de conquête, on a besoin d’un chef militaire. Omar se révèlera un très grand conquérant. Avec lui, le « dar el Islam » connaîtra une expansion fulgurante hors des frontières de la péninsule arabique. Dans une période de dix ans, le Califat étend son autorité jusqu’a la Perse centrale à l’Est et l’Egypte à l’Ouest et achève de s’implanter en Syrie et en Palestine. Aucun empire (pas même romain) n’a connu un tel succès militaire. Comment l’expliquer ? Il y a bien sûr les circonstances politiques qui ont joué. Les empires perse et byzantin étaient écrasés par la tyrannie des empereurs et avaient soif d’autre chose. Les chrétiens, surtout ceux qui appartenaient à des églises minoritaires, souffraient de l’intolérance de l’empereur. Ils ont acceptés, comme un moindre mal, le statue de dimmi qui leur permettait d’acheter la liberté du culte.
Avec l’expansion du dar el-Islam, la nécessité apparaît de déléguer à des gouverneurs le pouvoir du califat dans les régions éloignées.
C’est évidemment le début de tensions et de luttes pour le pouvoir. Dix ans après la mort du Prophète, le monde musulman connaît déjà les difficultés d’un grand empire avec la tentation du morcellement, la nécessité d’un pouvoir central fort et le risque du totalitarisme. Les gouverneurs rêvent évidemment de « devenir califes à la place du calife ». Un de ceux-là est Mu’awiya. Le tableau p 27 indique qu’il est du clan des Abd-le-Shams, ennemi depuis des générations, du clan des Hashims dont est issu le Prophète. Il attend son heure, en Syrie, où son influence grandit.
Omar meurt assassiné en 644 et Uthman, du clan des Abd-el-Shams, devient le troisième calife, désigné lui aussi par la  Shoura. Cette succession provoque des remous chez les Qorayshes et réveille les inimitiés ancestrales qui opposent le clan des Abd-el-Shams et des Hashims. Ces derniers trouvent que la légitimité du pouvoir leur revient puisque le Prophète était de leur clan. Abu Bakr et Omar posaient moins de problèmes puisqu’ils appartenaient à des clans moins importants, plus « neutres ». Une partie des Hashims revendique la légitimité de Ali, cousin et gendre du Prophète, père des petits enfants de Mohammed, pour des raisons héréditaires. Ils réclament au fond un califat dynastique, que certaines déclarations du Prophète (même du Coran) ont été occultées et censurées par leurs opposants. Les partisans d’Ali seront appelés « chi’ites ». La question du pouvoir est donc tout à fait corollaire de celle du Coran. Ce n’est pas pour rien que le Calife Uthman s’est dépêché de mettre la révélation divine par écrit, rassembler une édition unique imposée à tous. Cette mise par écrit s’impose pour des raisons politiques internes (réduire les Alides au silence) mais aussi externes (rivaliser avec les civilisations écrites voisines : Byzance et Perse). Et plus, le patrimoine est fragile, il disparaît avec la fuite du temps et avec sa diffusion dans l’espace. Les rares Musulmans qui connaissent le Coran en entier disparaissent. Il faut éviter l’oubli par tous les moyens.
Avoir plusieurs Corans est source de conflits, de divisions, de discussions, il n’en faut pas donc qu’un seul. Et c’est sous Uthman que l’on va interdire les autres versions qui circulent.
Uthman va éradiquer farouchement toute tentative de subversion, toute contestation de la vulgate imposée comme orthodoxe.
Aucun musulman ne contexte l’authenticité du Coran actuel. Ce texte fait réellement l’unanimité. Mais certains chi’ites affirment qu’ils est incomplet. En quoi ils ne prennent pas beaucoup de risques.
Uthman est assassiné en 656 et Ali lui succède dans un climat de tension et de réprobation. Il doit d’abord affronter Aïsha, fille d’Abou Bakr et veuve du Prophète, qui l’accuse de venir au pouvoir par un coup d’état. Ali nie sa responsabilité dans l’assassinat d’Uthman. Aïsha organise la fameuse « bataille du chameau » mais elle perd le combat.
Les Alides et les Chi’ites garderont à son égard une profonde rancune et rejetteront tous les « hadiths » (phrases du Prophète) transmis de sa bouche (ils en constituent près de la moitié). Par contre, elle deviendra un symbole pour les sunnites. Nous y reviendrons.
La lutte n’est pas finie pour Ali, car Mu’awiya, gouverneur de Syrie sort de l’ombre pour défendre l’honneur de feu Uthman, qui est de son clan, et par la même occasion, réclamer la place de Calife.

