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POINT DE VUE

La tribune de Cellou Dalein Diallo


Alwihda Info | Par Cellou Dalein Diallo - 13 Août 2014 modifié le 13 Août 2014 - 10:45


LES GUINEENS DOIVENT RESTER DEBOUT !
Il n’est pas question qu’on se laisse faire
Je voudrais souhaiter à chaque Guinéenne et à chaque Guinéen les bénédictions du mois de Ramadan dernier. Puisse Dieu accepter notre jeûne et exhausser nos prières ! Dans sa grande miséricorde, qu’il porte son regard bienveillant sur notre pays, dans l’intérêt de tous ses fils et filles et qu’il raffermisse entre nous les liens de fraternité et de solidarité. Je ne doute pas que ce mois de recueillement a été l’occasion pour nous d’avoir une pensée pieuse à l’endroit de tous nos morts.
Notre pays, la Guinée, va mal. Depuis quatre ans, le pouvoir actuel montre tous les jours ses limites pour impulser le développement et la cohésion nationale. Le sentiment de désespoir qui nous frappe a pris une dimension toute particulière. Pourquoi un simple concert de musique s’est-il transformé en tragédie humaine ? Pourquoi notre pays est-il devenu un pays paria sur lequel rode la mort que porte le virus Ebola? Pourquoi le dernier recensement général de la population est-il détourné de sa fonction d’outil de planification de notre développement ? Pourquoi le dialogue, ferment de l’équilibre de toute société, est-il l’occasion de dénis et de reniements?
Au lendemain de la fête de ramadan, la plage de Rogbanè, dans la commune de Ratoma, est prise d’assaut par des milliers de jeunes. Pour assister au concert des deux groupes de musiques urbaines les plus célèbres de notre pays. Ils accourraient, pour beaucoup, à leur première fête, avec l’insouciance et l’innocence des adolescents qu’ils étaient. Malheureusement, au lieu du rendez- vous avec la joie, c’est la mort qui les y attendait. Trente-quatre corps d’enfants morts de bousculades, de piétinement, d’étouffement. C’est dans ce contexte que le Chef de l’Etat guinéen, contrairement à ses collègues Libérien et Sierra Léonais, au mépris de la compassion et de la solidarité avec son peuple, se rend aux Etats-Unis, nous abandonnant à nos souffrances au cours d’une semaine de deuil national que lui-même a décrétée. Au-delà de la profonde émotion ressentie par toute la nation, une question habite toutes les consciences : comment un tel drame a-t-il pu se produire ? La réponse est dans l’impunité érigée en méthode de gouvernement. Les meurtriers impunis de Zakaria et de la cinquantaine des militants de notre liberté ont donné droit aux tueurs fous de nos compatriotes de la forêt, aux assassins de pauvres citoyens à Kankan et Siguiri, aux homicides de la plage de Lambanyi. Oui, c’est parce que l’impunité autorise la récidive, que nous souffrons aujourd’hui de la catastrophe de la plage de Rogbanè. Et demain, à quelle tragédie devons-nous de nouveau faire face si l’imposture et le mensonge continuent de nous gouverner ?
Il nous faut évoquer cet autre drame sanitaire lié à la propagation de la fièvre hémorragique à virus Ebola que connait notre pays. Là encore, le mensonge a été utilisé : présent dans notre pays depuis Janvier de cette année, le virus Ebola a été caché à la population, aux pays voisins, au monde entier. Pour ne pas effrayer d’hypothétiques investisseurs et ce, au mépris de la vie de nos citoyens et de ceux d’ailleurs puisque le monde est devenu un. Mais cette terrible maladie a eu raison des imposteurs : plusieurs centaines de nos compatriotes en sont morts, les pays voisins sont contaminés et le monde entier effrayé par notre pays. Même si au cours de ces derniers mois, il faut saluer les efforts de nos services sanitaires et l’assistance de nos partenaires internationaux qui ont permis de contenir la progression de la maladie, force est de dénoncer les manquements graves qui ont été commis par les plus hautes autorités de l’Etat dans le cadre de la gestion de cette épidémie.
En effet, il faut rappeler qu’au mois de mai 2014, alors que l’on observait une légère tendance à la baisse de l’épidémie dans les zones touchées, le Chef de l’Etat a fait une déclaration triomphaliste annonçant la maitrise de l’épidémie, tout en fustigeant certains partenaires techniques internationaux intervenant sur le terrain. Cette déclaration inopportune a eu des conséquences néfastes sur l’attitude et la vigilance des citoyens et des leaders d’opinion, ainsi que sur celle des responsables de nos structures sanitaires. Le pays en paie aujourd’hui chèrement le prix puisqu’il est sous quarantaine. A cela s’ajoute la double humiliation d’interdiction d’accès des musulmans Guinéens aux lieux saints du pèlerinage et de l’obligation de soumission de notre Président à un test de dépistage.
