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LIVRE. « Opération Restore Hope » (1) : Et si l’Afrique pouvait rêver !‏


- 28 Février 2014 modifié le 28 Février 2014 - 12:40

France, (Starducongo.com) - « Opération Restore Hope », un roman qui révèle une réalité des relations entre l’Occident et le continent africain. Un récit qui se caractérise par l’attitude engagé et engageante du héros-narrateur tout au long de son expérience politique d’immigré en Europe.


Franck Cana nous livre un roman multidimensionnel. S’y dégagent l’image de l’homme d’Église et le caractère du dirigeant africain confronté à l’attitude « révolutionnaire » de certains intellectuels de la diaspora. Un tableau on ne peut plus dramatique que nous peint le héros-narrateur qui, à la fin du récit, se projette dans un rêve où les Africains se révolteraient contre tout ce que leur a imposé l’Occident et vivraient dans le meilleur des mondes. Par son anonymat, le héros-narrateur pourrait se voir attribuer toutes les nationalités africaines, tant son discours épouse le panafricanisme. 
 
Le pouvoir politique et l’homme de Dieu 
 
Devant l’attitude colonial du roi Néco VI et certains de ses conseillers qui acceptent la suprématie du Nord sur les pays du Sud dans l’exploitation de leurs richesses, le héros-narrateur, qui est aussi un conseiller de Sa majesté Néco VI, s’oppose à cette exploitation que condamne Dieu. Aussi, mission lui est donnée de contacter des autorités religieuses du Sud. Et son choix va se porter sur un évangéliste de Kinshasa au nom de Jean Oscar Kiziamina Kibila. Celui-ci tire à boulets rouges sur le roi et l’Occident qui a imposé le joug colonial : « i[A ce stade, ils [les peuples africains] ne peuvent penser à la collectivité ni à l’unité pour se développer et sortir du joug colonial imposé par votre roi Néco VI et les autres nordistes]i » (p.27). Et quand le pouvoir colonial aura maille à partir avec les travailleurs mécontents d’une entreprise au Cameroun et dont les revendications sont légitimes, le roi demandera le secours de l’évangéliste pour éteindre le feu. Les conseils de ce dernier fondés sur la parole de Dieu, conduiront à la négociation : les salaires des travailleurs seront revalorisés. Du côté des populations, va se manifester l’amélioration de leurs conditions sociales. Tout au long du récit, se dégage une image positive de l’Église. Le héros-narrateur apparaît comme un fervent croyant qui ne cesse de rappeler, à certains moments de ses discours, quelques passages de la Sainte Bible. L’évangéliste est même sollicité par un dirigeant africain dans l’exercice de ses fonctions quand il se rend compte que son pouvoir est menacé. Malade et impuissant devant la mort qu’il sent venir, le chef d’État africain pense trouver son salut dans les paroles de l’évangéliste : « Monsieur le président, je ne pense pas qu’il y ait un problème qui arrive à l’homme et que le Créateur ne puisse résoudre. Nous sommes tous de nature pécheresse et même si les hommes peuvent éprouver du mal à le faire, lui peut nous accorder son pardon, la paix et le salut » (p.184). 
 
