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LE LOBBY DES GENERAUX IMPOSE UNE NOUVELLE FRANCAFRIQUE


Alwihda Info | Par Laurent Le Bloa - 3 Mai 2016 modifié le 6 Mai 2016 - 09:07

La France vient de décider de faire porter ses effectifs militaires basés de façon permanente en Côte d'Ivoire de 600 à 900 hommes. Une première? depuis dix ans la France réduisait drastiquement les effectifs de ses bases en Afrique, rigueur budgétaire oblige. Comment faut il l'interpréter, une prise en compte de la situation sécuritaire en Afrique de l'Ouest, un changement de stratégie, une conséquence des derniers attentats à Grand-Bassam?


Officiellement c'est la création d'une force d'appoint capable de renforcer les différents dispositifs de la région, en Centrafrique, au Mali ou d'intervenir en cas de crise nouvelle.Il s'agit d'abord pour les Armées de rationaliser le positionnement de ses effectifs. Les 1900 hommes postés à Djibouti sont peu sollicités. 600 postes y seront supprimés d'ici 2017 et en créant 300 postes nouveaux en Cote-d'Ivoire globalement les effectifs basés de façon permanente en Afrique sont toujours à la baisse. Repositionnement, diminution d'effectifs... les économies sont toutes relatives tant que l'Armée Française conserve toutes ses implantations en Afrique (Sénégal, Cote d'Ivoire, Tchad, Gabon et Djibouti).
A défaut de'une grande offensive française pour éradiquer les islamistes (impossible par manque d'effectifs) nous assistons actuellement à une véritable offensive diplomatique: Le Ministre des Affaires Etrangères Jean-Marc Ayrault (accompagné du Ministre des Affaires Etrangères allemand) et le Ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian parcourent l'Afrique de l'Ouest. On ne va pas beaucoup parler de développement économique (qui pourrait permettre d'éviter à des jeunes de tomber dans le piège de la propagande islamiste ou de tenter l'exode mortifère vers l'Europe) mais sécurité (et probablement aussi de vente d'armes). En France la presse se fait l'écho que le gouvernement se réintéresse à l'Afrique. Au lieu d'une grande politique extérieure le gouvernement français envoie son Ministre de la Défense (Jean-Yves Le Drian) et un Ministre de la Défense Bis (Jean-Marc Ayrault): Voilà à quoi se résume la diplomatie française.
La France dit ne plus vouloir être le gendarme de l'Afrique. Son discours a changé, depuis une dizaine d'année la France s'aligne peu à peu sur les positions américaines et désormais ambitionne de devenir le "meilleur allié" des USA, prenant des postures parfois plus dures et moins concilliantes que l'administration Obama (Iran, Syrie) sans parler de l'aventure lybienne. Plus la situation économique est difficile et plus la France se lance dans le tout-sécuritaire et les aventures militaires. Ce sont presque les seules bonnes nouvelles que le gouvernement français peut mettre en avant alors que se profile les prochaines élections présidentielles. Pourtant aucun spécialiste ne décèle dans les actions du gouvernement français une stratégie ambitieuse à l'échelle d'un continent..
La menace terroriste a incité le président Hollande à promettre des fonds supplémentaires aux divers acteurs de la sécurité: Police, gendarmerie, Services Secrets, Armées. Les luttes entre ces divers acteurs pour obtenir une plus grande part des budgets sont rudes. Le gouvernement est confronté à faire des arbitrages entre éfficacité et opération de communication de période électorale. L'Armée Française qui est en concurrence directe avec les Services Secrets à justement l'avantage d'être une vitrine dont les derniers présidents français ont usé et abusé pour se mettre en valeur sur le plan international. Les militaires français avancent la même doctrine et les mêmes arguments pour justifier une présence coûte que coûte en Afrique. Les Forces Armées Françaises seraient les seules à pouvoir garantir la stabilité des pays africains et défendre les intérêts économiques de la France. L'Armée est persuadée qu'elle évolue comme chez elle en Afrique: Savoir-faire et connaissance du terrain, excellentes relations avec les populations locales..Les responsables militaires français ont toujours fait du lobbying pour rester en Afrique en persuadant les dirigeants français de la supériorité en Afrique des Armées Françaises sur les Forces Américaines. Pourquoi cet entêtement? Par facilité? En tout cas pas par un amour désintérêssé de l'Afrique.
Les militaires sont un rouage indispensable de la Françafrique. Présents en France et en Afrique, au contact des dirigeants des pays comme des grans groupes industriels français, tout au long de leur carrière ils apprennent le métier d'agent plus ou moins occulte de la Françafrique. Les plus doués d'entre eux quitteront l'Armée pour ensuite faire des carrières de conseiller, de marchand d'armes, d'intermédiaires. Placés dans des groupes industriels ou de services travaillant en Afrique ils assurent la continuité du système pour le compte de l'Armée. Leur intérêt de faire perdurer le système est avant tout financier.Malgré le déclin des entreprises françaises qui perdent toujours des parts de marché en Afrique le volet "militaire" de la françafrique démontre sa grande capacité de résistance pour se maintenir.
Les circonstances favorisent le lobby des Généraux. Le président Hollande s'en remet dans ses choix de plus en plus à ses Services Secrets et aux militaires. Par un effet pervers les questions sécuritaires sont pour eux une fin ensoi. Ils privilégient les solutions militaires plutôt que diplomatiques. La France se cherche des alliés en Afrique pour lutter contre les islamistes. Paris est prêt à s'accommoder d'une violence politique endémique "sous contrôle" dans les pays africains tant que les intérêts français ne sont pas menacés. On se réjouit déjà à Paris que l'opération BARKHANE pourrait ouvrir à la France le marché de l'armement nigérian. la Démocratie et le Développement ne sont plus à l'ordre du jour. Les populations africaines vont en subir les retombées.


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