Accueil
Envoyer à un ami
Imprimer
Grand
Petit
Partager
POINT DE VUE

Quand l’Etat humilie ses plus fidèles serviteurs


Alwihda Info | Par Mamadou Oumar NDIAYE - 17 Novembre 2014 modifié le 17 Novembre 2014 - 08:56


Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !Parmi les prérogatives constitutionnelles du président de la République figure celle de nommer aux emplois civils et militaires. Ce pouvoir, il est sacré (tout comme le droit à la manifestation inscrit dans la même Constitution !). Nul ne songerait donc à le remettre en question. Ce même si, pour permettre à ses ministres d’atteindre les objectifs qu’il leur a assignés dans leur lettre de mission, le Président leur permet de choisir leurs collaborateurs. En conséquence de quoi, ils proposent à sa signature des noms de personnalités à nommer à des postes de direction, dans leur cabinet et autres structures. Des propositions qu’il peut accepter ou refuser d’avaliser — et qu’il accepte généralement pour ne pas donner de prétexte à l’inaction à ses ministres.

Cela dit, il y a manifestement de l’abus dans ces nominations, certains ministres ne changeant souvent de collaborateurs que pour mieux caser des copains et des coquins. Mais enfin, ils en ont le droit quoi que l’efficacité et l’intérêt général ne guident pas leurs décisions la plupart du temps. Toujours est-il qu’on n’y peut rien, les textes qui régissent l’Administration le leur permettant. Hélas, dans un pays où le « turn over » ministériel est tellement fréquent qu’il donne le tournis, et où la durée de vie des Premiers ministres est si courte — par conséquent celle des membres de leurs gouvernements —, la rotation des hauts fonctionnaires nommés à la tête des directions nationales ou des grands corps de l’Etat est elle aussi très rapide, ce qui entraîne une perpétuelle remise en cause des politiques menées à la tête de ces administrations. Les nouveaux venus ont à peine le temps de s’imprégner des dossiers, de nommer eux-mêmes leurs propres collaborateurs, de faire le tour des services ou sociétés relevant de leur tutelle et de commencer à travailler que, déjà, ils doivent faire leurs bagages pour céder la place à leurs remplaçants. Mais si

cette valse frénétique peut se concevoir dans certaines structures secondaires, il ne devrait absolument pas en être de même à la tête — tiens ! — des régies financières de l’Etat par exemple. Toujours est-il que ce même Etat doit respecter ses vaillants grands commis qui le servent avec abnégation, loyauté, sens de l’intérêt général et, souvent, sacrifices. Ces braves hommes et femmes limogés à la faveur des conseils des ministres étant des êtres de chair et de sang ayant des familles, on devrait faire montre de respect à leur égard et éviter un tant soit peu de les humilier. Malheureusement, depuis le départ des socialistes du pouvoir, on assiste à des situations qui n’honorent guère l’Etat. En effet, si l’on considère que même pour licencier sa bonne ou son valet, on doit y mettre la manière, nul ne peut comprendre de ce point de vue que de braves fonctionnaires qui ont accompli de bons et loyaux services pour le compte de l’Etat soient remerciés comme des malpropres. Les exemples sont légion de ce manque de considération de l’Etat à l’endroit de ses fidèles serviteurs et nous n’en retiendrons que les deux derniers en date.

Le premier acte d’humiliation a été posé à l’endroit du magistrat Alioune Ndao, procureur spécial de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei). Le brave homme a été relevé de ses fonctions alors qu’il était en pleine audience et, selon les récits des confrères, c’est son garde du corps qui est venu sur la pointe des pieds récupérer ses bagages dans la salle. On aurait assurément pu lui épargner cette humiliation surtout qu’Alioune Ndao, quoi que l’on puisse dire, a accompli sans état d’âme la sale besogne que voulaient lui faire effectuer les autorités issues de la deuxième Alternance, celle de mars 2012. Elles avaient besoin d’un procureur sans état d’âme qui poursuivrait et, éventuellement, emprisonnerait tous les ripoux de l’ancien régime et Alioune Ndao l’a fait sans faiblesse résistant à toutes les pressions, toutes les instructions contraires, toutes les intimidations, tous les oukases maraboutiques. Il n’avait pas compris, le pauvre, qu’entre les intentions proclamées publiquement par ces mêmes autorités et les actes qu’elles posent tous les jours — toutes les nuits, plutôt ! —, il y a tout un océan de duplicités. Surtout, entre les solidarités familiales, confrériques, régionales, maçonniques,

