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Mauritanie| Le choix entre le Coup d'Etat militaire et une démocratie esclavagiste et raciste


- 25 Septembre 2008 modifié le 25 Septembre 2008 - 22:08

Une analyse de la situation politique en Mauritanie qui ne tiendrait pas compte des enjeux tribaux et ethniques ne pourrait être que faussée. Les rivalités et solidarités tribales, les rivalités ethniques (Arabes/Berbères, Maures/Négro- mauritaniens, etc.) sont des éléments opérationnels sur le champ politique mauritanien. Par rapport à l'esclavage, le bilan de Sidi ould Cheikh Abdalahi est très mince. La Loi n° 2007 – 048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l'esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes est très insuffisante, dans sa prise en compte de tous les aspects de l'esclavage en Mauritanie


Mauritanie| Le choix entre le Coup d'Etat militaire et une démocratie esclavagiste et raciste
Le choix entre le Coup d'Etat militaire et une démocratie esclavagiste et raciste


Le 06 août 2008, le général Mohamed Ould Abdel Aziz a pris le pouvoir en Mauritanie par la force. Il détrônait ainsi celui qui venait de le limoger de son poste de chef de la sécurité présidentielle. Face à cette situation, il convient d'attirer l'attention sur un fait nouveau en Mauritanie : Il s'agit de l'entrée dans la scène politique des Maures hassan (Guerriers arabes), lesquels se sont toujours crus dépositaires légitimes du pouvoir politique et militaire en Mauritanie.

Avant la pénétration coloniale, les Hassan étaient les maîtres incontestés de l'espace mauritanien. La France avait mis fin à leur suprématie : En effet, celle-ci a vaincu l'émirat du Trarza en 1902 et en 1909, celui de l'Adrar, le dernier à résister. Les Hassan, hier et aujourd'hui, se croient toujours supérieurs aux Zwaya (Marabouts d'origine berbère) qu'ils considèrent comme leurs sujets, aux Noirs, chez lesquels ils puisent leurs esclaves, et aux Haratine, qui sont leurs serviteurs.

De 1960 à 2005, le pouvoir a toujours été entre les mains des Zwaya. En 2003, les officiers de la tribu Oulad Näcir (Hassan) ont mené un coup d'état militaire qui a fortement affaibli l'ancien régime de Ould Taya. Ce dernier fut sauvé de justesse.

Qui étaient ses sauveurs ? C'étaient le colonel ould Abdel Aziz (général depuis) et le colonel Ely ould Mohamed Vall, deux cousins, issus de la tribu Oulad Bisbäa (Hassan).

Ce sauvetage militaire et politique a montré aux sauveurs la fragilité de Ould Taya, issu de la tribu Smassid (Zwaya). Une interprétation, fondée sur la tradition maure, inciterait à penser que ce sont deux Hassan (Guerriers ) qui ont sauvé un Zawi (Marabout d'origine berbère). L'ordre social maure fait que ce sont les Hassan qui doivent protéger les Zwaya. Depuis, au moins le XIVe siècle, les Hassan ont imposé leur suprématie militaire sur les Berbères et les Noirs dans l'ensemble territorial mauritanien. Les rapports de force issus de cette domination ont donné le monopole du domaine militaire et politique aux Hassan. Quand les armes s'expriment, les Zwaya (marabouts d'origine berbère) disparaissent et apparaissent alors les Hassan avec leur bravoure et orgueil. En 1975, lors de la guerre Sahara Occidental, les Guerriers, les Négro-mauritaniens et les Haratine sont allés au front. Les militaires berbères ont trouvé de multiples alibis pour ne pas combattre. La bravoure et l'orgueil sont les moteurs du Hassani (Guerrier). Tout ce que fait un Hassani, un autre le fera. Les Hassan rivalisent de bravoure et d'orgueil. Ils appartiennent à l'aristocratie et sont habités par un esprit aigu de rivalité. La Mauritanie vit aujourd'hui une phase de son histoire où les Hassan sont en train de reconquérir le pouvoir. La tentative de prise du pouvoir en 2003 a conduit au coup d'Etat de 2005 dont les principaux acteurs sont Mohamed Ould Abdel Aziz et Ely Ould Mohamed Vall (Hassan ). Ely Ould Mohamed Vall a dirigé le CMJD (Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie ) et a assuré la transition 2005/2007. Il a occupé le fauteuil présidentiel. Dans la logique de rivalité qui caractérise les Hassan, Mohamed Ould Abdel Aziz, son cousin, devrait l'occuper à son tour, d'autant plus qu'il est le véritable auteur du coup d'Etat de 2005. Si cette ère Hassan parvenait à s'installer, cela conduirait à une rotation au pouvoir politique de toutes les tribus Hassan (Oulad Bisbäa, Oulad Näcir, Oulad Daoud, Oulad M'bareck, Oulad Demane, Oulad Ahmed Mëndemane, Oulad Ghaylane,…)

Car aucune tribu hassan n'accepterait, passivement, la domination de ses rivaux. Le fait que les officiers et notamment Ould Abdel Aziz aient soutenu Sidi ould Cheikh Abdallahi n'était pas un hasard.

