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AFRIQUE

Quand la souffrance des passagers sénégalais constitue un levier économique pour la Gambie


- 3 Février 2014 modifié le 3 Février 2014 - 21:59


Par PAPE NDIAYE

Le Sénégal se souvient. De retour de Banjul suite à un voyage officiel, le Premier ministre d’alors, M. Idrissa Seck, avait tenu à s’adresser aux Sénégalais pour leur dire qu’il avait dans ses valises un beau cadeau à leur livrer. Les dictaphones et les caméras de la presse nationale et internationale sont mis en marche. Le peuple retient son souffle ! Et la bonne nouvelle tombe du ciel comme un gigantesque cadeau : « La Gambie a donné son accord pour que le pont transgambien reliant nos deux pays, soit construit d’ici à 2005 » avait révélé l’ancien Premier ministre sous Wade avec un large sourire. À l’époque, Idrissa Seck avait de quoi s’enflammer puisque le régime libéral de Me Wade venait de décrocher un accord inédit qu’aucun gouvernement du Sénégal indépendant n’avait jamais pu signer avec la Gambie : la construction d’un pont à péage, une passerelle stratégique et économique reliant le Sénégal et la Gambie afin de régler définitivement le problème de la mobilité et de la circulation des personnes et biens. Plus de dix ans après, « fouraazzz » ! Au contraire, le cadeau synonyme d’un lourd fardeau a fini par s’écraser sur nos têtes. Le président gambien Yaya Jammeh est encore une fois passé par là ! Sous Diouf comme sous Wade et Macky Sall, le régime de Yaya Jammeh a encore une fois puisé dans son puit intarissable de subterfuges pour torpiller les accords bilatéraux avant de dynamiter la maquette de ce « pont à péage ». Un ouvrage qui ne verra jamais le jour ! Et pourtant, la Banque africaine de Développement (Bad) et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao ) ainsi que d’autres partenaires au développement avaient bouclé les études de faisabilité et les dossiers de financement pour l’exécution de ce projet d’intégration sous-régionale de grande envergure. En effet, en lieu et place de ce fameux ferry ou bac qui sert pour la traversée du fleuve Gambie, un gigantesque pont à péage devait être construit. À l’entrée de la Gambie comme à la sortie du Sénégal, le pont devait être doté de deux guichets uniques permettant aux véhicules et passagers gambiens et sénégalais de payer le prix de la traversée. Outre ce pont à péage, la Cedeao avait décidé également de réhabiliter les routes entre Senoba et Ziguinchor qui s’étendent sur 130 km. De même que les routes reliant Farafenni et Senoba, une localité située en Gambie. Hélas, ces travaux estimés à plus 50 milliards fcfa et qui devaient favoriser la libre circulation des personnes et des biens entre le Sénégal et la Gambie, le président Yaya Jammeh n’en veut pas ! Il n’en a cure même si ces projets favorisent de manière considérable l’intégration régionale et s’inscrivent en droite ligne des priorités de la Cedeao visant à connecter les routes transafricaines. Sourd, muet, aveugle, le président Jammeh ne veut rien comprendre. Pour lui, son ferry ou « ndiaga-ndiaye » flottant est un outil de souveraineté. Enfermée dans un carcan d'espace socio-économique aussi étroit qu’une région sénégalaise, la Gambie ignore que les Etats du monde sont appelés à dépasser leurs limites géographiques étroites pour se développer. Ce qui est valable pour les Etats l’est aussi pour les sociétés. En effet, n’a-t-on pas vu, pour ne prendre que le seul secteur du transport aérien, des compagnie nationales comme Air France, British Airways, Iberia, Sabena etc. qui symbolisent la souveraineté de leurs pays respectifs, nouer des partenariats avec d’autres compagnies étrangères pour mieux conquérir le monde ? À plus forte raison une carcasse de ferry comme celui de la Gambie ! Seulement voilà, pour Yaya Jammeh, ce ferry n’est rien d’autre qu’un instrument de chantage dès lors qu’il reste incontournable pour de nombreux passagers sénégalais à destination ou en provenance de Ziguinchor. Pis la traversée transgambienne est un véritable casse-tête chinois pour les usagers sénégalais victimes de diverses tracasseries avec les multiples taxes et autres mauvais traitements auxquels ils sont soumis. Quotidiennement. Rien que pour la traversée, ils peuvent passer plus de deux journées et une nuit à Ferrafenni. Tantôt la frontière fluviale est fermée, tantôt le ferry a arrêté ses rotations. Une situation qui oblige certains passagers sénégalais à dépenser tout leur argent dans les marchés et hôtels gambiens pour pouvoir survivre dans l’attente d’une éventuelle traversée. Comme quoi, la souffrance des passagers sénégalais constitue un véritable levier économique pour la Gambie. Pour toutes les raisons exposées ci-dessus, nous sommes convaincus que le projet de ce pont à péage ne sera jamais réalisé sous le régime de Yaya Jammeh. Un blocage qui montre et démontre la faiblesse de la Cedeao dont la force ne se résume qu’à travers les sommets, les palaces et les banquets où il y a à manger et à boire… Et des perdiem et frais de mission à toucher !
 
PAPE NDIAYE
ARTICLE PARU DANS « LE TEMOIN » N°1151 - HEBDOMADAIRE SENEGALAIS / FEVRIER 2014


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