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LIVRE

Littérature : La poubelle peut parfois enfanter le bien


Alwihda Info | Par Franck Cana - 3 Juin 2014 modifié le 3 Juin 2014 - 14:19


Littérature : La poubelle peut parfois enfanter le bien

Franck Cana

C'est un ouvrage d'une exquise bonté : il semble mener à la « vertu d'humanité », chère à Confucius, comme si l'auteur est excédé par les agissements retrogrades de ses contemporains. On est d'abord en Afrique, ensuite on passe par les États-Unis et la France. Le point de départ du quatrième roman de l'écrivain congolais Raymond Loko, « Une folle dans la cour du roi », est en Cote-d'Ivoire.  
 
Après une rencontre amoureuse liant désormais Franck le congolais à Aminata la malienne à la faveur de la Saint-Valentin, l'idylle se déroule au cœur des drames survenus dans ce pays, suite à la tentative de coup d'état contre la présidence de Laurent Gbagbo. « Des individus qui prennent les armes pour attaquer le pouvoir doivent être réprimandés par la force », écrit l'auteur, dans un langage précis et lyrique. L’intérêt d'un roman influencé par l'actualité demeure dans l'option de ce romancier qui est, également, un acteur politique dans son pays.
 
Une vie dans les poubelles
 
Le malheur qui vient surprendre les amoureux va faire basculer cette femme dans la folie. Elle se retrouve à la rue et vit dans les immondices avec son enfant, Mongo Albert. Ce livre élève le véritable amour, décrit les mauvais comportements et parle de l'incertitude de l'existence humaine. Ceux qui sont à la marge, ceux qu'on pointe du doigt à cause de leur état n'attendent plus grand chose de la vie. Ils deviennent parfois, du fait de leur vulnérabilité, les proies faciles de certains. «Aminata, plusieurs fois, on surprenait les hommes en armes, chargés d'assurer la sécurité des personnes et des biens de la République, tirer leur coup de rein sur elle ». Par moments, l'écriture s'enthousiasme, les mots prennent des couleurs, la détresse de celle qui est dorénavant appelée « la folle d'Adjamé » et de son fils secouent le lecteur.
 
 
La trame atteste la souveraineté de Dieu sur le destin de l'homme. Ce qui n'est pas vertueux et les comportements déviants sont proscrits. « Ces occidentaux qui nous ont apporté la science sont ceux-là mêmes qui ont atteint de nombreux extrêmes dans la bêtise sexuelle. Même les animaux qui vivent d'instinct ne copulent  jamais avec des partenaires de même sexe...Quelle abomination ! ». Paradoxalement, le texte de Raymond Loko va loger l'enfant d'Aminata chez un couple homosexuel aux États-Unis, à l'âge de trois ans. Bigre ! Cette reculade, mégarde rédactionnelle ou contradiction, pourrait bien être la faiblesse de cet écrit.
 
La constitution ne permet pas au président sortant de briguer un autre mandat
 
Mongo Albert accède plus tard à la magistrature suprême au Congo avant d'en devenir le roi. Malgré le déséquilibre mental de sa mère, il tient à vivre près d'elle. Pour lui, sa maman est comme « les seins d'une mère » : « Même lorsqu'ils ont des plaies, un enfant les tète toujours ». Il dirige son pays avec rigueur et n'hésite pas à jeter en prison les auteurs de détournements de fonds publics. L'impunité n'existe pas sous son règne. Les forces morales ainsi que les vertus liées au travail sont mises en avant, la dépravation des mœurs n'est plus permise, les élections ne sont plus truquées ni en amont ni en aval et le pays se développe. Ce livre nous permet de réaliser que, parfois, même la poubelle peut avoir quelque chose de bon à offrir à la société.
 
Franck CANA
« Une folle dans la cour du roi », de Raymond Loko, éditions Baudelaire, 124 pages, 13,50 euros.