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AFRIQUE

Quel est le dispositif militaire du Tchad en Afrique ?


Alwihda Info | Par - 4 Août 2015 modifié le 4 Août 2015 - 23:19

Le Tchad se retrouve au centre de plusieurs pays affectés par des conflits armés y compris la présence à ses frontières d'organisations islamistes très agressives au Nigeria et en Libye.


En Afrique, l'armée tchadienne mène une guerre tenace contre le terrorisme et marque sa présence dans trois pays, dans les zones les plus sensibles, au Nord-Mali, au Nord-Cameroun et au Niger. La paix au Tchad passe également par la stabilité de ses voisins, le dirigeant tchadien le sait, au point d'affirmer à la tribune de l'ONU en septembre dernier que "la résolution de conflits en Afrique est sa priorité".

1 700 soldats tchadiens au Mali

En janvier 2013, le Tchad déclenche une opération militaire d'urgence pour venir en aide au Mali, alors sous la menace terroriste, et dépêche un bataillon fort de 3 000 hommes. L'armée tchadienne va jouer un rôle clé dans la reconquête de l’Extrême-Nord du Mali, aux côtés de l'allié français, notamment en reprennant l’Adrar des Ifoghas, un bastion d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Le bataillon tchadien, réduit à 1 700 hommes, et désormais intégré à la Minusma, la force des nations-unis, se trouve essentiellement dans les zones les plus sensibles. A en croire un diplomate onusien, « Si les soldats tchadiens partent, c’est la catastrophe. Personne ne serait en mesure d’aller là où ils sont », des propos rapportés par Jeune Afrique.

Au Mali, le Tchad a payé un lourd tribu et perdra une cinquantaine de soldats.

En guerre contre Boko Haram

Au Nigeria, l'armée tchadienne s'est retiré du territoire et ne maintient pas un contingent permanent, en attendant le déclenchement imminent de la Force d'intervention conjointe multinationale (MNJTF), mais reste amassé aux frontières. Elle use régulièrement de son droit de poursuite pour épauler les forces camerounaises et nigériennes en menant des contre-offensives et des incursions en territoire nigérian contre l'Etat Islamique en Afrique de l'Ouest (ex-Boko Haram). Les forces armées tchadiennes n'hésitent pas à pénétrer en profondeur au Nigeria, comme mardi dernier près de la ville de Dikwa -à 90 km de Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno dans le nord-est du Nigeria- où 117 terroristes ont été éliminés au cours de violents combats entre armée tchadienne et combattants du groupe islamiste nigérian Boko Haram, selon un bilan officiel de l’armée tchadienne communiqué dans la même soirée. L'aviation tchadienne fait également usage de ses hélicoptères de combats et avions de chasse en procédant à des raids contre des cibles du groupe terroriste en territoire nigérian.

Dans la zone du lac Tchad, un important dispositif militaire terrestre, aérien et maritime est présent.

Depuis son intervention militaire contre Boko Haram, l'armée tchadienne a perdu plus de 75 soldats, et compte plus de 400 blessés, dont une partie, brûlés suite à des explosions kamikazes ou de bonbonnes de gaz, sont soignés à Yaoundé, à la demande du Cameroun, en signe de solidarité. Au total, ce sont plus de 5 000 soldats qui se battent contre le groupe terroriste implanté au Nigeria.

Les pays du bassin du lac Tchad (Tchad, Niger, Nigeria, Cameroun et Bénin) ont prévu de mobiliser 8 700 hommes dans une force multinationale contre Boko Haram, dont au moins 3000 soldats tchadiens. Sans attendre, le président tchadien Idriss Deby Itno a pris l’initiative en décidant mi-janvier de lancer ses troupes - déployées de part et d’autre du lac Tchad- dans la bataille. Environ 2 500 soldats sont déployés déployés dans l’Extrême-nord Cameroun, à la frontière avec le Nigeria, tandis que plus de 400 véhicules militaires tchadiens sont massés à la frontière Niger-Nigeria aux côtés des forces nigériennes, à proximité immédiate de bastions de Boko Haram.