L’opposition Chi’ites et Sunnites

Dans leur combat contre Ali, les partisans de Mu’awiya vont utiliser un stratagème que les Chi’ites considèrent comme malhonnête : pour empêcher Ali de se battre, ils vont accrocher des feuilles du Coran à leurs lances. C’était vraiment très difficile pour les partisans d’Ali d’aller combattre des Musulmans qui brandissent des versets. Ce geste rappelle que des Musulmans vont combattre des Musulmans, et qu’ils sont en train de trahir le projet d’unité de départ. À ce moment-là, Ali préfère renoncer au pouvoir qu’être responsable de désunion. Il propose alors un arbitrage qui va désigner Mu’awiya et Ali acceptera de se retirer dans son gouvernorat (à Kufa entre l’Iran et l’Irak). Mu’awiya est le fondateur de la dynastie Ommeyade (voir le tableau p99/100, repères historiques). Pour bien marquer son pouvoir, il installe la capitale de son empire à Damas puisqu’il gouvernait la Syrie.
Il y a deux façons de se rapprocher du « centre du pouvoir » : traverser la distance qui nous en sépare ou déplacer le vente vers le lieu où l’on se trouve. Mu’awiya choisira la deuxième solution. Avec ce déplacement de capitale, l’Islam sort vraiment du rayon de la sphère arabe bédouine, désertique, et s’ouvre à l’influence d’une société citadine très hiérarchisée où le système de la cour Ommeyade va reprendre la structure byzantine. C’est vraiment une nouvelle ère pour le monde musulman.
Mais les partisans d’Ali continuent de contester le pouvoir de Mu’awiya. L’islam est maintenant divisé en Sunnites et en Chi’ites : chi’ites signifie « partisan » (d’Ali), sunnite veut dire dans la ligne de la tradition (la sunna du Prophète). Un troisième groupe, choqué par une telle dissension à l’interieur du groupe et conscient de son enjeu « clanique », va se retirer du débat en signe de protestation. On les appelle les « Kharijites » (« ceux qui sont sortis »). Ils considèrent que l’appartenance clanique ne peut en rien légitimer le pouvoir du calife. Ce dernier doit être choisi sur base de son intégrité morale et religieuse. Ce mouvement puriste restera minoritaire et isolé en Afrique du Nord (actuellement Djerba en Tunisie et le Mzabite en Algérie)
Les Chi’ites, de leur côté, vont se rassembler autour d’Ali et devenir majoritaire au Moyen-Orient (de L’irak à l’Afghanistan). De par son implantation géographique, il sera particulièrement perméable aux influences de la culture persane. Beaucoup plus tard dans l’histoire, sous la domination safavide (16ème siècle), le chi’isme deviendra « religion d’état » en Iran.
Phénomène étrange et un peu paradoxal puisqu’à l’origine les partisans d’Ali invoquent à la fois un argument ethnique et héréditaire (Ali est du clan de Mohammed) ainsi que l’argument de proximité (Ali est le cousin et gendre du Prophète, son plus proche compagnon). Cet argument, qui devait logiquement séduire les Arabes du centre, va devenir celui des Musulmans  de la périphérie, des non-Arabes. Finalement, le chi’isme sera associé au génie du peuple iranien et deviendra une manière pour les Perses de se distinguer des Musulmans arabophones.
Les partisans d’Ali le considéreront non comme leur calife (notion qu’ils contestent) mais comme leur Imam (ou guide spirituel). À partir de ce moment-là, tout pouvoir temporel devient illégitime à leurs yeux. La fonction d’Imam est héréditaire, dynastique, elle doit rester dans le clan d’Ali et de son épouse légitime Fatima, fille du Prophète (Ali a eu de nombreuses concubines), dont la descendance est porteuse de baraka. Les descendants d’Ali et Fatima constitueront un califat dissident et éphémère en Egypte du 10ème au 11ème siècle : celui des fatimides. Il serait plus approprié d’appeler ce règne un « Imamat ».

