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Le ciel se vide au dessus du Qatar, sur fond de crise diplomatique avec le camp prosaoudien


Alwihda Info | Par AFP/ Le Monde - 6 Juin 2017 modifié le 6 Juin 2017 - 16:28

Le Koweït et la Turquie ont cherché à établir un lien avec Doha, qui se retrouve en difficulté à la suite de la fermeture de toutes les frontières terrestres et maritimes avec l’Arabie saoudite et ses alliés.


« Annulé ». Sur les tableaux d’affichage du gigantesque aéroport international Hamad de Doha, l’un des plus luxueux au monde, la mention se retrouve en face de nombreux vols, depuis que le Qatar est visé par un boycott régional de l’Arabie Saoudite et ses alliés.

Les compagnies aériennes d’Arabie saoudite, des Emirats, de Bahreïn et d’Egypte ont suspendu « jusqu’à nouvel ordre » tous leurs vols à destination ou en provenance du Qatar. Sans le même temps, Qatar Airways, qui dessert neuf villes en Arabie, a annoncé avoir suspendu sine die tous ses vols vers le royaume saoudien, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte.

Aprrovisionnement en vivres

A ces interdictions de vol s’ajoutent des mesures économiques comme la fermeture de toutes les frontières terrestres et maritimes entre ces pays et le Qatar, ou encore des restrictions aux déplacements des personnes.
Le blocus économique anti-Qatar a également déclenché une ruée sur les supermarchés dans le petit émirat gazier. Affolés par la perspective de pénuries, les habitants se pressaient devant les caisses enregistreuses, poussant des Caddie remplis à ras bord de victuailles. L’essentiel de l’approvisionnement alimentaire du pays, une presqu’île désertique à peine plus grande que la Corse, provient de l’extérieur.
« Environ 40 % de l’approvisionnement alimentaire du Qatar transite par la frontière terrestre avec l’Arabie saoudite », selon une étude d’Anthony Skinner, directeur pour le Moyen-Orient de Verisk Maplecroft, un cabinet de conseil mondial en risques. L’alternative pour le Qatar est d’importer des vivres d’Iran ou d’Oman par voie maritime, et par avion depuis la Turquie, l’Europe et l’Asie du Sud-Est. Des contraintes qui risquent de faire flamber le prix des aliments.

Appel à un « dialogue ouvert et honnête »

L’Arabie saoudite, le Yémen, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont invoqué des questions de sécurité nationale pour justifier la rupture des relations diplomatiques avec leur voisin. Ils l’accusent, en effet, de déstabiliser la région et de soutenir des « groupes terroristes », y compris Al-Qaida, l’organisation Etat islamique (EI) et la confrérie des Frères musulmans. Il lui est aussi reproché de ne pas prendre assez de distance avec l’Iran, grand rival de l’Arabie saoudite.

Riche pays gazier à la politique étrangère controversée, le Qatar avait au départ réagi avec colère aux décisions annoncées par Riyad et ses alliés, les accusant de vouloir le mettre « sous tutelle » et de l’étouffer économiquement.
Mais le pays a depuis infléchi son discours. Dans la nuit de lundi à mardi, le Qatar a donné l’impression de chercher une issue à la crise, appelant à un « dialogue ouvert et honnête ». Dans un discours diffusé par la télévision Al-Jazira, le chef de

la diplomatie de l’émirat, cheikh Mohamed Ben Abderrahmane Al-Thani, a assuré qu’il n’y aurait pas « d’escalade » de la part du Qatar.

Des médiateurs

Dans le même temps, plusieurs pays ont essayé de jouer les médiateurs dans cette crise, la plus grave depuis la naissance du Conseil de coopération du Golfe (CCG), en 1981.
L’émir du Koweït doit se rendre mardi 6 juin en Arabie saoudite pour s’entretenir avec le roi Salmane. Le ministre des affaires étrangères qatari a expliqué à la chaîne de télévision Al Djazira que Doha voulait donner à l’émir du Koweït la possibilité de « communiquer avec les parties impliquées dans la crise et de tenter de maîtriser la situation ».
La Turquie, qui entretient des rapports étroits avec les monarchies du Golfe, a aussi prôné le dialogue. Lundi soir, le roi Salmane a reçu un appel téléphonique du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Le porte-parole de ce dernier a fait savoir que M. Erdogan avait entrepris « des efforts diplomatiques » qui pourraient durer des « semaines ».
La France a souhaité mardi qu’un dialogue s’engage dans la région du Golfe, insistant sur « la progression de l’intégration régionale » et assurant de sa coopération dans la lutte contre le terrorisme.
Alliés à la fois de Riyad et de Doha, les Etats-Unis avaient invité dès lundi les pays du Golfe à rester « unis », par la voix du secrétaire d’Etat, Rex Tillerson. Le Qatar héberge la plus grande base aérienne américaine dans la région, forte de 10 000 hommes, et siège du commandement militaire américain chargé du Moyen-Orient. Cette base est cruciale pour la lutte menée contre l’organisation djihadiste Etat islamique en Syrie et Irak par la coalition internationale menée par Washington, et dont fait partie Doha.

 
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/06/06/crise-avec-le-qatar-les-vols-a-destination-ou-en-provenance-de-doha-annules_5139221_3218.html