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AFRIQUE

Le Sénégal cherchait 50 milliards, il en obtient 65 !

Sénégal : Les prêteurs plébiscitent l’Appel Public à l’Epargne de notre pays


Alwihda Info | Par Mamadou Oumar NDIAYE - 28 Juillet 2013 modifié le 28 Juillet 2013 - 14:59

Malgré une politique rigoureuse de réduction des déficits, notre pays a réussi la performance de réaliser une croissance de 3,5 % en 2012 !


M. Amadou Kane, le ministre de l’Economie et des Finances, boit du petit-lait. Il y a de quoi puisque l’Appel Public à l’Epargne (APE) lancé par l’Etat du Sénégal a été un succès au-delà de toutes les espérances. En effet, notre pays cherchait 50 milliards de francs sur le marché financier sous-régional, il a obtenu plus de 65 milliards ! Soit une sursouscription à 130 %. Difficile de faire mieux par les temps qui courent ! La performance est d’autant plus remarquable que cet emprunt est souscrit sur une durée de dix ans, ce qui est une première pour un Etat dans l’espace de l’UEMOA où, jusque-là, à part l’emprunt sur sept ans lancé l’année dernière par notre pays, les « maturités », disons les échéances, les plus longues étaient de cinq ans. Et voilà que non seulement le Sénégal prenait le risque d’emprunter de l’argent sur dix ans, ce à quoi le marché financier sous-régional n’était pas habitué, mais encore il le faisait en baissant le taux d’intérêt proposé aux prêteurs. En effet, si, en 2012, sur l’APE de sept ans, notre pays proposait une rémunération de 6,75 %, cette fois-ci, il n’offrait « que » 6,5 % et encore sur une durée beaucoup plus longue ! Malgré tout, on l’a vu, les prêteurs ont répondu en masse, donnant beaucoup plus que ce que cherchait le Sénégal. Surtout, c’est la première fois qu’une souscription est aussi populaire au niveau de l’UEMOA depuis que les emprunts obligataires y existent.
En effet si, pour les trois  emprunts  lancés par notre pays en 2005, pour ne donner qu’un exemple, 65 personnes physiques seulement avaient souscrit, elles étaient 432 à avoir pioché dans leurs économies pour participer à l’APE sur sept ans de l’année dernière, c’est-à-dire 2012. Et elles avaient souscrit à hauteur de 8, 68 milliards. Record battu pour l’emprunt qui vient d’être bouclé puisque près de 600 personnes physiques ont répondu favorablement en mettant sur la table 6,7 milliards de francs, soit 10,4 % de l’emploi. Quant aux investisseurs institutionnels, aux banques et structures spécialisées, elles se sont bousculées au portillon de cet APE.
 
Jean qui rit et Jean qui grogne. Le Sénégal qui jubile et la Côte d’Ivoire qui fait grise mine. Des Cassandre avaient prédit l’échec de l’emprunt sénégalais en mettant en avant la durée de l’échéance et, surtout, la faiblesse relative du taux d’intérêt. Surtout, il n’était pas évident que les personnes physiques, par exemple, surtout des Africains de l’Ouest, aient suffisamment confiance dans un pays de la sous-région au point de lui prêter leurs économies sur une décennie. Encore moins à un taux relativement faible de 6,5 %. A l’arrivée, on l’a vu, les prédictions de ces Cassandre ne se sont pas réalisées et l’emprunt sénégalais a été plébiscité. Le mérite de notre pays — et en particulier de l’équipe du ministère de l’Economie et des Finances ayant à sa tête le banquier Amadou Kane — est d’autant plus grand que nos cousins ivoiriens ont tenté de torpiller l’emprunt sénégalais en lançant durant la même période un emprunt de 70 milliards non seulement sur une durée plus courte mais encore à un taux sensiblement égal à celui du Sénégal, soit 6,4 %. Tout ça pour rien car, malgré la danse du ventre des Ivoiriens, les prêteurs n’ont pas craqué et les Eburnéens, qui sont de grands planteurs de café et de cacao, se sont… plantés royalement ! En effet, ils cherchaient 70 milliards sur le marché, ils en ont récolté… 43. Un bide ! Apparemment, le président Alassane Dramane Ouattara, lui-même grand banquier et ancien patron du département Afrique du FMI, et son ministre délégué aux Finances, la dame Nialé Kaba — en fait, le vrai ministre des Finances, c’est le Premier ministre Daniel Kablan Duncan —    ont été trop gourmands. En effet, il y a quelques mois seulement, ils avaient lancé un emprunt sur le marché pour lever 93 milliards. Ils avaient pu obtenir 120 milliards et tout le monde avait applaudi cette performance ivoirienne. Sauf que beaucoup parmi les souscripteurs à cet emprunt, en particulier des banques ivoiriennes, avaient payé avec des titres. N’ayant pas eu assez de cash, les Ivoiriens étaient donc obligés de revenir sur le marché avec le risque de sembler tacler par derrière le Sénégal. Avec le résultat que l’on sait…
 