La dynastie Ommeyade

 Mu’awiya va régler le problème de la succession du Prophète en établissant une dynastie. Il va se comporter davantage comme un roi que comme un calife, imitant l’empire byzantin dont il a conquis une énorme partie du territoire. Ce qui l’intéresse n’est pas de convertir à l’Islam, mais de régner, d’autant que la taxe  des non-Musulmans alimente les caisses du trésor public. Les Ommeyades ont besoin d’argent pour leurs nombreuses campagnes militaires qui étendent l’empire des frontières de la Chine au Nord de L’Espagne.
Les Ommeyades utilisent telles qu'elles les structures administratives léguées par les Byzantins. Ils s’inspirent de leur mode de vie, leur art, leur architecture pour créer une civilisation très raffinée à laquelle collaborent activement les Juifs et Chrétiens. Le pouvoir est détenu par les Arabes et l’identification « arabe musulman » est complète, au point que les convertis non arabes changent de noms et se rattachent par adoption à une grande famille arabe pour être vraiment intégrés dans la communauté.
Pendant le règne de cette dynastie (660-750), le conflit séculaire qui oppose le clan des Abd el Shams à celui des Hashims est loin d’être éteint (consultez le tableau p.27). Les mécontents se rassemblent sous la bannière d’Abu et Abbas descendant de Abd-el-Muttalib (grand-père du Prophète) par une de ses concubines. Le soulèvement va naître dans la province iranienne du Khorassan et rallier surtout les non arabes désireux d’un empire véritablement égalitaire qui ne fasse pas de distinction ethnique. 

Les Abbassides

Le mouvement abasside écrase les Ommeyades en 750 et instaure sa capitale à Bagdad, dans une région et culture persane. Après s’être inspiré de la culture byzantine, le monde musulman va prendre l’ancien empire sassanide pour modèle et lui emprunter sa structure administrative, entre autres la fonction de vizir (wazir), sorte de premier ministre et chef militaire.
Les Ommeyades se réfugient aux confins de leur territoire en Espagne où ils créent un califat dissident : le califat de Cordoue, continuateur de la brillante civilisation de Damas.
Le tableau de la page 27 montre clairement les sources claniques des principales dynasties arabes : Ommeyade, Abbasside, Fatimide. La période abbasside est une époque d’effervescence intellectuelle. Le calife encourage les débats, les traductions, les arts et la musique. Haroun-el-Rashid (connu en Occident par les mille têt une nuits), ainsi qu’el-Mamoun, encourage la réflexion philosophique et l’esprit critique. Le courant rationaliste est dominant à la cour. La Shari'a qui est à la fois loi religieuse et civile se constitue peu à peu, s’enrichissant de l’apport des différents droits coutumiers. Cette réflexion sur la loi divine est appelée « idjitihad » (« effort intellectuel »).
En 923, considérant avoir tout dit en matière de droit musulman sur la manière d’interpréter le Coran, etc, la « porte de l’idjtihâd » est fermée.
Dans un prochain chapitre on verra les conséquences intellectuelles.
La périodes suivante enlevé le pouvoir aux Arabes. Le monde musulman appartient des façon morcelée aux Non-Arabes : les dynasties kurdes, mongoles en Asie et les dynastie berbères en Afrique du Nord. La notion de califat se dégrade et on assiste à l’apparition des titres de sultans, d’émirs, de rois, etc. L’occident l’interprète comme le début et la décadence, au moins intellectuelle. Le monde musulman est tout à faut divisé en petits royaumes. C’est également l’époque des Croisades.
Les Musulmans cruels sont très nostalgiques de ces premiers siècles mais tous ne situent pas l’âge d’or à la même époque. Les laïcs regrettent les Abbassides tandis que les intégristes idéalisent plutôt les quatre premiers califes appelés les « bien guidés », imaginant que pendant cette période, les Musulmans n’étaient pas encore sous l’influence de civilisations impérialiste et « matérialistes »
Le 15ème siècle voit une véritable renaissance politique de l’Islam. C’est l’époque de l’empire ottoman. Les Ottomans fondent une dynastie turque, qui assure pendant cinq siècles une très grande stabilité et une grande unité politique à l’Islam. Mais l’empire est arrêté à l’Ouest par l’Europe aux frontières de la Grèce, la Bulgarie, la Yougoslavie. Au Sud, il comprend l’Afrique du Nord jusqu’à l’Algérie et s’arrête à la frontière du Maroc. À l’Est, il est arrêté par les Mongols et les Perses safavides.
Bien que l’empire ottoman ne domine pas la totalité du monde musulman, il a quand même réussi à en couvrir une grande partie et à lui donner une véritable unité, une force qui menace l’Occident. Pendant longtemps « être musulman » sera synonyme de « être turc » tellement la culture turque va embrasser le monde musulman et effacer les autres apports, arabe notamment. Les Perses résisteront sous la forme d’un royaume rival, celui des safavides.
La période coloniale commence au 18ème siècle. S’il y a bien une situation impensable en Islam, c’est vraiment l’humiliation la plus terrible. Et cela remet complètement en question leur identité et le sentiment qu’ils ont de leur dignité.
Le 20ème siècle est l’époque d’un véritable sursaut de dignité politique du monde musulman qui revendique son indépendance. Je l’appelle « nationaliste » dans la mesure où les différents pays musulmans vont calquer leur constitution sur le modèle européen nationaliste et vont abandonner complètement l’espoir de refaire une unité globale du monde musulman. Ils ont fait leur deuil du califat.
Nous développerons en détail cette chronologie dans le chapitre qui touche les relations ente islam et Occident. Sujet qui nous ramènera bien sûr à l’époque des Croisades mais surtout à l’épisode colonial.