Pour la plupart de ses opérations militaires, l'armée s'appui sur les précieux renseignements fournis par l'allié français qui joue un rôle d'importance, notamment grâce à ses moyens sophistiqués.

La poudrière libyenne

A la frontière libyenne, l'armée tchadienne a renforcé son dispositif militaire pour surveiller une frontière internationale continue longue de 1055 kilomètres. L'opération Barkhane permet une surveillance constante des mouvements dans la zone, grâce à des drones et des avions.

Dans un entretien accordé au quotidien "Le Figaro", en juin 2013, le président tchadien Idriss Déby s’inquiétait du développement de camps d’entraînement djihadistes en Libye, et des risques de contagion au Tchad. Pour Idriss Déby, "les djihadistes sont en mesure de refaire ce qu'ils ont fait au Mali. Peut-être pas de la même manière, ils vont certainement changer de stratégie. Ils ont des camps d'entraînement dans le Djebel Akhdar [près des côtes, à l’est de la libye, NDLR], et des brigades qui se constituent à Benghazi, Tripoli, Sebha [au sud de Tripoli, NDLR] au vu et au su de tout le monde. La situation évolue de la façon la plus négative possible pour la Libye, mais aussi pour nous".

Une force mixte tchao-soudanaise

Avec le Soudan, le Tchad entretient une force mixte conjointe qui patrouille jour et nuit, tout au long d'une frontière continue longue de 1360 kilomètres. Le nombre de soldats tchadiens affectés à cette surveillance oscillerait entre 700 et 1200. Le poste de commandement de L’Etat-major de la force mixte alterne entre Abéché et El-Geneina (capitale de l’Etat soudanais du Darfour-Ouest située à une vingtaine de kilomètres du Tchad), chaque six mois.

La frontière avec la Centrafrique sous haut surveillance

Le 10 mai 2014, le Tchad a annoncé la fermeture de sa frontière continue longue de 1 197 kilomètres qui la sépare de la République centrafricaine, après avoir procédé au rapatriement de ses ressortissants, des réfugiés, des musulmans et des centrafricains qui ne s'y sentaient plus en sécurité.

24 heures plus tard, une force mixte de l'armée tchadienne était mise en place par le gouverneur du Salamat, Djibert Younous, afin de sécuriser la frontière tchado-centrafricaine. De nombreux véhicules militaires avaient fait mouvement, depuis N'Djamena en direction de la frontière pour renforcer le dispositif.

Un recrutement à ciel ouvert dans l'armée

En 2015, la loi des finances a prévu le recrutement de 8 000 soldats dans les rangs de l'armée, selon son article 33. Le ministère de la Défense Nationale et des Anciens combattants rafle ainsi 76,78% du quota de recrutement à la fonction publique. 

Le 12 juin dernier, trois jours avant les premiers attentats de N'Djamena perpétrés par l'EIAO (Etat Islamique en Afrique de l'Ouest, ex-Boko Haram), le délégué du gouvernement auprès de la ville de N'Djamena, Issa Adjideï lançait officiellement, dans l'enceinte du Gouvernorat, la cérémonie de recrutement des 10.000 jeunes dans les rangs de l'armée régulière Tchadienne. Au Salamat, plus de 2.000 jeunes de 18 à 25 ans ont déjà postulés, révèle un mois plus tard le général Abdoulaye Sarwa qui se dit satisfait de cette opération.

Cette nouvelle démarche illustre bien la volonté de réformer l'armée et de la rendre plus nationale, une politique qui a commencé depuis 2011, après la décompression de l'effectif militaire par l'amputation des 17 000 militaires parmi lesquels des illettrés, des handicapés et de personnes âgées. Le Tchad se retrouve au centre de plusieurs pays affectés par des conflits armés y compris la présence à ses frontières d'organisations islamistes très agressives au Nigeria et en Libye.


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