M. Amadou Kane, donc, boit du petit-lait. Et en nous recevant mercredi juste avant d’aller accueillir le président de la République, il arborait une mine particulièrement radieuse. Ce qui était plutôt rare ces temps derniers. Refusant de commenter l’antijeu ivoirien, il estime en revanche que le succès de l’APE sénégalais est la meilleure preuve de la confiance que l’économie sénégalaise inspire. Une économie dont les fondamentaux sont de nouveau solides, poussant l’agence de notation Standard and Poor’s à réapprécier la notation de notre pays de B+ à perspective négative à B+ perspective positive (voir encadré).
 
 
Clignotants au vert
 
Ces performances de notre économie sont d’autant plus remarquables qu’elles ont été obtenues dans un contexte très difficile marqué notamment par un déficit record de 7,2 % du budget — avec les mesures d’urgence en faveur du mode rural prises par le président de la République dès son entrée en fonction on avait même parlé d’un déficit de 8,2 %, un taux que M. Amadou Kane se refuse de confirmer « pour ne pas provoquer une polémique inutile ». En moins de six mois d’une politique rigoureuse, ce déficit a été ramené à 5,8 % et devrait atteindre 5,6 % à la fin de l’année en cours. En 2015, il devrait passer sous la barre des 4 %. Dire que le FMI voulait que  le Sénégal fasse 4,9 % dès cette année ! « Nous avons dit : ce n’est pas possible et annoncé que nous allons creuser le déficit dans des proportions raisonnables pour favoriser la relance. Nous ne pouvons en effet pas laisser filer ce déficit, car un déficit, ça se finance ! » explique M. Amadou Kane. Le grand argentier sénégalais et ancien responsable Afrique de la BNP Paribas révèle aussi que, depuis bientôt deux ans, notre pays n’a pas recouru à l’argent du Fonds auprès duquel il a souscrit à une Revue. Outre la réduction du déficit, le ministre de l’Economie et des Finances est parvenu à ramener l’inflation de 3,4 à 1,4 %. Le plus extraordinaire c’est que, malgré ce contexte de serrage de vis, et en particulier de fermeture du robinet des dépenses publiques — ou en tout cas de réduction du jet de liquidités —, le Sénégal est parvenu à réaliser une croissance vigoureuse ! En effet si, en 2011, le taux de croissance était de 2,1 % et si le premier trimestre de 2012 avait été pratiquement perdu du fait des péripéties pré-électorales, notre pays a redressé la barre et a terminé l’année avec 3,5 % de croissance. Et à la fin du mois de mai dernier, comme nous l’avons révélé dans notre dernière édition, ce taux était déjà de 3,8 %. De quoi nourrir raisonnablement l’espoir de réaliser l’objectif fixé, c’est-à-dire une croissance de 4 % en 2013. En attendant de monter en puissance pour atteindre 7 % à l’horizon 2017… L’optimisme est d’autant plus permis que, pour plusieurs raisons, tenant notamment à la saisonnalité de certaines activités économiques, le second trimestre est traditionnellement meilleur pour les affaires que le premier. En particulier, la campagne agricole se déroule durant ces six derniers mois avec une importante injection de liquidités en milieu rural, sans compter les fêtes de fin d’année mais aussi les événements religieux comme la Korité et la Tabaski au cours desquels la consommation s’emballe. Il y a aussi la rentrée des classes qui constitue un casse-tête pour les parents… qui sont malgré tout obligés de se saigner à blanc pour faire face aux frais de scolarité de leurs enfants. Tout cela combiné à l’accélération de la mise en œuvre des projets du président de la République, mais aussi la distribution des bourses familiales aux ménages démunis, devrait booster l’économie. Et fouetter le taux de croissance. Comment donc réussir le tour de force de réduire à la fois les déficits et de relancer l’économie ? « Notre ligne directrice a été de réaliser le triptyque ‘’réduire le déficit sans casser la croissance tout en maîtrisant l’inflation’’ ». Surtout en veillant à intégrer les préoccupations sociales du président de la République, comme les bourses sociales et le soutien au monde rural, dans les allocations budgétaires. Une opération qui ressemble à la quadrature du cercle mais qui, pourtant, a été couronnée de succès. Toutefois, la botte secrète de M. Amadou Kane a consisté surtout à « reprofiler » la dette sénégalaise qui, avant l’accession du président Macky Sall au pouvoir, recourait massivement aux emprunts à court terme et à des taux élevés. C’est bien simple d’ailleurs : lorsque le duo Amadou Kane – Abdoulaye Daouda Diallo prenait les manettes des Finances, le service de la dette représentait 40 % des recettes de l’Etat. Intenable ! Dès lors, il fallait donner la priorité aux emprunts concessionnels ainsi qu’aux crédits à moyen et long termes comme les APE de 2012 et 2013. Une politique payante puisque, rien qu’en jouant sur les taux, le gouvernement a pu économiser 12 milliards de francs… qui lui ont permis d’absorber les dérives sur les salaires.
 
