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AFRIQUE

Présidence de l’Ofnac/Sénégal : Nafi Ngom, l’erreur de casting du président de la République !


Alwihda Info | Par Mamadou Oumar NDIAYE - 13 Janvier 2015 modifié le 13 Janvier 2015 - 22:34


S’il devait exister sur terre, en ce XXIème siècle, une République vertueuse du genre rousseauiste où le vol, la corruption, les détournements de deniers publics et autres dissipations de l’argent public seraient fortement punis, tandis que l’éthique, la vertu, la transparence, l’intégrité et autres qualités morales seraient promues, nul doute que cette République-là, ce serait le Sénégal sous le président Macky Sall. En effet, jamais sans doute l’enrichissement illicite, ou prétendu tel, n’aura été autant traqué que depuis avril 2012, lorsque l’actuel président de la République a pris les commandes de ce pays. Certes, la montagne a piteusement accouché d’une souris puisque, là où on nous avait annoncé que quelque mille milliards de francs qui avaient quitté le pays par des voies détournées allaient revenir dans les caisses du Trésor public, jusqu’ici seuls 31 milliards ont été recouvrés. Certes, on nous avait annoncé que le chef de cette gigantesque entreprise de prédation avait détourné plus de 600 milliards de francs, somme finalement réduite à l’issue d’une instruction de 12 mois à 117 milliards, un montant lui-même en train de fondre comme beurre au soleil à mesure que se déroulent les audiences devant la Cour de répression de l’Enrichissement illicite (CREI). Mais enfin, malgré tous ces impairs, pour ne pas dire ces ratés, on ne peut pas dire que la volonté ne soit pas là pour bâtir une République sobre et vertueuse, mais aussi pour faire rendre gorge aux ripoux de l’ancien régime. Ce même si, parmi cette cohorte de ripoux, on ne semble s’acharner que contre une poignée d’individus, la plus grande partie de ces grands voleurs et kleptomanes de la République vaquant tranquillement à ses occupations, si ces hommes et femmes n’ont pas rejoint avec armes et bagages le parti du président de la République. Mais, encore une fois, le plus important, c’est l’intention de combattre les voleurs de la République, une entreprise à propos de laquelle on serait tenté de dire, « vaste perspective ! » comme le Général de Gaulle avait répondu à l’individu qui avait crié « mort aux cons ! » sur son passage. Pour dire qu’on souhaite bien du courage et beaucoup de chance aux initiateurs de cette opération purificatrice à l’image de celle dite « mani pullite » entreprise il y a deux décennies par les juges italiens au premier rang desquels le célèbre Di Pietro.

Une chose est sûre : nul ne peut douter de la volonté de l’actuel président de la République de lutter contre le vol de l’argent public ainsi que de sa détermination à promouvoir une gouvernance irréprochable car transparente. A preuve, le Sénégal est sans doute le pays au monde où il y a le plus d’organes de contrôle censés s’assurer que les fonctionnaires ne mettent pas l’argent public dans leurs poches, ou ne le transfèrent pas dans des paradis fiscaux à travers le vaste monde. De l’Inspection générale d’Etat (IGE), à la Cour des Comptes, du Contrôle financier logé à la présidence de la République à l’Ofnac (Office national de lutte contre la corruption) sans oublier les inspections internes au niveau de tous les ministères, mais aussi l’Autorité de Régulation des Marchés publics et la Direction centrale des marchés publics (chargés de contrôler en aval et en amont l’attribution desdits marchés), ou encore la Commission nationale des contrats de l’Administration (Cnca), il n’est pas un seul franc de l’Etat, un seul marché dont l’attribution ne soit passée à la loupe, disséquée, auscultée, vérifiée sous toutes les coutures. Ce qui, soit dit en passant, ne sert pas à grand-chose vu que les gens continuent de voler. Tout le problème est de savoir si, à l’arrivée, on n’impose pas aux dites finances publiques une sorte de double peine, la première étant le détournement dont elles sont l’objet de la part de milliers de fonctionnaires véreux avec la complicité d’hommes d’affaires plus ploutocrates qu’entrepreneurs. Et la bénédiction de marabouts receleurs. L’autre « peine », si on peut l’appeler ainsi, c’est le coût des multiples corps de contrôle entretenus à grands frais avec l’argent public pour des rendements à peu près nuls.