Le pouvoir des intellectuels

Nous savons déjà que le calife avait besoin de s’entourer d’intellectuels qui justifiaient ses actes, dans la mesure où il ne pouvait pas toucher lui-même à la Shari'a. En réalité les califes ont davantage été soucieux de leur pouvoir que du dogme musulman. C’est pourquoi ils sont surtout persécuté des leaders politiques, divers chef qui les remettaient en cause, et en general les mouvements religieux à tendance politique. Les poètes, les intellectuels qui ont critiqués l’Islam et les Musulmans, parfois de façon virulente, n’ont pas été inquiétés. Au moins jusqu’à la fin de la période abbasside.
Ils ait dire que les mouvement de pensée de l’âge classique ne touchaient pas directement le peuple largement analphabète. Des grand débats philosophiques, idéologiques n’avaient pas d’impact sur la vie quotidienne du musulman moyen. Tandis qu’aujourd’hui avec le mouvement de démocratisation, tout le monde à accès aux médias et les débats religieux sont portés sur la place publique, qu’on le veuille ou non. Par exemple, au 11ème siècle, l’affaire Rushdie aurait concerné quelques spécialistes. Maintenant, elle est complètement médiatisée. Tout le monde s’en mêle, même l’armée, chose qui était impensable il y a deux siècles.
C’est pourquoi, aujourd'hui, les intellectuels sont considérés comme dangereux et subissent une terrible censure. Comment expliquer autrement le fait que les musulmans d’aujourd’hui de référent volonté tiers à des auteurs du 10ème siècle et ne citent que rarement un contemporain ?
Et pourtant les auteurs du passé ont dit des choses qu’on n’oserait pas dire aujourd'hui dans certains pays musulmans mais le temps a neutralisé leur pouvoir subversif.
La notion même d’intellectuel dans le monde musulman ne se comprend pas tout à fait de la même façon qu’en Occident. La tradition de calife va produire ce qu’on appelle des lettrés, des gens cultivés, des érudits au service du pouvoir. Dans une société où pouvoir lire et écrire est déjà extraordinaire, être « intellectuel » c’est être « cultivé ». Mais dans l’Occident des Lumières l’érudition n’est pas suffisante pour être considéré comme intellectuel. Être intellectuel c’est avoir une position de remise en question du pouvoir, de critique. L’intellectuel, c’est celui qui n’arrête pas de contester, qui dérange la société. Et on lui reconnaît cette fonction-là. C’est pour cela qu’on observe une forte migration des intellectuels musulmans vers l’Occident.

Extrait de l’ouvrage « comprendre la culture Arabo-musulmane » de Xavière Remacle



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