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AFRIQUE

Mali : le Tchad doit assurer le commandement militaire de la MINUSMA


Alwihda Info | Par Eugène WOPE - 11 Mai 2013 modifié le 11 Mai 2013 - 01:55

Des forces armées d’Afrique de l’ouest et du centre, celles du Tchad sont à ce jour les seules ayant démontré une capacité à combattre efficacement sur le théâtre malien. C’est pour cette raison qu’il serait judicieux que le Tchad prenne une part significative dans le commandement des futures forces onusiennes déployées au Mali (MINUSMA).


Un véhicule de l'armée tchadienne au Mali, en premier plan. Credits photos : Abdelnasser Gorboa
Un véhicule de l'armée tchadienne au Mali, en premier plan. Credits photos : Abdelnasser Gorboa
Il est vital que l’Afrique joue un rôle prépondérant dans le commandement militaire de la force de 12 600 Casques bleus devant être déployés au 1er juillet prochain dans le cadre de la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), pour une période initiale de 12 mois. Parce que le Mali est un pays africain. Parce que le risque d’extension de la crise malienne à d’autres pays du continent est bien réel, par contagion. Et enfin parce que l’Afrique doit se positionner comme un acteur déterminant de la résolution des conflits du continent, afin de pouvoir peser pour son propre compte dans les nouveaux équilibres géopolitiques qui en émergeront.

Cette force de maintien de la paix créée par l’ONU doit non seulement stabiliser les villes du nord du Mali reconquises, mais également empêcher le retour de groupes islamistes armés. Elle sera donc de facto dotée d’une composante combattante. Cette disposition de la résolution onusienne est opportune, du fait de l’indigence des forces armées maliennes actuelles qui ne feraient pas le poids si elles se retrouvaient seules faces aux combattants islamistes (Al Qaeda au Maghreb Islamique « AQMI », Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest « MUJAO », Ansar Dine) ou indépendantistes (Mouvement National de Libération de l’Azawad « MNLA »).

Des forces armées d’Afrique de l’ouest et du centre, celles du Tchad sont à ce jour les seules ayant démontré une capacité à combattre efficacement sur le théâtre malien. En dehors du Tchad, le Nigéria est sans doute le seul autre pays de la région pouvant se prévaloir d’une capacité de projection de ses forces armées sur un théâtre de combats lointain, mais ce pays est déjà très occupé sur son front intérieur par la lutte contre le groupe extrémiste Boko Haram, et ses forces armées sont moins aguerries dans les combats en zone désertique. Les forces armées tchadiennes ont probablement la capacité de libérer Kidal de l’emprise du MNLA avec un appui logistique et en renseignement approprié. Cela permettrait de restaurer l’autorité du gouvernement malien sur toute l’étendue du territoire, condition indispensable au processus de normalisation du pays.

L’Afrique doit s’impliquer sans hésiter dans la résolution de la crise malienne. Mais elle ne doit pas s’y engager en ordre dispersé, au risque de subir une défaite humiliante ou de se retrouver cantonné à un rôle subalterne. Les enjeux sont importants, autant pour la paix que pour le contrôle des richesses naturelles dont le continent regorge et qui ne doivent plus désormais profiter aux seules multinationales occidentales, mais doivent également contribuer au bien être du continent [1].

C’est pour cette raison qu’il serait judicieux que les forces armées tchadiennes prennent une part significative dans le commandement des futures forces onusiennes déployées au Mali (MINUSMA). Elles peuvent conduire à la victoire militaire sur les islamistes et à la restauration de l’intégrité territoriale du Mali, un préalable indispensable à une solution durable du conflit bien qu’il ne soit pas suffisant en lui-même. C’est le sens de la demande du président tchadien Idriss Deby pour qu’un général de son armée dirige la MINUSMA. Les succès remarquables obtenus par les troupes combattantes tchadiennes sur le théâtre de combat malien légitiment une telle demande. L’Afrique serait bien inspirée de l’appuyer.

Les craintes exprimées par certains Africains que le Tchad soit le pantin de la France dans cette affaire du Mali sont sans doute exagérées. S’il est clair que la France dispose encore d’une influence significative dans les pays d’Afrique francophone dont le Tchad fait partie, et qu’elle y défend des intérêts spécifiques, il est non moins évident que les Africains en général et les Tchadiens en particulier ont eux aussi des intérêts propres en termes de paix, de sécurité et même d’influence régionale. Le président Idriss Deby du Tchad est certainement ambitieux, mais cela ne peut lui être reproché. Il tente visiblement d’élaborer une vision géopolitique cohérente pour son pays et dans son environnement régional. Ce faisant, il entre sans doute dans le cercle (encore trop restreint malheureusement) de cette nouvelle génération de dirigeants africains qui ont pris conscience qu’ils pouvaient devenir acteur de leur propre destin au lieu de le subir, qu’ils pouvaient élaborer leur propre vision du monde pour agir et non pas seulement réagir aux événements échappant complètement à leur contrôle. Les présidents Paul Kagame du Rwanda et Yoweri Museveni d’Ouganda en sont également de remarquables représentants. C’est exactement de tels dirigeants dont l’Afrique a besoin pour retrouver une place digne et respectée dans un monde concurrentiel et globalisé. Ce continent n’a que trop souffert de dirigeants sans envergure, particulièrement dans sa région centrale constituant un véritable ventre mou, à l’image du Camerounais Paul Biya aux abonnés absents de toutes les causes continentales, du Congolais Sassou Nguesso dont les avis qu’il se précipite pour donner dans différents conflits de la région ne sont entendus que par lui-même (Centrafrique, République Démocratique du Congo), ou de l’Equato-guinéen Obiang indifférent à tout enjeux n’ayant pas de caractère festif.

Quant à l’Afrique du sud, sa maladresse dans la récente crise centrafricaine, qui n’est pas sans rappeler son positionnement alambiqué dans le conflit postélectoral ivoirien en 2011 [2], et son absence dans la gestion de la crise au Mali, confirment l’inexpérience et l’immaturité de cette première puissance économique continentale en matière de politique étrangère. C’est bien dommage, car l’Afrique a besoin d’être tirée politiquement par un pays leader fort et crédible, et il aurait été légitime que le pays le plus puissant sur le plan économique assure également ce leadership diplomatique.

Dans le cadre de la crise malienne, l’Afrique a donc intérêt à s’appuyer sur les forces armées tchadiennes pour gagner en crédibilité, premier pas vers la respectabilité.

Eugène Wope
10/05/2013

[1] http://ewope.over-blog.com/article-crise-du-mali-un-defi-africain-116604962.html
[2] http://ewope.over-blog.com/article-sur-la-crise-ivoirienne-des-regrets-a-de-nouvelles-esperances---lecons-d-une-opportunite-manquee-81715398.html


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