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AFRIQUE

Niger : 14 paysans tués après avoir été confondus avec des terroristes


Alwihda Info | Par AFP - 7 Juillet 2017 modifié le 7 Juillet 2017 - 01:18

"Ils n'avaient pas prévenu les autorités" alors que c'est une zone rouge interdite d'accès, près de la rivière Komadougou Yobé, qui sert de frontière naturelle entre le Niger et le Nigeria, a expliqué l'élu.


Photo d'illustration du Niger. Helmut Fohringer / APA-PictureDesk / APA
Photo d'illustration du Niger. Helmut Fohringer / APA-PictureDesk / APA
Niamey - L'armée nigérienne a tué mercredi par erreur dans un bombardement 14 paysans dans une région instable du sud-est du pays, les prenant pour des jihadistes de Boko Haram, ont indiqué jeudi des sources locales.

"C'est une bavure militaire qui a coûté la vie à 14 personnes (...) des réfugiés et des déplacés qui étaient rentrés dans leur village près d'Abadam, qu'ils avaient abandonné à cause des exactions de Boko Haram, et qui étaient revenus pour préparer leurs champs", a déclaré à l'AFP un élu de la région de Diffa.

"Ils n'avaient pas prévenu les autorités" alors que c'est une zone rouge interdite d'accès, près de la rivière Komadougou Yobé, qui sert de frontière naturelle entre le Niger et le Nigeria, a expliqué l'élu.

Parmi les tués figurent 12 Nigérians et deux Nigériens, selon le secrétaire général du gouvernorat de Diffa, Yahaya Godi.

"Les militaires les ont pris pour des combattants de Boko Haram. L'armée est sur ses gardes depuis les deux dernières attaques dans cette zone", a indiqué un journaliste local à l'AFP.

Pour pouvoir lutter contre Boko Haram, les autorités ont évacué en mai 2015 les civils de zones frontalières avec le Nigeria et l'accès y est interdit sans autorisation. Cette décision impopulaire chez nombre de déplacés oblige beaucoup d'entre eux à vivre dans des camps. Certains reviennent quand même dans leurs villages pour cultiver malgré l'interdiction.

La région de Diffa est le théâtre depuis plusieurs années de nombreuses attaques du groupe islamiste nigérian Boko Haram, aussi bien contre des soldats que contre des civils. 

"Abadam est une zone interdite donc tout déplacement est considéré comme (étant) celui de (militants) de Boko Haram", a déclaré Yahaya Godi sur une radio locale à Niamey. 

"C'est pour éviter des attaques que l'avion n'a pas tarder à (les) bombarder. Il y a eu cette erreur là. Les gens ont violé l'interdiction, ils ont quitté Diffa pour soit disant faire des travaux agricoles sans informer qui que ce soit. L'avion ne peut pas distinguer (les combattants de Boko Haram des simples paysans). Il y a eu malheureusement 14 morts dont deux Nigériens et 12 Nigérians".

Le village d'Abadam est divisé en deux par la rivière Komadougou Yobé: une partie se trouve au Nigeria et l'autre au Niger. Les deux Nigériens tués sont des déplacés et les 12 Nigérians sont des réfugiés.

Les autorités militaires de la région de Diffa étaient injoignables jeudi après-midi.

En février 2015, Abadam avait déjà été touché par le bombardement d'un avion "non identifié", selon les autorités : une bombe larguée sur une cérémonie funéraire avait fait 36 morts et 27 blessés.

Le village s'était vidé de ses habitants un peu plus tard.

La région de Diffa, qui compte 600.000 habitants, subit depuis 2015 des attaques récurrentes des islamistes nigérians. Elle abrite plus de 300.000 réfugiés et déplacés, qui vivent au milieu d'une population locale déjà très pauvre, selon l'ONU. 

Une force régionale composée du Niger, du Nigeria, du Tchad et Cameroun mène depuis deux ans des opérations de ratissage terrestres et aériennes dans la zone du lac Tchad où se sont retranchés les combattants de Boko Haram. 

Neuf personnes ont été tuées et 37 filles et garçons kidnappés dimanche dans un village de la même région, Ngalewa, lors d'une attaque attribuée à Boko Haram. Deux personnes avaient été tuées dans un attentat suicide perpétré le 29 juin près d'un camp de réfugiés par deux femmes kamikazes, dans le village de Kabaléwa, dans la même zone.