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AFRIQUE

"Le Burundi risque le scénario des violences post-électorales" (analyste)


Alwihda Info | Par AA - 30 Juillet 2015 modifié le 30 Juillet 2015 - 12:19

- Des attaques à la grenade, des caches d'armes, des incursions d'hommes armés, la contestation contre le régime gagne en violence après la réélection contestée de Nkurunziza


AA/ Bujumbura/ Rénovat Ndabashinze

"Le Burundi risque le scénario des violences post-électorales" (analyste)
Une semaine après une présidentielle contestée, leBurundi risque le scénario des violences post-électorales, s'attisant après le déclin des manifestations pacifiques, encore que le spectre de la guerre civile est à exclure selon le Professeur burundais, Nicodème Bugwabari, dans un entretien avec Anadolu.

Depuis le 21 juillet, date du scrutin présidentiel, une douzaine de morts, au moins, a été enregistrée, aussi bien dans les rangs des simples citoyens, des membres de l'opposition que des forces de sécurité, dans des attentats à Bujumbura et dans d'autres localités du pays, selon un décompte établi par Anadolu basé sur des sources policières et locales.

"Je pense que le Burundi est en train de s’en aller peu à peu vers un climat de violences post-électorales. Toutefois, on peut dire aujourd'hui qu’il ne s’agira pas de guerre civile, parce qu'au Burundi, ce terme est assorti d'une connotation ethnique." dit Bugwabri, professeur de sociologie politique à l'Université de Bujumbura, en rappelant que la contestation que connaît le pays depuis 3 mois contre un troisième mandat anticonstitutionnel de Pierre Nkurunziza, a vu "Hutus et Tutsis contester dans une lutte commune pour le rétablissement de la constitutionnalité".

Quoique le nouveau quinquennat de Pierre Nkurunziza s'inscrive dans un cadre de légalité, il manque de légitimité, à savoir une adhésion populaire sans contrainte. "La paix c’est pas demain la veille" se presse de rajouter le professeur burundais.

Depuis une tentative de coup d'Etat avortée, le 13 mai dernier, nombre d'officiers déserteurs se sont réfugiés dans les pays voisins, notamment le Rwanda d'où ils ont annoncé leur volonté de "faire plier Nkurunziza par la force".

Au fur et à mesure que les contestations civiles perdaient en envergure, notamment après l'élection du 21 juillet, des actes de violence ont émaillé le quotidien des Burundais.

Des attaques à la grenade, à Bujumbura comme à l'intérieur du pays, ont fait de nombreux morts. Des caches d'armes sont retrouvées fréquemment, et des "incursions d'hommes armés" sont enregistrées par des autorités locales et attestés par divers témoignages. 

A la question de savoir si ces actes de violence vont avoir la peau dure, Bugwabari relève, a priori, qu'elles pourraient durer "tant qu’il y a un climat d’anticonstitutionnalité", à savoir toute la durée du quinquennat de Nkurunziza (jusqu'en 2020), "à condition que ce mandat arrive à son terme, déjà".

"Je crois qu’il y a beaucoup d’acteurs de la société civile, comme de l'opposition politique qui ne vont pas accepter ce nouveau mandat et ça peut générer de la violence. Et il y a beaucoup de sang versé, et il ne doit pas être versé pour rien, donc beaucoup continueront à refuser carrément le 3ème mandat" prévoit cet universitaire.

Il exclut pour autant, que les prochains mois consacrent un tête-à-tête entre le régime de Nkurunziza et le groupe des anciens officiers, érigés en rébellion. D'abord, parce que la rébellion, pluridimensionnelle, ne saurait être réduite à ces militaires exilés. 

"La rébellion, dit-il, n’est pas qu'armée. C’est d’abord des idées des gens qui ne sont pas d’accord, c'est des milliers de réfugiés, la rébellion de ceux qui n’écoutent plus la radio nationale, de ceux qui exigent le retour des médias indépendants, qui disent au quotidien: je n’accepte pas"

Ensuite, cette rébellion ne dispose pas de poids suffisamment important pour faire craindre ou reculer Nkurunziza "Elle est en train de se chercher elle-même, laisse entendre  Nicodème Bugwabari, rien ne dit qu’elle est unie. Par exemple, quelle relation existe-t-elle entre Hussein Radjabyu [ancien mentor de Pierre Nkurunziza, aujourd'hui opposant exilé en Tanzanie] et le Général Godefroid Niyombare [chef des putschistes] ?" 

"Il n’y a pas encore d’unité entre ces factions que nous ne connaissons pas encore. Je ne pense pas qu'il s'agit d'une rébellion digne de ce nom." conclut-il.

Toutefois, la pression que font exercer ces groupes sur le régime, "pourrait être habilement exploitée par l’opposition, comme levier pour amener le régime à davantage de concessions", à l'heure où elle exige de Nkurunziza un mandat écourtée, qui devrait aboutir, au bout d'une transition d'un an, à de nouvelles élections. Mais là encore, elle ne peut instrumentaliser 

"Il faut comprendre la position de l’opposition et de la société civile à la lumière du putsch raté du 13 mai, qu'elle a été accusée d'avoir facilité. L’opposition burundaise ne peut se permettre d'être accusée une seconde fois de cette connivence avec une rébellion extérieure et doit donc prendre ses distances avec ce mouvement armé. Au niveau de la prise de parole, à tout le moins" suggère le professeur Nicodème Bugwabari.


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