Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
POINT DE VUE

La politique n'est pas un diner de gala


Alwihda Info | Par Alain LAMESSI - 29 Mars 2014 modifié le 29 Mars 2014 - 14:59


La politique n'est pas un diner de gala

Par Alain LAMESSI

« Pour être Président, il faut être un tueur.»
D. Cohn-Bendit, Député européen, EE-Les verts.
Libération : 8 juin 2009.
 
C’est une guerre totale mais surtout une guerre asymétrique que les ennemis du peuple centrafricain nous ont imposée. C’est une guerre des horreurs mais aussi une guerre des fureurs alimentées par la haine de l’homme, créature de Dieu. Dans leur mépris des vies humaines, les Sélékas ou les Anti-balakas, à défaut de viser des objectifs clairs, en sont venus à se livrer à ce drôle de surenchère dans les horreurs. C’est à croire qu’ils veulent connaître lequel des deux groupes est plus bestial, est plus sanguinaire, est plus diabolique. Mais nous les connaissons suffisamment. Nous les connaissons même par cœur. Nous savons ce qu’ils sont en réalité : des criminels de la pire espèce. Ils n’ont vraiment pas besoin de nous le démontrer par autant de tueries, de sauvageries et de barbaries.
 
Dans leur stratégie machiavélique, tout le monde se déguise en tout le monde. Les Sélékas se déguisent en Anti-balakas qui se déguisent en MISCA. Les Anti-balakas se déguisent en Sélékas qui se déguisent en MISCA. Et le tour est joué, croient-ils. Ils s’attaquent aveuglément aux MISCA et aux SANGARIS. Leurs chiens de garde ont recours au mensonge, comme mode de propagande, sur les réseaux sociaux, pour salir les contingents étrangers qui ont quitté pays, femmes, enfants et amis pour venir nous aider. Nous les remercions en monnaie de singe.
 
Le résultat de cette métamorphose de mauvais alois est tout simplement démentiel : des grenades pleuvent sur de paisibles citoyens, des balles crépitent dans tous les azimuts, tuant au passage hommes, femmes, enfants et vieillards, des machettes tranchent des têtes sans discernement. Le sang des innocents continue hélas de couler et de couler encore. Les morts ne se comptent plus. La tristesse et la désolation sont le lot quotidien de tout un peuple en agonie. Elles se lisent sur des visages burinés comme ces balafres inesthétiques qui marquent à vie.
 
La politique n’est pas un dîner de gala. Ce n’est pas non plus un concours de beauté et d’élégance. On n’embrasse pas son ennemi quand on sait qu’il a un poignard caché dans la poche. Au cas où, certains naïfs ne le savaient pas, il faut dire que la politique c’est le lieu par excellence des coups de poignard dans le dos, de crocs-en-jambe, de peaux de banane, de coups bas, des intrigues, de mensonge et de trahison, etc. C’est bien pour toutes ces raisons que je la déteste royalement.
 
Chaque jour que Dieu fait, je prie pour que Mme la Présidente de transition ainsi que les autres institutions de la République réussissent la lourde mission de conduire le peuple centrafricain jusqu’aux prochaines élections libres et démocratiques. C’est un travail titanesque dans des conditions de sécurité exécrables, avec un peuple désabusé qui ne croit plus à rien, ni à personne. C’est un travail qui exige beaucoup de courage, de sagesse et de sacrifice. L’enjeu est immense mais le jeu en vaut la chandelle. Il y va de la survie de notre peuple et de l’avenir de notre pays. C’est pourquoi je ne serai pas le pourfendeur des institutions de la transition mais je leur apporterai mon soutien objectif quand bien même c’est d’un soutien critique qu’il s’agit.
 
Le dernier discours de Mme la Présidente de la transition nous a laissés sur notre faim. Ce discours n’a pas condamné les crimes, ni dénoncé les assassinats. Il n’a tracé aucune perspective, ni fixé aucun objectif. Il n’a pas indiqué la voie à suivre, ni précisé aucune échéance. Ce devait être un discours d’espoir mais il a été un aveu d’impuissance. Il a mis à nu un exécutif sans moyen qui peine à trouver ses marques et à esquisser la moindre stratégie. Il est même allé jusqu’à intégrer au sommet de l’Etat des soit disant représentants de la Séléka et des Anti-balakas sans la moindre condition, sans la moindre exigence.
 
Pire : Madame la Présidente de la transition est apparue comme chef un suprême des armées sans arme. Un militaire sans arme est un civile en tenue donc parfaitement inutile pour défendre la patrie. Madame la Présidente de transition a parlé comme un Ministre et non comme un Chef d’Etat. Il faut rompre avec le passé de la société civile pour rentrer pleinement dans la fonction présidentielle et incarner l’autorité que confère la charte de transition. Même si le costume peut parfois paraître grand, il faut l’endosser vaille que vaille. Dans la tourmente, le peuple a besoin de voir un Chef d’Etat fort et stable. Il a besoin d’écouter quelqu’un qui sait parler à son cœur et panser ses plaies. Il a besoin que quelqu’un qui lui montre le chemin, qui satisfasse ses besoins et qui réponde à ses interrogations.
 
Le gouvernement de transition, pour redonner espoir au peuple, doit occuper l’espace, la nature ayant horreur du vide. Il doit agir, réagir et même sur-agir s’il le faut. Ce n’est pas en étalant son impuissance aux yeux du monde qu’il ouvrira le chemin de l’avenir. Mais c’est en remportant chaque jour de petites victoires que la confiance renaîtra au sein du peuple.
 
Que Dieu bénisse la République centrafricaine !