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Manifeste pour une seconde indépendance à Djibouti


Alwihda Info | Par Mouvement patriotique "IOG doit partir" - 28 Juin 2016 modifié le 28 Juin 2016 - 18:28

L'indépendance que nous célébrons depuis 39 ans est nominale et inachevée, il est temps d'engager un ultime combat libérateur pour une réelle indépendance


27 juin 1977 /27 juin 2016 : il y a 39 ans, jour pour jour, notre pays accédait officiellement à son indépendance. 39 ans plus tard, que reste-t-il de cette indépendance ? A-t-on vraiment été indépendant ? Quel bilan peut-on tirer de ces décennies de « liberté » ?
En 1960, les pays de l'Afrique de l'Ouest (plus particulièrement le Congo de Lumumba) célébraient leur émancipation nationale en entonnant la chanson de Grand Kallé «Indépendance cha cha ». Dix-sept ans plus tard, notre pays allait à son tour vibrer au son d'un « indépendance cha cha » djiboutien. Dans la nuit du 26 au 27 juin 1977, les Djboutiens reprenaient tous en chœur le refrain « gobanimo » de la chanson de Mohamed Ali Fourched (AUN) portant le même nom. Le peuple dansait, chantait tout au long de cette nuit. Tout le monde se congratulait, caressait le doux rêve des lendemains meilleurs. Des lendemains qui chantent, le peuple n'en verra pas la couleur. Au contraire, les Djiboutiens vont très vite déchanter. Ils ne verront même pas les premiers rayons du soleil de l'indépendance tant espérée poindre à l'horizon. De gros nuages noirs sortis de nulle part éclipsent le soleil de l'indépendance. Et le pays plonge dans une grande nuit. A l'indépendance escomptée, un règne de ténèbres s'y substitue. Désillusion totale du peuple !
« Entre l'indépendance conçue et voulue par ce grand pionnier, Harbi, et celle qui porta à sa tête un certain Gouled, il y avait évidemment un long chemin, dans une autre direction.... La République de Djibouti a vu le jour le 27 juin 1977 au prix d'une distorsion de l'histoire, dans une sorte de surprise.... A la place du beau cheval escompté, on leur amena une bourrique boiteuse » ainsi l'intellectuel et grand indépendantiste djiboutien feu Omar Osman Rabeh décrivait très justement le tour de passe-passe du pouvoir colonial dans son livre autobiographique « le cercle et la spirale ». La bourrique boiteuse, c'est la décolonisation en trompe-l’œil conçue par le colonisateur, autrement dit l'indépendance nominale. Le peuple n'est pas dupe, il décèle très vite la supercherie.
On définit la notion d'indépendance comme une « qualité d'un groupe, d'un pouvoir qui n'est pas soumis à un autre, qui est libre de toute sujétion ». La population djiboutienne a compris que non seulement leur pays restera toujours soumis à la puissance coloniale, la France pour ne pas la nommer, mais aussi qu'il sera dirigé par un autocrate néo-colonial. La France a placé à la tête de ce pays nouvellement indépendant, sur le papier s'entend, leur laquais Gouled. Un homme-lige qui a toute la confiance de la puissance tutélaire et ce pour la simple raison que ce valet de la puissance occupante a toujours mené un combat d'arrière-garde en faveur du colonisateur. Pendant la période coloniale, le Vieux luttait contre ses compatriotes qui avaient, eux, décidé de se battre pour la libération de leur pays. Dès l'accession à l'indépendance nominale, le peuple a vite compris qu'il s'est trompé de dirigeant. Les Djiboutiens savaient pertinemment que la gouvernance de Gouled, survenu dans des conditions particulières et un moment d'inattention du à l'euphorie de la fête, n'augurait rien de bon. Le peuple ne s'y est pas trompé. Une fois au pouvoir, le tyran Gouled a ôté son masque et relevé son vrai visage, un visage perfide et félon. La suite, tout le monde la connaît: le premier autocrate de Djibouti a régné, pendant 22 ans, par la « force et la terreur » . Un pays où la loi martiale était en vigueur pendant une quinzaine d'années. Est-il nécessaire de souligner que le vieux Gouled a trahi les idéaux de l'indépendance. Ce nouveau colon a neutralisé toute expression oppositionnelle, à commencer par les héros de l'indépendance. Ces derniers étaient soit marginalisés, soit tués, soit bannis du territoire. Dès les premiers mois de l'indépendance nominale, cet autocrate a mis en place un régime autoritaire caractérisé par la négation des droits de l’homme les plus élémentaires et l'encagement du peuple. Les Djiboutiens devenaient ainsi des otages dans leur propre pays. Pour bien mener sa politique d'oppression et d’asservissement du peuple, le vieux se fait épauler par son neveu, le collaborateur notoire du colonisateur Ismail Omar Guelleh. Pendant plus de deux décennies, ce tandem va faire régner un climat de terreur dans ce petit pays de la Corne de l'Afrique. En 1999, Gouled intronise son neveu Guelleh et lui file le fauteuil présidentiel. Dévolution monarchique réussie : à Djibouti, le pouvoir se transmet d'oncle à neveu. Depuis cette date, le roitelet Guelleh s'accroche au fauteuil que son oncle lui a légué. Il vient juste de rempiler pour un quatrième mandat, un mandat renouvelable à vie.
