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AFRIQUE

Les Kényans aux urnes pour des élections à couteaux tirés


Alwihda Info | Par AFP - 8 Août 2017 modifié le 8 Août 2017 - 09:40

Ces incidents, couplés à une campagne acrimonieuse, ont fait ressurgir le spectre des violences électorales de 2007-2008, les pires enregistrées dans cette ex-colonie britannique depuis son accession à l'indépendance en 1963.


/ © AFP / TONY KARUMBA, SIMON MAINA
/ © AFP / TONY KARUMBA, SIMON MAINA
Les Kényans se rendent aux urnes mardi pour des élections générales sous tension, le candidat de l'opposition Raila Odinga accusant le camp du président Uhuru Kenyatta de préparer des fraudes pour se maintenir au pouvoir.

Le climat s'est assombri ces huit derniers jours, avec l'assassinat d'un responsable informatique de la commission électorale et un raid présumé des forces de l'ordre contre un centre de décompte des voix de l'opposition, catégoriquement démenti par la police.

Ces incidents, couplés à une campagne acrimonieuse, ont fait ressurgir le spectre des violences électorales de 2007-2008, les pires enregistrées dans cette ex-colonie britannique depuis son accession à l'indépendance en 1963.

L'opposition, déjà emmenée par Raila Odinga, avait crié à la fraude à l'annonce de la réélection du président Mwai Kibaki. Le Kenya avait plongé dans deux mois de violences politico-ethniques et de répression policière, qui avaient fait au moins 1.100 morts et plus de 600.000 déplacés, et traumatisé un pays jusque-là réputé stable.

Lundi, le président a demandé à ses concitoyens de voter en nombre et "en paix", tandis que son rival M. Odinga l'a félicité pour sa campagne et a appelé à ce que "le candidat le plus fort l'emporte".

Quelque 19,6 millions de Kényans, dont la moitié ont moins de 35 ans, sont appelés à élire leurs président, gouverneurs, députés, sénateurs, élus locaux et représentantes des femmes à l'Assemblée.

Une fois de plus, c'est la présidentielle entre Uhuru Kenyatta et Raila Odinga, réédition de l'affiche de 2013, qui concentre le plus de passions. Les sondages, quelque peu discordants, augurent d'un duel serré pour ce nouvel épisode de la lutte dynastique entre les deux familles.

Raila Odinga, 72 ans, est le fils de Jaramogi Oginga Odinga, qui occupa brièvement le poste de vice-président et fut surtout le grand perdant de la lutte post-indépendance pour le pouvoir, au profit du premier chef d'État Jomo Kenyatta, le père d'Uhuru.

- Résultats contestés? -

Un deuxième tour entre les deux hommes est techniquement possible mais jugé peu probable par les instituts de sondages, qui créditent les six autres petits candidats d'à peine 1% des voix au total.

Jusqu'au bout, le parti au pouvoir Jubilee et la coalition d'opposition Nasa se sont dits certains de leur victoire. Au point que pour Nic Cheeseman, professeur de politique africaine à l'université de Birmingham, "il semble quasiment inévitable que le perdant, quel qu'il soit, remette en cause le résultat".

Le vote au Kenya se joue plus sur des sentiments d'appartenance ethnique que sur des programmes, et MM. Kenyatta (un Kikuyu) et Odinga (un Luo) ont mis sur pied deux puissantes alliances électorales. La capacité de chaque camp à mobiliser ses supporteurs sera l'une des clés du scrutin.

Candidats à un nouveau mandat de cinq ans, le président sortant, 55 ans, et son vice-président William Ruto (un Kalenjin), débarrassés en cours de mandat des poursuites devant la Cour pénale internationale relatives aux violences de 2007-2008, ont mis en avant leur bilan économique.

Depuis 2013, le pays a aligné des taux de croissance à plus de 5% et développé ses infrastructures, dont la nouvelle ligne ferroviaire entre Nairobi et le port de Mombasa, sur l'océan Indien.

Raila Odinga a dénigré ce bilan. Se posant de nouveau comme le garant d'une croissance économique mieux partagée, il a dénoncé la hausse des prix des denrées alimentaires, plus de 20% sur un an en mai.

- Déploiement sécuritaire -

Comme en 2013, le pays utilise un système biométrique d'identification des électeurs et de transmission électronique des résultats. Pour de nombreux observateurs, la crédibilité du scrutin repose sur la fiabilité du système.

En 2013, une partie du système électronique s'était effondrée, alimentant les soupçons de fraude à l'annonce de la victoire, dès le premier tour, de M. Kenyatta. La Cour suprême, saisie par l'opposition, avait validé le résultat.

Le scrutin va donner lieu au déploiement sans précédent de plus de 150.000 membres des forces de sécurité, censés veiller au bon déroulement du scrutin qui se tiendra entre 06H00 et 17H00 (03H00 à 14H00 GMT) dans quelque 41.000 bureaux de vote.

Comme à chaque élection dans ce pays de 48 millions d'habitants, de nombreux Kényans travaillant dans les grandes villes sont rentrés dans leurs villages pour voter, mais aussi par mesure de précaution. Certains ont également fait des provisions.

Fataliste, un employé d'une station service de Nairobi, Peter Wairimu, résumait bien l'atmosphère dans le pays: "Les gens espèrent le meilleur mais se préparent au pire".



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