Cette volonté du gouvernement de manipulation à des fins politiciennes s’illustre aussi dans les résultats dits « provisoires » du troisième recensement général de la population et de l’habitation. C’est avec stupéfaction et inquiétude que nous avons pris connaissance de ces résultats. Le gouvernement veut manifestement utiliser ce recensement comme maillon majeur de la chaîne de fraudes programmées pour l’élection présidentielle de 2015. Sinon, lorsqu’on sait que la population électorale représente généralement entre 45 et 50% de la population totale, comment expliquer que Kaloum qui compte 60 000 électeurs soit dénombré à 62 000 habitants? Ou les 123 000 électeurs pour 137 000 habitants de Dixinn ? Ou encore les 700 000 électeurs pour 1 900 000 habitants de la région de Kankan, contre 1 200 000 électeurs pour 1 600 000 habitants de Conakry ? Comment comprendre en outre que la taille des ménages soit à 15 individus à Mandiana, alors que la moyenne nationale se situe autour de 7 ? Il est clair que l’objectif du pouvoir est d’ajuster, le moment venu, le nombre d’habitants pour le rendre cohérent avec le nombre d’électeurs, en accroissant ces derniers dans les fiefs du RPG, tout en les réduisant dans les zones de l’opposition.
J’attire l’attention des partenaires techniques et financiers en général, du Système des Nations Unies et de UNFPA en particulier, sur les conséquences hautement dangereuses que ces résultats pourraient avoir sur le tissu social déjà largement éprouvé. J’en appelle à leur sens de responsabilité et d’équité pour ne pas cautionner cette politique d’exclusion et de division orchestrée par les autorités guinéennes. En tous les cas, les Guinéens rejettent catégoriquement les résultats de ce recensement et se réservent le droit d’user de tous les moyens légaux, afin que les droits à la citoyenneté de ceux qui ont été volontairement omis soient pleinement et entièrement reconnus.
Toute la Guinée est témoin de la demande constante de dialogue de l’opposition. Le pouvoir n’y consent que contraint et forcé. Les solutions consensuelles qui en ressortent avec approbation de ses représentants sont aussitôt remises en question par Alpha Condé. L’accord du 03juillet 2013, qui a permis d’organiser les élections législatives dans un environnement apaisé, est aujourd’hui floué au pied par le Président de la République. En agissant ainsi, il crée de nouveau un contexte de tension qui compromet dangereusement le climat politique et social et met en péril le calendrier électoral. C’est l’occasion d’indiquer avec force et détermination que si les élections communales et présidentielles ne sont pas organisées à bonne date, la légitimité et la légalité du pouvoir d’Alpha Condé ne seront plus reconnues.
J’appelle les Guinéens à la vigilance et à la mobilisation. La lutte contre la propagation d’Ebola nous concerne tous. Je les encourage à observer les règles d'hygiène de base et à respecter les mesures de prévention édictées par les autorités sanitaires et les partenaires internationaux. Je demande plus particulièrement aux militants et responsables de l’UFDG, de participer à la sensibilisation des populations et de soutenir activement toute initiative prise par les autorités ou les ONGs pour l’éradication de la maladie. En ce qui concerne le recensement, nous devons rester mobilisés pour refuser ses résultats à visée électoraliste qui ont pour objectif de nous diviser plutôt que de nous rassembler.
M. Alpha Condé constitue le principal obstacle au dialogue, à la réconciliation nationale, à l’unité. Sa politique de division, d’exclusion, de discrimination est dangereuse pour l’équilibre de notre nation. Aucun Guinéen n’a intérêt à tourner le dos à la concertation, seul gage de préservation de la paix et de la stabilité. Il faut se lever, se rassembler, s’unir et se mettre en ordre de marche contre ce pouvoir qui met notre nation en danger. Par son incompétence, son arrogance, le refus de mettre en œuvre les accords du 03 juillet, la violation répétée des lois de la République et l’absence de volonté politique d’ouvrir un dialogue responsable. Parce qu’il est hors de question de renoncer à nos obligations de combattre la dictature pour l’instauration de l’Etat de droit et de la démocratie. Il n’est pas question qu’on se laisse faire. Les Guinéens doivent rester debout !
Cellou Dalein Diallo, Président de l’UFDG