39 ans que le peuple subit le joug d'une dictature clanique, une petite clique mafieuse sans foi ni loi. 39 ans que la population djiboutienne est assujettie à l'asservissement, à l'oppression, à l'injustice tant humaine et sociale. Et l'on ose parler de célébration de l'indépendance. Qu'y a-t-il à fêter ? Les 39 ans de gâchis, de mal-gouvernance, de dictature, de pauvreté, de misère, d’injustice sociale, de massacre, de répression, d'oppression et tutti quanti ? Ou la quatrième décade du règne de la dictature clanique ? Fêter une telle aberration, c'est insulter la mémoire des martyrs tombés sous les balles de la puissance coloniale. Il est risible de fêter une indépendance nominale et fictive. Pour qu’il y ait fête, il faudrait qu’il y ait quelque chose à fêter. Non, il n'y a rien à célébrer. Par contre, ce qui nous incombe en ce jour si particulier, c'est le devoir de mémoire. Rendons hommage à tous nos martyrs: les héros morts pour la patrie, les victimes du colonialisme et celles du néo-colonialisme.
39 ans, ça suffit ! Cette dictature clanique, il est urgent que Djibouti en soit débarrassée. Il nous faut prendre la décision irrévocable de changer notre destin, de tourner la page du pouvoir monolithique de Guelleh. Reconquérir notre souveraineté nationale confisquée, tel doit être notre objectif commun. Cette reconquête ne se fera pas sans coup férir. Face à un régime féroce et déterminé à ne lésiner sur aucun moyen pour rester au pouvoir ad vitam æternam, il faut se préparer à une lutte sans merci et ne pas hésiter à avoir la main leste pour briser les chaînes de la servitude. La liberté ne se donne pas, elle se conquiert. N'ayons pas peur d'affronter, de braver les instruments de répression du régime de Guelleh. Ayons toujours à l'esprit qu'aucune forme d'oppression ne peut venir à bout de la détermination d'un peuple organisé et souverain, prêt à mourir pour reconquérir sa liberté bafouée.
« Un problème sans solution est un problème mal posé » écrivait Albert Einstein. Pour en finir définitivement avec la dictature clanique, il n'y a qu'une seule solution : enclencher un vaste mouvement pour une seconde indépendance, une vraie lutte pour la reconquête de notre souveraineté confisquée. Manifeste pour une seconde indépendance, voilà notre nouveau leitmotiv ! Le 1er président tunisien de l’ère post-ben ali, Marzouki, a très expliqué la seconde indépendance que nous appelons de nos vœux: « Aujourd'hui, nous avons une deuxième indépendance à conquérir, cette fois-ci contre l'occupant intérieur, à savoir l'ensemble des hommes et des femmes sans foi ni loi organisés en clans et qui se sont appropriés l'état, les richesses, les honneurs …. sans contrepartie significative. Leur échec est patent sur tous les plans. Afin de camoufler ce désastre et de conserver la clef du coffre-fort dans leurs poches, ils se servent de la police, voire de l'armée, avec pour objectif fondamental leur sécurité et leur maintien ad vitam æternam au pouvoir. Ces gens traitent leur population avec le mépris et la cruauté des anciens colonisateurs. En fait, nous avons changer de maîtres. De la même façon qu'on ne peut amender le colonialisme ou l'apartheid, il est impossible d'amender une dictature » (passage extrait de son livre d’entretien intitulé « Dictateurs en sursis »). Nous faisons sienne cette lumineuse réflexion.
Nos parents se sont illustrés pendant la période coloniale, en luttant avec bravoure et courage contre la puissance occupante. Ah qu'elle fut belle la résistance de nos parents ! L'indépendance nationale étant inachevée, il nous appartient de reprendre le flambeau et de d'engager un combat libérateur pour une réelle indépendance. S'il est une démarche stérile, c'est bien celle qui consiste à espérer un changement démocratique de la part d'un régime dictatorial résolument réfractaire à toute alternance politique. Aussi, il est vain de dialoguer avec un tel régime, qui n'a respecté aucun des différents accords conclus avec l’opposition. Il n'y a rien à attendre d'un autocrate prévaricateur, arrogant et cruel. Le mettre hors d'état de nuire est la solution idoine. Les maux qui rongent notre pays depuis son indépendance nominale ont un nom : la dictature clanique dirigée par Guelleh. Chassons-la ! Il convient de souligner que l'édifice de la dictature clanique repose tout entier sur notre collaboration volontaire, résignée, fataliste. Mettons fin à cette collaboration et le régime de Guelleh s'écroulera tout seul. L'histoire nous enseigne d'ailleurs que tout régime dictatorial fondé sur la négation des droits de son peuple est voué à la déchéance .
Pour finir, le soleil de cette seconde indépendance tant espérée et attendue ne pourra poindre à l’horizon que si nous ceignons nos reins et engageons une lutte sans merci contre cette dictature clanique qui nous opprime depuis quatre décades. Levons nous comme un seul homme et clamons tous en chœur « 39 ans, ça suffit ! ».



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