ethniques et autres, il est difficile, voire impossible, d’arrêter quelqu’un dans ce pays, fût-il le plus grand voleur de la République. Il s’y ajoute que ces ripoux n’allaient pas s’asseoir tranquillement sur leur immense fortune pour attendre qu’on vienne les chercher. L’argent, il faut bien que ça serve à quelque chose ! Notamment à se défendre contre les tracasseries judiciaires… Et Alioune Ndao n’avait pas compris tout ça, qui fonçait comme un taureau à la vue d’un chiffon rouge dans la traque aux corrompus de l’ancien régime. Comme Icare qui a perdu ses ailes factices pour s’être trop approché du soleil, Alioune Ndao s’est brûlé les siennes en voulant procéder à l’arrestation de corrompus intouchables. Mais était-ce une raison pour l’humilier de la sorte ? Pour le sacrifier sur l’autel de probables retrouvailles de la prétendue famille libérale ? Je ne le pense pas. On aurait pu attendre la suspension du procès de Karim Wade et consorts pour cause de sommet de la Francophonie pour lui faire une promotion-sanction, par exemple lui chercher une planque dans une juridiction internationale ou une représentation diplomatique, en tout cas lui permettre de sortir par le haut, plutôt que de l’humilier de la manière dont il l’a été. Une humiliation que, encore une fois, il ne méritait pas au vu de ses excellents états de services pour le compte du nouveau pouvoir dans la traque des ripoux de l’ancien régime.

Le second brave homme dont le limogeage peut être assimilé à une humiliation, c’est le colonel Elimane Saliou Gningue, qui était jusqu’à ce mercredi le directeur général de la Douane. Fonctionnaire zélé — véritable « gueum service » —, stakhanoviste, loyal, dévoué, se tuant à la tâche, discret (bien rares sont les Sénégalais qui le connaissent), ce douanier émérite a été relevé de ses fonctions après 14 ans seulement de présence à la tête du corps des gabelous. Ayant bien travaillé — il était en passe de battre tous les records de recettes de cette administration —, la seule chose qu’on lui reproche, finalement (mais ça, ça ne se dit pas !), c’est d’avoir été nommé sur recommandation de Mouhamadou Makhtar Cissé, son prédécesseur et actuel directeur de cabinet du président de la République. Il n’était pas un homme de Amadou Bâ, l’actuel ministre de l’Economie et des Finances, qui

le lui a fait payer. On aurait pourtant pu laisser le colonel Gningue à son poste jusqu’en janvier au moins, pour qu’il puisse présenter le bilan de l’année durant laquelle il a dirigé la douane. On ne lui a même pas donné cette faveur… M. Amadou Bâ en a profité pour couper la tête de l’intraitable directrice générale des Impôts et des Domaines, Mme Seynabou Niang Thiam, remplacée elle aussi par un homme de l’actuel locataire de l’immeuble Peytavin.D’après ce qu’on en sait, elle non plus n’a pas démérité. Mais, que voulez-vous ? C’est ainsi que fonctionnent les choses dans notre pays et tant pis pour les états d’âmes des braves fonctionnaires ainsi limogés qui n’ont commis, dans les cas mentionnés ci-dessus, que le tort de s’être investis à fond dans le travail qui leur était confié. Tant pis, surtout, pour l’intérêt général…

Mamadou Oumar NDIAYE

Article paru dans « Le Témoin » quotidien sénégalais ( Novembre 2014)

PS :

Au moment de terminer ce papier, il y a eu une coupure de courant qui a duré une demi-heure et comme notre groupe électrogène vient de lâcher… C’était la deuxième coupure puisque, de 17h30 à 19h également, le jus était parti. Et le brave Pape Dieng qui trône toujours à la tête de la Senelec malgré son échec patent. En voilà pourtant un qui mériterait d’être limogé depuis longtemps !