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POLITIQUE

Peut-on s'improviser Président de la République ?


Alwihda Info | Par GBANDI Anatole - 6 Juillet 2015 modifié le 6 Juillet 2015 - 07:29

C'est au comble du malheur, du désespoir que le peuple centrafricain est appelé aux urnes. Il va voter pour une fonction qui est à l'origine de toutes ses catastrophes !


Peut-on s'improviser Président de la République ?
Dans la situation de ni guerre ni paix, de clair-obscur et de pessimisme systématique où se trouve encalminé le navire centrafricain, l'élection présidentielle qui se profile représente sinon une porte de sortie, du moins un espoir de résolution de la crise.

Je voudrais, avant le scrutin, esquisser non pas le portrait mais le profil du prochain président centrafricain. Il sera fait en quelques lignes et surtout en contrepoint des portraits de ses prédécesseurs. Mais d'abord :

L'EMINENTE FONCTION DE CHEF D'ETAT

En temps de paix, elle n'est déjà pas une sinécure, et a fortiori en temps de crise. Les différents présidents qui se sont succédé à la tête du pays ont été d'une incompétence telle qu'ils ont ajouté des crises à la crise du sous-développement, qu'ils étaient venus réduire ou, au moins, juguler. Pour éteindre des feux de paille, ils ont fait venir des mercenaires, qui les ont attisés et propagés à l'ensemble du pays. Le chaos a été engendré par la somme des improvisations, des tâtonnements et des lacunes au sommet de l'Etat. Ces présidents ont collectivement galvaudé la fonction présidentielle. Dans l'imagerie populaire, le président centrafricain est un assoiffé de pouvoir au goût du lucre prononcé, un arriviste mégalomane complètement déconnecté de son pays, un homme qui a toujours raison.

Du coup, la fonction n'est plus vue que comme la couverture légale d'un forban. Tous ceux qui la briguent, même avec les meilleures intentions du monde, éveillent alors les soupçons les plus noirs. On leur fait des procès d'intention. On les catalogue : tel candidat serait un Séléka pur et dur, et tel autre, une émanation des Antibalaka. Tout cela parce qu'une génération de présidents incompétents a fait perdre au peuple toutes ses illusions.

Il faut le comprendre. D'autant que la pléthore de candidatures vient obscurcir un peu plus un jeu démocratique balbutiant. Quel candidat peut garantir à ses compatriotes qu'il fera un bien meilleur président que tous ceux qui l'ont précédé ! Cette question me semble primordiale. Car les présidents ont changé, les gouvernements ont changé, les députés ont changé mais pas le pays, qui s'est enlisé, semble-t-il, dans des sables mouvants.

TOUT LE MONDE PRESIDENT

Aujourd'hui, la Centrafrique ne forme plus ses cadres. Pour suppléer à la carence des enseignants, l'Education nationale a recours à des maîtres-parents. Une partie des enseignants ayant été versée dans l'administration pour diriger des préfectures et des sous-préfectures. Les militaires ne se contentent plus de diriger leurs régiments. Ils sont préfets, directeurs généraux, ambassadeurs... Le président << chercheur >> avait, par décret, créé des professeurs d'université, comme le pape crée des cardinaux. Ainsi va la Centrafrique. Tous les cadres qu'on ne peut former, on les nomme. N'importe qui peut faire n'importe quoi. Le Centrafricain est un génie aux talents protéiformes. Dans la République de n'importe quoi, n'importe qui peut devenir président de la République. Ici, la fonction n'a que des avantages. Certes, quelques demi-tabloïds viendront vous titiller les oreilles, mais c'est presque tout. Pas de sondages, pas de journaux mondialement connus, pas d'élections après les législatives, pas d'interviews d'une heure ou de deux, devant des journalistes à la langue bien pendue. L'opposition est arraisonnée ou marginalisée. Il ne reste plus pour encadrer la fonction présidentielle que des thuriféraires. Oui, en Centrafrique, on peut s'improviser président, roi ou empereur comme l'usurpateur Néron.
Mais cette réalité, cette page sombre, va peut-être bientôt se tourner.

L'ENJEU DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE

C'est au comble du malheur, du désespoir que le peuple centrafricain est appelé aux urnes. Il va voter pour une fonction qui est à l'origine de toutes ses catastrophes. Je souhaite qu'il se fasse violence et vote avec discernement. Je souhaite qu'il vote pour l'oiseau rare qui viendra redorer le blason de la fonction présidentielle, recoller les morceaux du pays et rassembler ses compatriotes pressurés, éparpillés comme des feuilles mortes, et naguère chassés comme du gibier.

