La démocratie est une belle femme que je n’ai pas vue
Mataya un village perdu entre les montagnes où habitent les arabes Hamad du canton jido. Juste après la montagne de Abtouyour habitent les Kinga appartenant au canton Joum-a. Deux différentes ethnies condamnées à cohabiter dans la paix et le respect. Nous avons voulu percer le secret de cette cohabi
Alwihda : Depuis quand êtes vous installés sous la montagne de Abtouyour et d’où venez vous en réalité?
Moussa Saad : Personne ne saura répondre à cette question. Même pas nos grands parents.
Alwihda : Cela veut dire que vous êtes ici depuis longtemps ?
Moussa Saad : J’ai plus de 30 ans et je n’ai entendu personne se poser cette question.
Alwihda : Avez-vous une idée de votre nombre ?
Moussa Saad : le nombre de personnes habitant ce village est de 400.
Alwihda : Vos enfants fréquentent t-ils l’école ?
Moussa Saad : Nous n’avons pas d’école pour que nos enfants la fréquentent. Nos enfants apprennent le coran et pas plus.
Alwihda : A quoi leur servira le coran quand ils deviennent grands? Comment vont-ils vivre ?
Mouusa Saad : Nos enfants seront comme nous. Nous vivons sans aucun problème. L’enfant deviendra Marabout après la réussite et il évoluera pour devenir Goni.
Alwihda : Je veux savoir comment va-t-il vivre avec le titre de Marabout ou Goni ?
Moussa Saad : Il vit grâce à son bétail et à ses disciples qui lui cultivent la terre.
Alwihda : Y a-t-il de Goni dans votre village ?
Moussa Saad : Nous avons un seul Goni et nous en avons besoin c’est pourquoi il nous appartient de former des jeunes.
Alwihda : Tu sais ce que c’est la démocratie ?
Moussa Saad : (il hésite un peu, tournant la tête à gauche et à droite) c’est comme si j’en ai entendu parler. C’est quoi ? C’est une belle femme il paraît mais je ne l’ai pas encore vu. Non, non je ne sais pas.
Alwihda : Et le multipartisme? Ça te dit quelque chose ?
Moussa Saad : c’est quoi ça encore? Non, aucune idée.
Alwihda : Dans trois heures le président Idriss Deby anime un meeting à Mongo. Tu es au courant?
Moussa Saad : Je ne sais pas. Personne ne m’a dit sinon je serai parti pour voir le président.
Alwihda : Que vas-tu dire au président si tu le vois ?
Moussa Saad : Je lui dirai de nous creuser un puits dans le village et de nous construire une mosquée.
Alwihda: Le village n’a pas besoin d’une école?
Moussa Saad: Oui mais l’important c’est l’eau qui nous fait défaut. Pour avoir de l’eau, nous sommes obligés soit d’aller trop loin puiser soit faire la queue autour d’un puits tari.
Alwihda : Quel est votre rapport avec le gouvernement ?
Moussa Saad : Nous n’avons aucun rapport sauf que quelquefois nous recevons de médicaments pour le soin de nos animaux.
Alwihda : Payez vous les impôts ?
Moussa Saleh : Oui nous payons 500 F par an à Mht Jido à Bitkine.
Alwihda : Qu’est ce que tu fais pour vivre ?
Moussa Saad : Je récolte par an environ dix sacs de mil et 5 sacs de tomates. Je vends la tomate pour supporter les charges de la marmite.
Alwihda : Quel est votre rapport avec vos voisins les Kinga ?
Moussa Saad : Avec eux nous sommes des frères car nous entretenons des très bons rapports. En dehors d’un seul malentendu meurtrier qui a couté la vie à une personne, nous n’avons jamais eu de problème de cohabitation. Le conflit est intervenu quand notre bétail a envahi un de leurs champs de mil.
Alwihda : Vous avez payez de Diya ?
Moussa Saad : Entre nous, il n y a pas de Diya.
Alwihda : Vous vous mariez entre vous ?
Moussa Saad : (sourire) non non pas de mariage entre nous.
Alwihda : Pouvez vous m’expliquez la raison ?
Moussa Saad : Pas de mariage et c’est tout ?
Interview réalisée par l’équipe d’Alwihda actualités