L’Afrique néocoloniale, malade de ses dictateurs 
 
Franck Cana n’échappe pas à la thématique de la politique sans cesse développée aussi par les écrivains de sa génération. C’est à travers les personnages du roi Néco VI et de son fils le roi Evil-Mérodac VII qu’il nous révèle la main mise de l’Occident sur le continent, cinquante ans après les indépendances. Au cours d’une assemblée à Londres, des intellectuels de la diaspora épiloguent sur une Afrique riche où les populations sont paradoxalement pauvres. Et cela, à cause de ses dirigeants qui « se laissent contrôler économiquement » par le Nord pour la conservation de leur pouvoir, comme va le confirmer une conférencière européenne en ces lieux : « Les autorités africaines accordent des concessions et des monopoles aux sociétés de l’oncle Sam, de Paris ainsi qu’aux nôtres en échange de la consolidation de leur pouvoir personnel et des pots-de-vin » (p.83). Aussi, protégés par l’Occident symbolisé ici par le roi Néco IV et son fils, les dirigeants africains sombrent dans la dictature pour se maintenir longtemps au pouvoir. Mais au moment où ils se sentent abandonnés par l’Occident, ils reconnaissent leur népotisme qui a laissé le peuple dans la misère, malgré les richesses de leur pays gangrené par l’immoralité fondé sur la franc-maçonnerie et l’abus du sexe. Et le président africain de se confesser devant l’évangéliste : « (…) les péchés de ma vie sont tellement graves parce que je suis arrivé et me suis maintenu au pouvoir par des génocides et des massacres de milliers de nos compatriotes (…). J’ai été un homme de sang » (p.184). Aussi, conseil lui est donné par l’homme d’Église : demander pardon au peuple qu’il a martyrisé pour que sa confession soit acceptée par Dieu. Le président africain accepte alors de restituer au peuple l’argent et les autres richesses amassées frauduleusement. Aussi, le portrait plus ou moins caricatural du président africain qui se livre à l’évangéliste, nous fait penser, à certains chefs d’État du continent dans leur façon de penser et d’agir. 
 
Comme Martin Luther King, le rêve du héros-narrateur 
 
Pour l’auteur, l’Afrique apparaît comme l’étape finale de la cupidité de l’Occident avant qu’elle ne s’ouvre à des horizons plus humanistes. L’effondrement du capitalisme fait que dans « l’Hexagone, [par exemple], les temps avaient bien changé. Les gens n’étaient plus exploités, les salariés étaient désormais payés à leur juste valeur » (p. 219). L’optimisme que dégage le récit, atteint son point culminant quand le héros-narrateur rêve d’une Afrique affranchie de l’Occident : « (…) les États africains avaient quitté l’ONU. Les nouvelles autorités des États francophones mirent fin au franc CFA (…). L’Afrique avait également tourné le dos aux prêts et diktats du FMI et de la Banque mondiale » (p.222). On découvre dans ce rêve le retournement des valeurs ; l’Afrique prospère avec ses infrastructures modernes, rivalise avec le Nord : « le pont route-rail reliant Kinshasa à Brazzaville était opérationnel depuis longtemps ; la lutte contre la pollution était une priorité des instances africaines ; les eaux africaines n’étaient plus pillées nuit et jour » (p.228). 
 
« Opération Restore Hope », un roman engageant et engagé 
 
En décriant les mécanismes coloniaux et impérialistes du Nord contre le Sud, l’auteur de ce roman plaide pour la justice politique et économique que l’Occident devrait mettre en pratique au sud du Sahara. Tout au long du récit, le héros-narrateur apparaît comme un défenseur de la cause africaine. Il participe à Londres à une assemblée sur l’oppression et le pillage du continent noir par les Européens. Dans un groupe d’intellectuels nommé « Forces de changement, il adhère à la dénonciation des mauvais comportements des Arabo-musulmans envers les Noirs. Il est aussi présent à la Conférence organisée par l’université de Bruxelles sur le thème « Quel monde pour demain ? ». A cette occasion il rencontre l’évangéliste Jean oscar Kiziamina Kibila et certains Africanistes tels Bienvenu Mabilémono, Gertrude Malalou-Koumba et Marie-Louise Abia qui luttent pour une Afrique libre, juste démocratique et prospère. Au colloque de Luanda sur une nouvelle gestion de la cité pour les dirigeants de demain, il soutient les propos du président brésilien qui fustige les dirigeants africains. 
 
Pour conclure 
 
Roman géopolitique et humanitaire, « Opération Restore Hope » dresse le tableau d’une Afrique martyrisée par la Traite négrière, le colonialisme et ses propres dirigeants dictateurs d’après les indépendances. En terminant son texte par une note optimiste (le rêve d’une Afrique meilleure), l’auteur révèle son panafricanisme et pourrait se définir comme un écrivain progressiste au service du continent. 
 
Noël KODIA, 
Essayiste et critique littéraire 
 
(1) Franck Cana, « Opération Restore Hope », éd. La Bruyère, Paris, 2013, 233p. 20€ 
(Afrique Education n° 386 du 1er au 14mars 2014)