En fait, le frêle navire piloté par M. Amadou Kane navigue constamment entre des récifs escarpés et sur une mer en furie. Les urgences sont partout présentes et il faut sans cesse renflouer la coque de l’embarcation. Ainsi, alors que les besoins sont nombreux et augmentent sans cesse, les recettes de l’Etat ont baissé au cours des quatre premiers mois du fait de la mise en place du nouveau Code des Impôts. Le Sénégal mettait en œuvre en effet la plus ambitieuse réforme fiscale de son histoire. Malgré les intenses efforts d’explication entreprises par l’administration fiscale depuis plus d’un an — plus de 60 réunions tenues avec divers secteurs socio-économiques —, les campagnes d’explication par voie de presse, les séances de travail techniques avec le patronat, les syndicats etc., la mise en œuvre a suscité de fortes résistances de la part de certains secteurs. Résultat : les recettes collectées n’ont pas été à la hauteur des projections. C’est donc dans ce contexte difficile que notre pays a commencé l’année. Malgré tout, M. Amadou Kane se veut rassurant car, assure-t-il, au cours des deux derniers mois, il y a eu un frémissement dans ces recettes, en ce sens qu’elles se sont accrues légèrement. Sans doute pas assez pour combler le gap des trois premiers mois mais, si la tendance se poursuit, à la fin de l’année le Sénégal devrait frôler ses objectifs annuels de recettes. Heureusement qu’il y a le marché financier sous-régional où la signature de notre pays est particulièrement appréciée, on l’a vu. Un marché où, malgré la confiance qu’il inspire, notre pays préfère faire une politique des petits pas et marcher sur des œufs, ne s’endettant qu’en fonction des besoins. Après l’APE de l’année dernière, il a levé 88 milliards au début de cette année et vient de boucler avec succès un emprunt de 50 milliards qui lui a rapporté en définitive 65 milliards. Et pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or des emprunts obligataires, il se dit qu’à chaque jour suffit sa peine. Surtout que le Sénégal prépare activement son grand emprunt eurobond de 500 millions de dollars sur le marché européen. Mais chût, on ne vous rien dit !!!
 
Mamadou Oumar NDIAYE
« Le Témoin » N° 1132 –Hebdomadaire Sénégalais ( JUILLET  2013)



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