Pour cela, il faudra exiger de chaque candidat sérieux, non pas une simple profession de foi ( qui se limite généralement à une reprise à peine déguisée des idéologies qui ont montré leur limites ailleurs), non pas non plus un simple programme de gouvernement, mais un véritable projet de société. On m'objectera qu'un démagogue peut promettre monts et merveilles et se retourner contre le peuple une fois élu. C'est vrai et l'histoire de la RCA se prête à ce genre de retournement. Mais instruit par ses vicissitudes, le peuple ne prendra plus pour argent comptant les promesses mirobolantes.

Il ne veut plus d'un démagogue hâbleur, d'un braillard logorrhéique ni d'un taiseux. Je vous fais grâce des exemples que vous connaissez, mais je confesserais que je suis encore turlupiné par le silence houleux qui a suivi le massacre perpétré à l'hôpital de Boguila. Dans n'importe quel pays du monde, il aurait été condamné avec force et diligence. Aucun pays n'aurait attendu que Médecins Sans Frontière s'offusquât de son silence et suspendît ses activités pour consentir à condamner le massacre des innocents ! Les mauvaises langues prétendent aujourd'hui que les autorités centrafricaines n'avaient pas encore reçu le concours de leurs conseillers français. Mais alors, à quoi servent les ministres conseillers ? Outre qu'on n'a pas besoin d'un conseil pour condamner un massacre barbare, le silence des autorités centrafricaines pouvait se retourner contre elles en vertu de l'adage : << Qui ne dit mot consent. >>

Le prochain président ne sera ni un mutique ni un beau parleur. Comme le président américain, et même plus que le président américain ( situation de crise oblige ), il lui faudra s'adresser régulièrement à son peuple. Car quand un dirigeant ne parle pas, son silence fait parler la rumeur.

Parler pour exister : je parle donc nous sommes, pour paraphraser le plus grand philosophe français. Parler pour informer, pour apaiser, pour rendre compte de ses initiatives, des ses rencontres et de ses discussions avec les grands de ce monde.

Le peuple ne veut plus d'un simple gouverneur béni-oui-oui. Les présidents centrafricains ont toujours appliqué à la lettre les oukases du FMI, poussant à la retraite plusieurs vagues de leurs fonctionnaires. Or les Européens qui soutenaient cette politique poussent aujourd'hui des cris d'orfraie, depuis que le FMI exige à l'un des leurs paupérisé, de lui payer rubis sur l'ongle un milliard cinq cent millions d'euros de dettes. Ils découvrent ou font semblant de découvrir les ajustements structurels, qui ont fait tant de mal à l'Afrique. Mais contrairement aux présidents centrafricains, le Premier ministre grec désargenté se bat pour son pays, qui n'a plus rien à perdre, mais qui fait paradoxalement trembler toute l'Europe.

Le peuple ne veut plus d'un président prisonnier de son ethnie, de sa région et de son parti. Le courage pour vous, monsieur le président, consistera à vous arracher des mains de votre parti, et surtout des griffes de votre ethnie.

Les partis naguère n'étaient que des regroupements ethniques. S'ils ne se sont pas idéologisés, le courant principal de chacun d'eux restera son ethnie majoritaire. Monsieur le président, soyez l'antithèse de vos prédécesseurs. Travaillez avec tous vos compatriotes pour sortir le pays de l'ornière.

En France, le parti qui gagne la présidentielle connaît une certaine érosion, contrairement à la Centrafrique où le parti qui la gagne devient hégémonique.

Le peuple ne veut plus d'un demi-dieu, enfermé dans sa tour d'ivoire, ne laissant espérer à sa capitale que quelques apparitions, et à certaines provinces enclavées, des attentes dignes des sectes millénaristes. La misère ne se combat pas à distance. Et donc, monsieur le président, il vous faudra, vous ou vos ministres, descendre sur le terrain, chaque fois que le peuple dans sa chair aura souffert. Certes, il se pose des problèmes de sécurité et de transport dans certaines régions comme le Haut-Mbomou, la Vakaga...Mais ces problèmes font partie des défis que vous aurez à relever.

Le peuple ne veut plus d'un paresseux, avide de richesse, mais d'un homme humble, honnête, travailleur, imaginatif, prévoyant et soucieux de la misère qui galope dans son pays.
La fonction présidentielle étant galvaudée, le pays dévasté, il reste le peuple souverain qui, je l'espère, va s'atteler à sa propre gouvernance, faisant de son prochain président un primus inter pares.

GBANDI Anatole



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