Celui-ci est le Mari de Khattou mint El Boukhari, cousine de Ould Abdel Aziz et Ould Mohamed Vall. Ces derniers croyaient le tenir pour deux raisons : ils l'ont aidé à accéder au pouvoir et pensé que son épouse, leur cousine, les aiderait à le manœuvrer. La suite est connue. Le retour des Hassan au pouvoir, dans le cadre d'une logique féodale, fait courir à la Mauritanie des risques d'instabilité, du règne de la force, de l'extorsion, de la perpétuation de l'esclavage, du racisme, etc. Mohamed Ould Bouamatou, homme d'affaires influent, Hassan des Oulad Bisbäa et cousin de Ould Abdel Aziz et de Ould Mohamed Vall, a traité Saghïr Ould M'Bareck, ancien Premier ministre sous l'ère de Ould Taya, d'esclave et de sanglier (Ärr). Ely Ould Mohamed Vall a nié l'existence de l'esclavage en Mauritanie, dans un discours à Rosso. Ould Abdoul Aziz avait déclaré, suite au coup d'Etat de 2005, que tous ceux qui évoquent l'esclavage et le racisme veulent saboter la transition alors que ces deux fléaux continuaient à sévir dans le pays.

Une analyse de la situation politique en Mauritanie qui ne tiendrait pas compte des enjeux tribaux et ethniques ne pourrait être que faussée. Les rivalités et solidarités tribales, les rivalités ethniques (Arabes/Berbères, Maures/Négro- mauritaniens, etc.) sont des éléments opérationnels sur le champ politique mauritanien. Par rapport à l'esclavage, le bilan de Sidi ould Cheikh Abdalahi est très mince. La Loi n° 2007 – 048 du 3 septembre 2007 portant incrimination de l'esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes est très insuffisante, dans sa prise en compte de tous les aspects de l'esclavage en Mauritanie. Elle n'a pas été suivie par des décrets d'application, ce qui limite son efficacité. Les nouveaux affranchis ne sont pas pris en charge par des structures étatiques pour ce qui est de leur alimentation, logement, soins, … Ceux qui se libèrent par le biais des associations humanitaires, et ce, sans l'aide de l'Etat, peuvent facilement retomber dans l'esclavage. A cette absence de prise en charge, vient s'ajouter la complicité de l'administration mauritanienne avec les esclavagistes maures. Les fonctionnaires qui appliquent la loi sont démis de leur fonction. C'est le cas dans « la destitution de l'ancien wali du Brakna, Sidi Maouloud Ould Brahim, qui a coopéré avec la mission de la CNDH qui a libéré la petite esclave Messouda Mint Hova des griffes de ses maîtres à Boghé en est une preuve évidente » (Interview n°27, in www.haratine. com ).

Au cours d'une année entière 2007/2008, 43 esclaves ont été libérés par les ONG, à savoir SOS-Esclaves, AFCF et la CNDH. A raison de 43 esclaves libérés par an, en cent ans, il y aura 4 300 esclaves libérés. A ce rythme, l'esclavage se pérennise. C'est pourquoi la démocratie en Mauritanie est une démocratie raciste et esclavagiste. Les Haratine sont doublement victimes. Victimes en tant que Noirs du racisme d'Etat et du racisme des populations maures. Victimes aussi de leur statut d'esclave qui les met au service des Maures. Que faire ?« De deux maux, il faut choisir le moindre » (Socrate ). Sous l'ère de Sidi Ould Cheikh Abdalahi, la démocratie n'était pas effective en Mauritanie parce qu'elle excluait plus de 50% de la population, c'est à dire la quasi totalité des Haratine, des Castés des deux communautés maure et négro-mauritanienne. Elle était et reste au bénéfice des Féodaux et leurs acolytes maures, noirs et haratine. Cette brèche démocratique aurait, cependant, pu permettre aux acteurs des droits de l'Homme d'agir en vue de changements positifs. L'espoir est que le processus de construction de la démocratie aide à la Libération, l'Emancipation, l'Egalité, la Liberté pour toutes les victimes de l'exclusion. C'est la seule raison pour laquelle A.H.M.E. soutient le respect de la Constitution de 2007 et les institutions qu'elle a prévues. La lutte pour l'émancipation des esclaves est parsemée d'embûches parce que les victimes de l'esclavage ne sont pas aidées. Les partis politiques, à deux ou trois exceptions, ne s'intéressent guère à la question de l'esclavage. La plupart des ONG négro-mauritaniennes refusent d'épauler la lutte haratine. Elles estiment que les militants des droits de l'Homme haratine dénoncent plus l'esclavage négro-mauritanien que l'esclavage maure. Les ONG maures, exception faite de l'AFCF, adressent le même reproche aux Haratine. Elles se plaignent du fait que l'esclavage maure est plus mis en avant et dénoncé que l'esclavage négro-mauritanien. Ces deux attitudes relèvent d'une mauvaise foi. Les Maures tiennent à préserver leur domination et ne s'intéressent qu'à l'arabité, la question palestinienne, etc. Les Négro-mauritaniens sont plus préoccupés par la question des réfugiés, de leur identité, de leurs terres, etc. Dans ces conditions, les Haratine et les Castés doivent faire face à leur responsabilité et lutter pour leur libération.


Mohamed Yahya Ould CIRE
Président de l'association des haratine de Mauritanie en Europe
A.H.M. E
www.haratine.com

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