Dernière en date de ces institutions budgétivores et inutiles supposées dissuader nos compatriotes de voler l’argent public. Ou de s’enrichir de manière illicite comme on dit, l’Office national de lutte contre la corruption qui défraie ces jours-ci la chronique à propos des déclarations de patrimoine que doivent y effectuer un certain nombre de responsables publics. Dans un pays où l’exercice de responsabilités publiques, surtout étatiques, est le plus sûr moyen de se constituer un patrimoine, difficile en effet de demander à des gens pauvres comme Job au moment où ils étaient nommés à des postes de responsabilités, de déclarer l’immense patrimoine — souvent à hauteur de milliards ! — qu’ils ont acquis en quelques années de fonction seulement. Quand on sait que nos dirigeants politiques qui sont passés aux affaires sont presque tous des milliardaires alors qu’ils n’ont pas hérité de fortunes que l’on sache, difficile pour eux de convaincre d’autres voleurs comme eux de justifier, à tout le moins de déclarer leur patrimoine ! Comme me le disait dans les années 90 Fayez Bourgi, oncle de Bibo qui comparaît en ce moment devant la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite, « en tant qu’hommes d’affaires possédant de multiples entreprises et un important patrimoine immobilier, nous sommes sans doute riches. Mais le problème c’est que, dans ce pays, les plus riches, ce sont des fonctionnaires aux salaires modestes ! Ici au Plateau, la plupart des immeubles leur appartiennent. Nous, au moins, nous prenons des risques, nous investissons mais eux… »

La situation n’a pas changé depuis, si elle ne s’est pas aggravée.

Or, donc, l’Ofnac est censé fonctionner comme un épouvantail pour dissuader les gens de voler. Fort bien ! Convenons que la création de cet organe part de bons sentiments et à quelque part pour objectif de montrer aux partenaires techniques et financiers du Sénégal que notre pays a entrepris de prendre par les cornes le taureau de la lutte contre la corruption ! Encore aurait-il fallu apporter un choix particulier au choix de la personne devant diriger cet office — car la majorité des femmes et hommes qui le composent sont des gens respectables et honorablement connus — et qui doit en quelque sorte en être l’incarnation. Or, de ce point de vue, on ne peut franchement pas dire que le président de la République ait eu la main heureuse en nommant Mme Nafi Ngom ex-Ndour à la tête de cette structure. Vindicative, on avait déjà vu ses limites à travers la manière dont elle avait géré le dossier dit des chantiers de Thiès. A l’époque, à travers l’hebdomadaire Le « Témoin », nous avions révélé comment elle avait choisi de mauvais profils — c’est à dire des gens pas du tout qualifiés — pour expertiser les travaux effectués dans la perspective de la fête de l’Indépendance 2004 dans la capitale du Rail. Il y avait, dans la palette de ces « experts », tout sauf des spécialistes en matière de routes. Et pourtant, c’est sur la base de leur rapport qu’un ancien Premier ministre avait été jeté en prison ! Pis, les Sénégalais avaient assisté, ébahis, à la polémique qui avait opposé l’Ige, sous la houlette de Mme Nafi Ngom alors Keïta, au ministère de l’Economie et des Finances, à propos des sommes décaissées pour ce programme. Inouï dans la mesure où, jamais auparavant, la vénérable et prestigieuse institution qu’est l’IGE, dont le mystère faisait en quelque sorte le charme, n’avait eu à polémiquer par presse interposée. Et puis à l’époque, tout le monde savait qu’elle avait demandé des terrains et de l’argent au ministre des Finances, Abdoulaye Diop — qui, las des sollicitations, l’avait envoyée paître. Pour se venger, elle l’avait incriminé dans cette affaire. Pour l’avoir qualifiée de « septième plaie d’Egypte », elle nous avait traînés devant les tribunaux pour diffamation et injures. Relaxé de l’un des chefs, nous avions été condamnés pour l’autre ! Naturellement, à la barre, nous avions maintenu nos accusations de vénalité contre celle qui se présente aujourd’hui sous les habits de chevalière vêtue de probité candide et de lin blanc. Sous la toge du parangon de vertu.

En même temps, tout le monde se rappelle — encore un fait inédit ! —, qu’elle avait réussi à faire coopter son ex-mari à la tête de l’IGE qu’elle dirigeait à l’époque ! Demander par conséquent à cette brave dame de contraindre des hauts fonctionnaires, qui ne la connaissent que trop bien, de déclarer et éventuellement justifier leur patrimoine par-devant elle, c’est le meilleur moyen de plomber la mission de l’Ofnac. Sauf si, évidemment, le président de la République n’avait créé cet Ofnac que pour la galerie et la consommation extérieure, guère pour lutter efficacement contre la corruption. Auquel cas, évidemment, Mme Nafi Ngom serait parfaitement à sa place…

Mamadou Oumar NDIAYE
Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Janvier 2015 )


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